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Laurence Fox, un renard dans le poulailler progressiste

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Publié le

12 janvier 2021

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Le show-business est l’un des milieux où le progressisme se montre le plus féroce. Laurence Fox en a fait les frais. Blacklisté, le comédien anglais contre-attaque : il lance un parti politique anti-woke, le Reclaim Party. Le mouton noir du show-business est un mâle blanc.
Laurence Fox

Reclaim en Français peut signifier « reconquérir », avec une connotation martiale, ou « se réapproprier ». Quelle serait la meilleure traduction ?

Je ne suis pas contre une posture énergique ! Mais je choisirais « se réapproprier ». En premier lieu, se réapproprier notre langue, qui nous a été dérobée. Quand je me fais traiter de raciste, vous comprenez que les mots n’ont plus de sens. Pour moi, être raciste signifie rejeter quelqu’un pour sa couleur de peau. Pour ces gens-là, c’est autre chose : le moyen de disqualifier son interlocuteur. « Je ne suis pas d’accord avec toi, donc tu es raciste ». Cela m’a coûté ma carrière. Il serait bon de se réapproprier la possibilité d’avoir une conversation libre et raisonnée.

Cherchez-vous à élargir le domaine du dicible, la fameuse fenêtre d’Overton ?

Je cherche à la déplacer de façon à l’éloigner au maximum de cette idéologie nuisible qu’on appelle le wokisme et que je préfère nommer « complexe de supériorité morale ». J’ai posté une vidéo où je lis la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948 : « Les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont dotés de raison et de conscience et doivent interagir les uns avec les autres dans un esprit de fraternité ». C’est fou ce qu’on s’est éloigné de cet idéal, fou comme nous avons régressé depuis 1948, au nom du progressisme !

Votre site arbore les mots « Raison, Réforme, Progrès ». Sont-ils absents du débat politique ?

Ils sont en danger. La raison, sans aucun doute. Ces jours-ci, à Eton, école privée anglaise réputée, un prof a été licencié pour avoir enseigné l’esprit chevaleresque et la différence entre les hommes et les femmes. On inculque aux filles le sens du pouvoir ; aux garçons, la « masculinité toxique ». Tout ça est absurde, déraisonnable et clivant. Le week-end dernier, avec mes fils de 8 et 12 ans, on a regardé tous les Rocky.

Lire aussi : Qui est Laurence Fox ?

Concernant la réforme, je veux parler de nos institutions, en particulier la BBC, politisée à outrance, qui relaie allègrement l’idée de « privilège blanc » : là encore un fantastique facteur de division. Et on paye pour cela. Pas moi, je m’y refuse. Mais les gens qui ne paient pas la redevance sont poursuivis.

Il y a une campagne pour supprimer les financements publics de la BBC, defundbbc.uk.

C’est aussi dans notre programme. Les institutions publiques qui se sont alignées sur le militantisme Black Lives Matter, à moins qu’elles ne se décident à adopter une position objective et impartiale sur tous les sujets, depuis le Covid jusqu’au changement climatique, méritent que l’on supprime leur budget. Voilà ce que j’entends par « réforme ». Quant au progrès, il consistera à rappeler aux élèves, de l’école jusqu’à l’université, que la discussion est le meilleur moyen d’explorer un problème de société. Voilà comment on progresse. On ne va nulle part en interdisant certaines opinions.

Avez-vous été surpris par l’ampleur des manifestations Black Lives Matter (BLM) au printemps dernier ?

Je n’ai pas cru un instant à la sincérité de ce soulèvement. BLM est une itération du mouvement Extinction Rebellion, de Metoo, tous ces mots d’ordre qui prétendent changer le monde sans avoir d’autre programme que celui d’accabler la population. BLM est une organisation marxiste. Huit jours après la mort de George Floyd, David Dorn, un policier à la retraite, noir lui aussi, chargé de la sécurité d’une bijouterie à Saint Louis, Missouri, a été tué par des pillards. Mais sa vie ne comptait pas, peut-être parce qu’il avait été tué par des noirs… Les mouvements identitaires sont effroyables !

Depuis les législatives de décembre dernier, les bastions travaillistes sont passés aux mains des Tories. Nigel Farage vient de lancer un nouveau parti, Reform UK. Le SDP (Social Democratic Party) renaît et attire les déçus du Labour. Vous lancez le Reclaim Party. Y a-t-il une nouvelle donne politique en Grande-Bretagne ?

Il y a une place béante laissée au centre. Pour faire simple, on a deux grands partis de gauche : les Conservateurs, qui se situent plutôt à gauche et le Labour qui est totalement à gauche. Le Parti Travailliste n’est plus travailliste, il est devenu un parti identitaire, à l’image des Démocrates aux USA.

Depuis l’émission sur la BBC, j’étais devenu une voix dans ce débat, j’avais des supporters en nombre. On m’a proposé de constituer un parti politique.

Son leader, Sir Keir Starmer, a mis un genou à terre en signe d’allégeance à BLM et parle de racisme structurel dans notre pays, ce qui n’est fondé sur aucune réalité. Quant aux Tories, ils devraient être plus conservateurs. Le conservatisme sociétal engendre une société plus harmonieuse, prolongement de la structure familiale.

Boris Johnson est-il un bon premier ministre ?

Je n’aime pas son nouveau lexique calqué sur le vocabulaire du Forum Économique Mondial, Build Back Better, « le monde d’après », etc. En septembre à l’ONU, Justin Trudeau appelait de ses souhaits une « grande recomposition » (Covid provides us with an opportunity for a great reset), selon cette même rhétorique.

Quand avez-vous lancé le Reclaim Party ? Et comment votre initiative est-elle accueillie ?

Nous attendons encore le feu vert de la Commission électorale. Lorsque j’ai divulgué mon projet, la rumeur a couru que je lançais un parti avec Nigel Farage. Ce qui est inexact. Je pense que les grands partis préfèreraient me voir exister en tant que mouvement plutôt que parti. Mais à quoi bon un chien, s’il n’a pas de crocs ? J’ai de bons contacts parmi les caciques tories. Les partis dominants rechignent à aborder les guerres culturelles. Ils sont terrifiés à l’idée de faire un faux pas, ils ont la hantise d’être accusés de discrimination, soupçonnés de populisme, de penchants nationalistes ou d’éloge du drapeau. De nos jours, le drapeau européen est le seul qu’il soit permis d’arborer avec fierté. Si vous pavoisez avec l’Union Jack, on vous regarde avec mépris et on vous crache dessus.

Quel écho rencontrez-vous dans le public ?

On reçoit des messages sans arrêt. 30 000 personnes se sont fait connaître pour soutenir notre projet. Des gens attachés aux valeurs traditionnelles britanniques. Ils ont le sentiment de ne plus être entendus et se sentent attaqués.

Vous avez déclaré avoir reçu 5 millions de livres sterling d’un seul donateur. De qui s’agit-il ?

Jeremy Hosking est un ex-donateur du Parti conservateur. J’ai été invité à un meeting dont le thème était : « Il faut faire quelque chose ». C’était dans le contexte de chaos du printemps, les manifestations BLM, les statues vandalisées. De l’avis général, le seul moyen efficace pour combattre ce mouvement identitaire était les urnes. Depuis l’émission sur la BBC, j’étais devenu une voix dans ce débat, j’avais des supporters en nombre. On m’a proposé de constituer un parti politique.

Lire aussi : De l’importance d’être Conservateur

Vous avez des conseillers ?

J’ai un conseiller en stratégie. Je ne peux pas encore divulguer son nom ; il est écrivain. On a constitué une équipe de six personnes. On se réunit tous les vendredis, on termine la semaine autour d’un verre de vin, on peaufine nos idées, on parle de philosophie et de politique, c’est très agréable !

Vous avez publiquement enfreint les règles lors du dernier confinement. Votre parti appelle-t-il à la désobéissance civile ?

Ce sont des règles arbitraires, mal conçues. Les gens tiennent à leurs libertés et le gouvernement devrait les protéger. Mark Twain, je crois, a écrit : « Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu’ils ont été trompés ». Je ne crois pas à l’efficacité du confinement. La désobéissance civile me semble 100 % justifiée à ce stade. Cela n’a que trop duré. L’économie est en train de sombrer, le réveil sera douloureux : voilà ce qui m’inquiète. Les manifestations BLM, on laisse faire. Extinction Rebellion, autorisé. Ce sont des motifs plus nobles d’infraction des règles sanitaires ? Ou est-ce plus important de dîner en famille et de s’étreindre avant de se quitter ?

Quel politicien britannique vous inspire ?

Margaret Thatcher, je le crains – c’est marrant comme on se sent obligé de s’excuser !

Votre profil Twitter indique : « Nous sommes = ». Or, l’autoritarisme progressiste trouve sa source dans la Loi Égalité de 2010 (Equality Act) qui, avec sa liste de populations « à protéger », est devenue la bible des politiques identitaires. L’égalitarisme ne protège pas, il divise. Aurez-vous le courage de revenir sur la Loi Égalité ?

Regardez les notes sur le tableau derrière vous ! C’est un sujet central pour nous. Dans ce bureau, cette loi, nous l’appelons la Loi Inégalité. C’est une catastrophe ! Elle vise à protéger les plus fragiles. Mais ceux qui l’instrumentalisent en ont fait un outil de division, un levier de poursuites judiciaires.

Nous allons rédiger une loi Liberté d’expression pour en finir avec la législation sur les crimes de haine. Cette loi Liberté d’expression sera notre 1er Amendement

Ils n’en finissent pas d’ajouter de nouvelles catégories de population « à protéger », bientôt tout le monde y figurera, hormis bien sûr les hommes blancs hétéros. On planche sur un texte qu’on voudrait soumettre à la Commission des Lois. Nous allons rédiger une loi Liberté d’expression pour en finir avec la législation sur les crimes de haine. Cette loi Liberté d’expression sera notre 1er Amendement.

Les politiques identitaires ont aussi pénétré le système éducatif…

Il est temps d’élaborer une charte qui réintroduise l’enseignement de quelques principes élémentaires : la politesse, l’esprit critique, le sens de la justice, l’esprit de compétitivité, les valeurs démocratiques, la liberté d’expression, l’égalité hommes-femmes. Ça ne va pas être facile. Le milieu de l’éducation est farouchement de gauche et ultra-protégé. Il faut faire la lumière sur ce qui est enseigné à l’école et proposer des alternatives, point par point.

Faut-il réécrire Rule Britannia ? Glorifier la Marine Royale semble poser problème.

Il ne faut rien réécrire, ne déboulonner aucune statue ! Nous sommes les gardiens de notre histoire. Reagan disait : « La liberté est fragile, elle peut être anéantie en une génération ». Si on commence à réécrire les chants, alors interdisons le hip-hop, il y a pas mal de paroles offensantes dans le hip-hop. On s’arrête où ?

Selon George Orwell, « les Anglais ont en commun un patriotisme inné et une inaptitude à la logique ». Et pour vous, qu’est-ce qu’être anglais ?

Les Anglais sont dans l’ensemble discrets, patients, tolérants, compréhensifs, bienveillants, robustes et difficiles à cerner. Dans les situations extrêmes, ils peuvent se montrer d’une fougue inouïe. Illogiques… pourquoi pas ? Je pense que c’est à mettre sur le compte d’un sens aigu de la liberté. Ce droit sacré d’exprimer ses opinions, d’être en désaccord, peut vous éloigner de la logique. Vous laissez aller vos pensées, vous devisez librement.

Lire aussi : Que l’Angleterre sauve l’Europe !

Vous avez tatoué le mot liberté sur votre main.

Ma mère est morte cette année. Elle disait toujours : « J’ai besoin de liberté et d’espace, rien de plus ». Freedom, Space : j’ai tatoué un mot sur chaque main.

La politique britannique est mouvementée depuis juin 2016 et le référendum sur le Brexit. Le débat national porte sur des notions passionnantes, la souveraineté, la démocratie, la séparation des pouvoirs. Diriez-vous qu’on vit une époque excitante ou déprimante ?

On est sur un fil. Il peut arriver le pire comme le meilleur. On a le sentiment qu’il suffit d’une étincelle pour que tout s’enflamme. Un seul événement peut déclencher des bouleversements, comme ce qui s’est passé avec George Floyd aux USA. Quelque chose du même acabit peut arriver ici. Il me semble que le confinement est de cet ordre-là.

Vous avez choisi de vous impliquer dans ces débats de société. Pas de regret ?

Si j’avais su où je mettais les pieds…

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