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Le journaliste de droite est-il journaliste ?

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Publié le

10 janvier 2020

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Dans le cercle étroit et fermé des médias, être journaliste de droite est une étrangeté qui fait peser sur qui est affublé de ce qualificatif, un soupçon permanent en déficit de légitimité. Alors que l’inverse confine à la norme.

 

 

« La Droite forte veut des quotas de journalistes de droite sur les télés et les radios publiques. Chiche ! Lesquels ? » Ironiquement, Mathias Destal a mis le doigt sur le problème. Et pourtant, le journaliste de Marianne ne pouvait pas savoir, ce 13 juillet 2013, que la question méritait vraiment d’être posée. À la base, notre confrère ironisait sur la charge menée par les fondateurs de la Droite Forte, Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, (ne riez pas, à l’époque ils étaient vraiment de droite…) qui s’étaient insurgés contre l’absence de pluralité des opinions et de la diversité de l’information.

Et un journaliste de droite, un sous-journaliste, un confrère entaché du sceau de l’infamie ? Comme si son large front était estampillé de ces mots : « Méfiez-vous, ce journaliste est de droite, il sera donc subjectif voire partial ».

Le fait est que le vocable « journaliste de droite » est entré dans le champ lexical de la presse et des réseaux sociaux. Et, finalement, on a un vrai problème avec cette expression. Il y aurait donc les journalistes et les journalistes de droite. Et là, se pose la question : est-ce qu’un journaliste est forcément de gauche au point qu’il n’y ait nul besoin de le préciser ? Et un journaliste de droite, un sous-journaliste, un confrère entaché du sceau de l’infamie ? Comme si son large front était estampillé de ces mots : « Méfiez-vous, ce journaliste est de droite, il sera donc subjectif voire partial ».

 

Lire aussi : Chantal Delsol : « Certaines opinions sont considérées comme des délits »

 

En me promenant sur un groupe Facebook dédié aux pigistes et journalistes, j’ai lu cette phrase : « On a tous un pote de gauche qui bosse au Figaro ». C’est pas faux comme dirait l’autre et ce n’est pas à L’Incorrect qu’on ouvrira des yeux larges comme des soucoupes en découvrant que Le Figaro n’est pas de droite. Néanmoins, cette phrase révèle l’autre versant du miroir : quelle chance auriez-vous d’entendre ce genre d’assertion : « On a tous un pote de droite qui bosse chez Libé ». La réponse est simple : jamais.

 

 

Dérapages

 

En réalité, le terme journaliste de droite est un mot-valise qui englobe tout membre de la profession qui ne serait pas progressiste, bien-pensant et mondialiste. Vous êtes journaliste de droite ? Vous êtes sur une corde raide entre le journaliste et l’ordure. Si vous étiez de gauche, on vous nommerait intellectuel, mais comme vous êtes de droite, vous êtes un polémiste sujet aux dérapages provoqués par ceux qui sont le verglas pour paraphraser le regretté Philippe Muray.

 

Lire aussi : La France sous la menace de la censure

 

Notez bien que l’expression est journaliste de droite et non journaliste à droite. Car nul besoin d’être à droite pour être un journaliste de droite. Il suffit simplement, à un moment donné, ne pas être d’accord avec la doxa ambiante. Vous verrez, ça ne dure qu’une seconde et ça vous colle aux basques aussi sûrement qu’un costume sur le dos de François Fillon. Demandez à Pascal Praud, malheureux parangon de CNews qui, ayant eu le malheur d’inviter de temps à autre Gabrielle Cluzel, Élisabeth Lévy ou Charlotte d’Ornellas est accusé de « foxisation » (dérivé de Fox News, la très républicaine chaîne américaine).

Ainsi, à la suite de la « Convention de la droite » et au déferlement de critiques, la « direction de LCI » a déclaré au Parisien qu’elle s’apprêtait à « revoir ses castings d’intervenants et se passera de ceux issus de publications comme L’Incorrect ou Boulevard Voltaire proches de l’extrême droite ».

Et ils sont de plus en plus nombreux ces journalistes de droite. Invoqués comme quotas afin de maintenir l’illusion de la pluralité (comme une concession faite à cette masse « archipélisée » que d’aucuns nomment encore le peuple), les journalistes de droite sont une denrée rare à manier avec précaution. Invités pour plaire et surtout pour complaire aux journalistes dans leur rôle de garant de la pluralité, ils savent que tout peut s’arrêter. Mais toujours en minorité et toujours perdus entre six ou sept chroniqueurs de l’autre bord… Et gare au moindre débordement, ils feront partie des dégâts collatéraux. Ainsi, à la suite de la « Convention de la droite » et au déferlement de critiques, la « direction de LCI » a déclaré au Parisien qu’elle s’apprêtait à « revoir ses castings d’intervenants et se passera de ceux issus de publications comme L’Incorrect ou Boulevard Voltaire proches de l’extrême droite ». On appréciera la nuance, les dérapages entendus dans le cadre de cette Convention ayant été proférés par Éric Zemmour et en périphérie par Yves Thréard. Or, ils sont tous les deux salariés du Figaro. Mais ce sont L’Incorrect et Boulevard Voltaire qui payent. Allez savoir pourquoi…

 

 

Marc Defay

 

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