Lancement de l’Académie Cicéron, institut de la culture générale

© Louis Lecomte pour L'Incorrect

Guillaume Bigot est un spécialiste de la géopolitique, directeur général de l’IPAG, politologue et chroniqueur dans divers médias. Il a écrit plusieurs ouvrages de vulgarisation sur l’Histoire, la géographie et la chose politique, qui ont rencontré un grand succès. C’est dans le même esprit de transmission de la culture générale qu’il crée l’Académie Cicéron.

 

« Plus le niveau baisse plus le ton monte ». La formule est belle, et elle est de lui. Mais c’est un trop bon mot pour une situation qui est trop préoccupante. Le constat que pose Guillaume Bigot est que ses contemporains sont incapables de savoir se situer correctement dans le temps et dans l’espace. Or, ce socle minimal de culture générale prend une importance sociale de plus en plus décisive avec l’évolution globale de la technologie, et plus spécifiquement de l’économie. L’ère des hyperspécialistes est terminée. L’intelligence artificielle, c’est à dire principalement la capacité de traitement de la quasi infinité de données récoltées par le big data, rend tout spécialiste humain obsolète. Par exemple, au sujet de la médecine, les algorithmes analysant les tumeurs ont des résultats incomparablement plus précis, plus rapides et plus fiables que les meilleurs médecins. Les plus armés pour se mouvoir professionnellement et humainement dans ce contexte seront ceux qui auront une surface intellectuelle large.

 

 

« Intelligence provient de intelligere, mot latin signifiant faire des liens » explique Guillaume Bigot. Une construction de mot particulièrement heureuse, parce que précisément, sur le plan biologique, l’intelligence est le fruit de connections chimiques neuronales dans le cerveau. « Nous voulons donner à ceux qui viendront à l’Académie un des éclairages sur des sujets très variés : culture historique, technologique, bioéthique, pourquoi pas biologique, scientifique, géopolitique, etc. Leur capacité à faire des liens et des rapprochements entre ces différents domaines est la clef de compréhension du monde qui les entoure. »

Or, la culture générale est justement un parent de plus en plus pauvre dans l’enseignement. À l’exact rebours de cette logique, Sciences-Po Paris a supprimé son examen de culture générale. De même, Emmanuel Macron réfléchit à faire sélectionner les candidats à l’ENA par un algorithme. Un suicide : les hauts administrateurs devraient être ceux qui maîtrisent le fonctionnement des technologies, pas les premiers à les subir.

 

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Par définition cet effort de diffusion de la culture générale ne peut pas venir du bas, et il semble qu’au plus haut, l’État refuse voire aggrave la situation, probablement par calcul politique. Empirisme organisateur oblige, l’initiative viendra du milieu. D’où l’Académie Cicéron. « Pour faire simple, il s’agit de faire de l’anti-Hanouna. » selon son directeur. Plus concrètement, l’académie proposera des sessions sur une variété de sujets, assurées par des intellectuels, essayistes et universitaires. Certains sont connus, d’autres moins, mais tous sont reconnus. Au menu pour le moment, Hector Obalk, Zineb El Razhaoui, Michel Goya, Eliette Abécassis, Pascal Bruckner, Marcel Gauchet, Renaud Girard, Éric Sadin, Laurent Alexandre, . Une diversité de sujets, mais aussi de convictions. La présence d’Aquilino Morelle dans le bureau dirigeant est une garantie de pluralité.

Le public visé par cette formation est lui aussi relativement varié. Des étudiants en quête de vulgarisateurs pour complémenter leurs études, des prisonniers, des adultes désireux de se cultiver, etc. Les tarifs seront adaptés aux différents publics. La formation se fera sous forme de cours-conférences en amphi, et de la mise en place d’une plate-forme web, pensée comme « un Netflix de la culture ». Internet rend tout accessible, mais ne rend rien à portée : pour proposer une solution, le site de l’Académie Cicéron est conçu comme un lieu centralisateur de culture. Mais dans un souci de vulgarisation : « n’importe qui doit pouvoir, s’il s’investit, comprendre les enjeux dont on lui parlera ».

 

C’est parce que les Grecs avaient un niveau de culture générale exceptionnellement élevé qu’ils ont pu repousser deux fois l’empire perse. Leur art de la conversation, était la condition et la conséquence du développement de leur civilisation exceptionnelle. Guillaume Bigot

 

Autre public visé, les entreprises qui souhaitent former leurs salariés. Au lieu de faire un séminaire team-building disruptif à base de laser-game inclusif et de pâte à modeler participative, l’académie proposera des séminaires dans un esprit anti-festiviste assumé. La conviction de Guillaume Bigot est que les adultes n’ont pas à être traités en éternels adolescents, et seront plus efficaces professionnellement s’ils améliorent leur art de la conversation via l’enrichissement de leur culture générale.

« C’est parce que les Grecs avaient un niveau de culture générale exceptionnellement élevé qu’ils ont pu repousser deux fois l’empire perse. Leur art de la conversation, était la condition et la conséquence du développement de leur civilisation exceptionnelle. » L’ambition que se donne l’Académie Cicéron est celle-là : ajouter une pierre au temple de notre civilisation. Pour quoi sous le patronage de Cicéron ? Pour cette phrase qu’il a écrite dans ses Tusculanes : « Un champ si fertile soit-il,  ne peut être productif sans culture, et c’est la même chose pour l’âme sans enseignement. »

 

Louis Lecomte

 

Académie Ciréron

L’événement de lancement : 184 boulevard saint Germain, 6° arrondissement, Paris. 19h. Avec la présence exceptionnelle de Marcel Gauchet. Renseignement par ici.

Inscriptions à l’adresse : info@academieciceron.com / RSVP avant le 22 novembre 2019

Journaliste

llecomte@lincorrect.org

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