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Le Code Noir

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Publié le

18 septembre 2020

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La LDNA prend prétexte de l’esclavage pour dépeindre la France comme pays historiquement criminel. Loin d’être un modèle de vertu, le Code noir a pourtant eu le mérite d’encadrer l’esclavage anarchique. Du reste, l’Orient est loin d’être irréprochable en la matière.
Colbert

Je suis tombé par terre, c’est la faute à… Colbert ! Pauvre Colbert, affublé de tous les maux et dont le procès résonne près de 340 ans après sa mort. Y a-t-il prescription ? Ce n’est pas l’avis de la LDNA (Ligue de défense noire africaine) et de son président Egountchi Behanzin (Sylvain Afoua de son vrai nom). À travers un vocabulaire châtié et une dialectique des plus rigoureuses, il n’a pas hésité à vociférer : « À l’Assemblée nationale, il y a la statue de ce gros fils de… qui a écrit le Code noir, qui a dit que les noirs n’étaient pas des êtres humains » lors d’une manifestation à Paris le 6 juin. Ici débute la seconde descente aux enfers du cher Colbert. En 2017, Dimitri Casali s’était déjà offusqué de la volonté du CRAN (le Conseil représentatif des associations noires) de faire rebaptiser rues et écoles portant le nom du ministre.

Lucien Febvre, fondateur de l’école des Annales, n’hésitait pas à parler de l’anachronisme comme du « péché des péchés » et Bossuet, contemporain de Colbert et de Louis XIV en parlait déjà comme d’une erreur « qui fait confondre les temps ».

Rappelons quelques jalons biographiques. Pour commencer, non, Jean-Baptiste Colbert n’est pas « un fils de ». Ses parents, nous les connaissons. Il s’agit de Nicolas, négociant et receveur général de la ville de Paris et de Marianne Pussort, femme tout-à-fait vertueuse. Colbert naquit en 1619 et mourut exténué en 1683. Travailleur acharné, il est l’homme de la mesure de l’État, du temps des réformes et de l’hégémonie française. Père du mercantilisme, il a encouragé la création de manufactures royales comme les Gobelins ou les porcelaines de Sèvres. Nationaliste économique de la première heure, il s’est sûrement retourné plus d’une fois dans sa tombe à la vue de nos vaisselles en provenance de l’empire du Milieu.

Lire aussi : L’esclavage en France : de la réglementation à l’abolition

L’opprobre qui l’accable aujourd’hui découle de sa participation active à l’élaboration du code Noir, ordonnance collective promulguée deux après sa mort en 1685. Loin d’être un modèle de vertu, elle a eu cependant le mérite d’encadrer une pratique anarchique : elle a donné un cadre juridique et légal à l’esclavage. Dans l’ouvrage Le Code noir. Idées reçues sur un texte symbolique, les historiens J-F. Niort et O. Petré-Grenouilleau soulignent que cette ordonnance a existé en plusieurs versions et a permis d’instituer des jours de repos, l’autorisation de se marier, de recevoir une instruction, et de limiter le pouvoir du maître. Certes, c’est très loin de Oui-Oui au pays magique des licornes arc-en-ciel, mais c’est également très loin des clichés de la LDNA.

« La France, assassin! » pouvait-on entendre lors de la manifestation parisienne. À cela, ajoutons « l’humanité, assassin ! », nous n’oublierons ainsi personne. Africains et Européens ont été tantôt esclaves, tantôt esclavagistes, y réduisant aussi bien les autres que les leurs. Autorisons-nous cette petite pique à l’égard de nos ennemis de toujours : les Britanniques ont réduit en esclavage les Irlandais sous le règne de Jacques Ier et Charles Ier, les envoyant dans leurs colonies, en espérant soumettre l’Irlande.

Incroyable mais vrai, la traite orientale aurait entraîné la vente de plus de 17 millions d’esclaves entre 650 et 1920. Elle dépasse en nombre la traite occidentale : 14 millions entre le XVIe et le XIXe siècle.

L’esclavage, pratique inhumaine à nos yeux, fut hélas exercé de manière plus ou moins homogène par l’ensemble des civilisations, puissances, pays, ethnies, tribus et compagnie. Incroyable mais vrai, la traite orientale aurait entraîné la vente de plus de 17 millions d’esclaves entre 650 et 1920. Elle dépasse en nombre la traite occidentale : 14 millions entre le XVIe et le XIXe siècle. Tout n’est pas tout blanc ou tout noir, sans mauvais jeu de mots.

Nous espérions que les ennemis de Colbert et de sa politique se renseignent a minima. Nous sommes en droit d’être déçus, car a priori personne n’a pris la peine de contextualiser ce débat. Aujourd’hui nous fonctionnons à coups de sentiments. Mais au fond, c’est peut-être cela la politique du siècle. N’oublions pas que Mme Belloubet et M. Castaner placent l’émotion « au-dessus des lois ».

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