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Derrière le nom barbare de « Sleeping Giants », des activistes essaient de museler la liberté d’expression en faisant pression sur les annonceurs. Une tyrannie reposant sur la lâcheté d’entreprises traumatisées à l’idée de vendre des publicités à des médias mal-pensants.
Avec ce texte, la France sera, à ma connaissance, le premier pays du monde à avoir une définition aussi extensive de la discrimination dans ses lois pénales ». Le garde des Sceaux René Pleven pouvait parader ce 7 juin 1972. La loi portant son nom est votée. L’incitation à la haine par des propos ou des écrits tenus en public est une infraction pénale à dater de ce jour. Le but, louable, est sans doute devenu un pavé sur le chemin de l’enfer, incrusté parmi les bonnes intentions.
À peu près à la même période, Éric Zemmour s’inquiétait d’une loi qui ne « dénonce plus les faits mais les intentions ».
« Beaucoup ne s’y sont pas trompés. Ainsi, Éric Branca, à l’époque directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles, avait dénoncé en 2010 « le flou juridique de la notion de provocation et les pièges de la recherche de l’intention coupable ». Plus tard en 2013, les très libéraux Aurélien Portuese et Gaspard Koenig estiment que le législateur en utilisant la notion de « provocation à la haine » (sentiment, qui n’est pas un acte et n’a pas obligatoirement d’effets extérieurs visibles), décide de sanctionner par le droit pénal « des faits plus ou moins inconsistants et indémontrables » ce qui constitue un recul par rapport à la notion d’« incitation à la violence », qui est visible et extérieure. À peu près à la même période, Éric Zemmour s’inquiétait d’une loi qui ne « dénonce plus les faits mais les intentions ».
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Autrement dit – mais qui l’ignore aujourd’hui ? – personne ne saurait définir clairement la notion d’incitation à la haine. Critiquer l’islam est un acte de haine envers les musulmans, critiquer le mariage pour tous est un acte de haine envers les homosexuels, critiquer le goût désagréable du pain de campagne de ma boulangère est un acte de haine envers ma boulangère (et les pains de campagne).
Harcèlement
C’est dans ce joyeux contexte d’autocensure et de judiciarisation des idées qu’interviennent les militants connus sous le nom de « Sleeping Giants ». Déployés aux États-Unis pour chercher des poux dans la tête de Steve Bannon et de son média Breitbart, les « Sleeping Giants » ont débarqué en France et se font un malin plaisir à attaquer les annonceurs qui disposent de publicités sur des médias « incitant à la haine », c’est-à-dire notamment Boulevard Voltaire, Valeurs actuelles mais également CNews. Se fondant principalement sur la loi Pleven mais également sur leurs propres jugements, ils harcèlent les annonceurs sur les réseaux sociaux afin qu’ils retirent leurs publicités de tel ou tel site.
Ainsi, le Sénat a voté un amendement dans la nuit du 16 décembre obligeant les entreprises à publier la liste des sites sur lesquels apparaissent leurs réclames.
Initiative d’activistes sans doute. Mais le gouvernement s’en est mêlé. Avec la loi Avia notamment, censée lutter contre la haine sur Internet. Ainsi, le Sénat a voté un amendement dans la nuit du 16 décembre obligeant les entreprises à publier la liste des sites sur lesquels apparaissent leurs réclames. Une obligation qui condamnerait celui qui refuserait de s’y soustraire à une amende de 30 000 €.
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Un amendement voté qui a reçu le soutien de Cédric O, secrétaire d’État au Numérique : « Aujourd’hui il y a moyen via les régies, pour ces grands annonceurs, de savoir sur quels sites leurs publicités sont diffusées, et donc ils doivent diffuser la liste, ce qui les oblige en fait à s’intéresser à la chose. Ou si eux ne s’intéressent pas à la chose, je suis certain que certaines organisations se pencheront sur le sujet et les alerteront, ce qui en fait assèche une partie du financement des sites extrêmes ou que nous souhaitons ici voir disparaître ».
Une démocratie qui judiciarise à ce point les échanges se contredit toute seule et acte tout simplement la fin de nos libertés de débattre, de s’engueuler, d’avoir peut-être parfois un mot de trop, mais comptant sur l’intelligence du public pour faire lui-même le tri.
Qui sont ces organisations pour le secrétaire d’État ? Les « Sleeping Giants ». Militants qui agissent ici comme les auxiliaires d’un exécutif visiblement aux abois. Quelle République, quelle nation se sent tellement faible qu’elle en vient à censurer le débat d’idées ? Une démocratie qui judiciarise à ce point les échanges se contredit toute seule et acte tout simplement la fin de nos libertés de débattre, de s’engueuler, d’avoir peut-être parfois un mot de trop, mais comptant sur l’intelligence du public pour faire lui-même le tri. À moins que l’intelligence de ces derniers ait disparu en une génération. Mais à qui la faute ? À Voltaire ?
Marc Defay
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