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Laure Lavalette : « Il y a eu le moment Zemmour comme il aurait pu y avoir la séquence Hanouna »

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Publié le

13 décembre 2021

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Avec son franc-parler, Laure Lavalette est la quadra qui monte au Rassemblement national. Le parti de Marine Le Pen vient de faire de cette élue régionale en Paca l’un de ses porte-parole. Les blondes aseptisées déroulant les éléments de langage n’imprimaient plus, place à la brune qui pique. Attention, ça envoie du bois.
Lavalette

En novembre 2016, Marine Le Pen était donnée entre 27 et 30 % dans les sondages dans l’hypothèse Juppé, puis entre 24 et 26 % lorsqu’il est apparu que le candidat de « la droite et du centre » à la présidentielle serait Fillon. Elle a fini à 21 %. Là, elle est autour de 18 %. Elle va finir à 12 % ?

C’est une interview farce ? Soyons sérieux. Si vous vous intéressez aux sondages, vous savez que selon eux, il était impossible que la région Paca échappe à Thierry Mariani. Pas moins de sept sondages nous donnaient gagnants. Le directeur d’un institut m’avait même confié entre les deux tours : « Je ne vois pas comment vous pourriez perdre ». Lui ne voyait pas, nous on a vu.

Reprenez tous les sondages de toutes les présidentielles : à six mois du scrutin, et même encore plus près de lui, leur seul intérêt est de fournir un sujet de parlote aux commentateurs. En janvier 1995, Édouard Balladur était donné jusqu’à plus de 30 % et Jacques Chirac était dans les choux. Pas de chance, c’est Chirac qui a été élu. En mars 2002, à un mois du scrutin donc, Jean-Marie Le Pen était encalminé à 10 % ou en dessous, et Lionel Jospin caracolait tranquillement autour de 20 %. Encore raté ! Vous voulez que je vous parle des sondages donnant Ségolène Royal élue face à Nicolas Sarkozy à celle de 2007 ?

Nous sommes beaucoup trop loin du scrutin pour que les sondages aient une quelconque valeur prédictive, ce à quoi ils ne prétendent d’ailleurs pas. De plus, la campagne n’a nullement commencé, on ne connaît absolument pas la liste des candidats, les électeurs se déterminent de plus en plus tard, et, par définition, on ne sait pas quels événements vont se produire d’ici au mois d’avril. Sans parler de la capacité de chacun à mobiliser les électeurs.

Ce qu’on sait, en revanche, c’est que Marine Le Pen dispose d’un capital solide, d’une équipe qui l’est tout autant et d’un projet qui correspond à la demande d’une part grandissante des Français. En raison de tout cela, je peux vous l’annoncer : Marine Le Pen se qualifiera aisément pour le deuxième tour.

Malgré la candidature d’Éric Zemmour ?

Il y a eu le moment Zemmour comme il aurait pu y avoir la séquence Hanouna. Lorsque les choses sérieuses vont commencer, la bulle médiatique va exploser. Et Monsieur Z, créature de CNews, finira comme Monsieur X, cette créature de L’Express présentée comme « l’idéal politique de l’homme d’État moderne », avait fini en 1965.

Notre seul adversaire, c’est Emmanuel Macron

Vous êtes dure…

Ce qui est rude à avaler, c’est qu’Éric Zemmour, qui livrait jusqu’alors d’excellentes analyses, se soit lancé à la conquête de l’Élysée en défendant des positions qui ne sont que les caricatures des idées que défend Marine Le Pen, au risque de discréditer celles-ci, et que, dans le même temps, il consacre l’essentiel du temps de parole – assez démesuré soit dit en passant – dont il dispose à taper sur Marine Le Pen. Il est tout de même extraordinaire qu’il ne tape jamais sur Macron ! Nous, notre seul adversaire, c’est Macron, qui a fracturé la France comme jamais aucun chef de l’État ne l’avait fait avant lui. Souvenez-vous de cette image terrible de ce policier en train de gazer un pompier… Souvenez-vous des affrontements entre forces de l’ordre et Gilets jaunes… Voyez comment les pauvres sont de plus en plus pauvres et les classes moyennes en voie de paupérisation accélérée.

Navré d’insister, mais qu’est-ce qui distingue vraiment Éric Zemmour et Marine Le Pen ?

Si je devais répondre en une phrase, je vous dirais que l’une, en l’occurrence Marine Le Pen, a les capacités à assumer la fonction de chef de l’État, tandis que l’autre…

Il ne les a pas ?

Cela fait quatre ans et demi, depuis la dernière présidentielle sur laquelle elle a appris et s’est excusée, de façon d’ailleurs assez émouvante, de ses erreurs, que Marine Le Pen se prépare à exercer les plus hautes responsabilités. Un quinquennat, c’est très court, il faut être prêt tout de suite. Elle l’est. Elle a déjà présenté des projets de lois « clefs en mains » et elle sait avec précision les questions qu’elle soumettra au peuple français par voie référendaire sitôt élue. De sorte qu’elle pourra mettre en œuvre aussitôt le changement radical de la politique migratoire de la France si les Français le valident. D’autre part, Marine Le Pen a conscience que la montée des tensions communautaires et sociales pendant les années Macron exige que le chef de l’État nouvellement élu soit, dans chacune de ses décisions, d’abord soucieux de l’unité du peuple français. Le poète provençal – et prix Nobel de littérature – Frédéric Mistral disait : « Il ne s’agit pas seulement de refaire une majorité électorale, il s’agit de refaire un peuple ». Nous en sommes à nouveau là. Marine Le Pen a cette capacité-là, pas Éric Zemmour, qui est dans l’exclusion permanente.

Dans « l’exclusion » ?

Écoutez-le ! Si on exclut un peu les femmes, beaucoup les musulmans sans distinction, en totalité les Kevin et les Jordan, et maintenant les gens qui aiment les chats, je me demande ce qui restera à la fin du peuple français. Lui peut-être, tout seul, écrivant son autobiographie, L’homme qui s’était trop aimé…

Son succès, passager ou non, est en partie dû au fait que Marine Le Pen semble devenue « mollassonne »

Ce n’est pas parce qu’elle dit les choses de façon moins brutale qu’elle sera moins ferme. On ne peut pas aller plus loin dans la fermeté à l’égard de l’immigration que le fait Marine Le Pen dans son projet de loi, en avançant la suppression du droit du sol, l’inscription de la priorité nationale dans la Constitution, l’expulsion de tous les délinquants étrangers, etc. Non seulement elle n’est pas « mollassonne », mais elle se bat, ou combat, depuis déjà 35 ans, puisqu’elle a adhéré au Front national en 1986. Elle n’a aucune leçon à recevoir de ceux qui se posent en sauveurs alors qu’ils ont voté pour François Mitterrand en 1981 et encore en 1988, et n’ont jamais appelé à voter pour Marine Le Pen. Il est vrai qu’ils ont une excuse : comme d’autres ont piscine, ils avaient radio ou télévision. Ou les deux.

Lire aussi : Marine Le Pen à Varsovie

« Notre seul adversaire, c’est Macron », disiez-vous. Pourquoi « adversaire » et pas « ennemi » ?

Parce que dans le jeu de la démocratie, on n’a pas d’ennemi, on n’a que des adversaires. Néanmoins quand un quart des Français ne mange pas à sa faim, quand un quart des Français ne parvient pas à payer ses factures d’électricité et se demande s’il va plutôt manger ou plutôt se chauffer, on peut considérer alors que Macron est un ennemi : l’ennemi du pouvoir d’achat. Est-ce que son projet est de nous faire vivre dans le noir et dans la faim ? Je sais que des statistiques opportunes viennent nous dire que la situation moyenne des Français ne s’est pas aggravée sous son quinquennat, mais elles viennent se fracasser contre le réel. Et le réel, c’est qu’un chèque de cent euros est dérisoire pour faire face à la flambée concomitante du prix du gaz, du prix de l’électricité, du prix du fioul et du prix de l’essence, sans parler de celui de tous les produits qui connaissent actuellement une pénurie.

Face à cela, une seule solution, qui n’est pas la révolution, mais ce que propose Marine Le Pen : la baisse de la TVA à 5,5 % sur toutes les énergies, essence incluse. Sur un plein moyen de 60 euros, le gain serait de 8 à 10 euros. Quand on sait que sept Français sur dix ont besoin de leur voiture et que 80 % de ceux-ci travaillent à plus de 20 km de chez eux, voilà une mesure qui permettrait aux Français de souffler. Elle est, je le précise, totalement financée, et elle pourra être mise en œuvre immédiatement. À ceux qui se disent qu’il ne sert à rien d’aller voter, voilà par exemple à quoi ça peut leur servir.

Et à ceux qui disent que la nette droitisation du discours de tous les candidats LR à l’investiture ne nécessite plus d’envisager de voter pour Marine Le Pen, vous répondez quoi ?

Qu’on a déjà vu le film, qu’on en connaît la fin et qu’en plus, c’est un mauvais remake avec un casting épouvantable. Le film, c’est celui que nous a joué Nicolas Sarkozy. Il nous promettait le Kärcher, on a eu Kouchner. Comme le dit Thierry Mariani : « Il a dû oublier de brancher le tuyau ». Si Thierry Mariani, qui a quand même été ministre de Nicolas Sarkozy, Jean-Paul Garraud, ou, avant eux, Jérôme Rivière, se sont éloignés de l’UMP, dégoûtés, et nous ont rejoints, c’est parce qu’ils ont constaté que la trahison de l’électorat était devenue consubstantielle à cette famille politique. On s’y livre toujours à de grands effets oratoires pour se faire élire, mais après, quand il s’agit de passer aux actes, on fait l’inverse de ce à quoi on s’était engagé.

Quand j’entends Xavier Bertrand, je rigole. Il a quitté LR parce que son parti devenait trop à droite, il a dû réadhérer pour pouvoir voter pour lui, et maintenant, il serait plus à droite que ne l’était LR quand il en a claqué la porte ? Où est sa crédibilité ?

Où est celle d’Éric Ciotti qui nous parle de la France avec des trémolos dans la voix et qui n’arrête pas de twitter qu’il ne trahira pas, alors qu’il n’a même pas eu le courage d’appeler à voter pour Thierry Mariani, ou, a minima, de ne pas appeler à voter pour Renaud Muselier alors que celui-ci était le candidat de Macron ?  Il ne trahira pas ? Mais c’est déjà fait, camarade ! Si la liste conduite par Thierry Mariani a été battue, c’est parce que Renaud Muselier a collectionné les étiquettes politiques comme d’autres les Panini, de La France insoumise à En Marche, mais aussi parce qu’il a mené une campagne ordurière. Et vous savez quoi ? Il a osé s’en excuser, en privé bien sûr. Une fois le scrutin passé, il a appelé les élus du RN qu’il avait ciblés pour leur dire à peu près et avé l’accent : « Je suis désolé. Je sais que ce que j’ai dit sur vous n’était pas beau, mais vous comprenez, je n’avais pas le choix, sans ça c’était perdu ». Le gars qui est prêt à tout pour rester le taulier de la région et ne s’en cache même pas ! Les Républicains en campagne parlent comme le Rassemblement national, mais après, c’est Cinquante Nuances de lâchetés.

Lire aussi : Éric Ciotti, la demi-molle

À propos de lâcheté, les sujets de bioéthique, éminemment importants du point de vue civilisationnel, sont totalement absents de la campagne…

Ils le sont du fait des médias, mais, pour notre part, nous sommes très clairs. Marine Le Pen s’est exprimée, Jordan Bardella aussi. Pour dire que ce qui est techniquement possible n’est pas toujours humainement souhaitable, que les lois n’ont pas à s’adapter aux désirs illimités des hommes, et que, puisque la « PMA pour toutes » instaure une inégalité entre les femmes homosexuelles et les hommes homosexuels, les juges font se faire un plaisir d’exiger le droit à la GPA. Il faut donc stopper ça d’urgence. Nous pensons, concernant la GPA, que dans une société où tout s’achète et tout se vend, le corps doit conserver sa dimension quasi sacrée, donc la GPA, c’est niet. Et, concernant la « PMA pour toutes », qu’on ne peut pas mentir à l’enfant sur sa filiation et qu’un enfant est là parce qu’il a un père et une mère ; on reviendra donc sur la « PMA pour toutes ». Il y a des droits de l’enfant, pas de droit à l’enfant.

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