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Le rap peut-il être réac ?

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Publié le

5 août 2022

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Le rap. Vous pensiez qu’on lui avait réglé son compte avec notre dossier de 2020 ? Pensez encore ! Car si le rap mainstream est, on le sait, « le triomphe des imbéciles », un gloubiboulga amalgamant violence tribale de demis sauvages incultes et chouineries de fragiles façon Roméo Elvis, il existe pourtant un rap à la marge, dont les médias ne parlent jamais, et qui vogue à contre-courant. Enquête.
chronic

Très présent aux États-Unis tout en étant superbement ignoré par les médias majoritaires, ce courant réac du rap est porté par des artistes tels que Tom McDonald, un ancien catcheur au look improbable (tresses blondes, grills sur les dents, corps et visage recouverts de tatouages), qui sort environ une chanson par mois et tape régulièrement les trente millions de vues sur YouTube.

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Ses chansons s’en prennent aux wokes (« Fake Woke » : « Je pense que c’est dingue qu’on dise que je suis controversé alors que Cardi B est le modèle des filles de 12 ansDepuis que j’ai commencé à utiliser des gars, je me sens tellement mieux, je me sens tellement puissante », a déclaré cette joyeuse féministe américaine, Ndlr]. Les rappeurs en haut des charts font la promo du Xanax, mais si je parle de race dans une chanson, j’ai peur de me faire tuer »), à l’avortement (« People so Stupid » : « Dites-moi comment ça marche ? Une bactérie est de la vie sur Mars, mais un battement de cœur n’est pas une vie sur terre ? »), fait l’éloge des Blancs dans une espèce de tribalisme inversé (« White Boys » : « Vous feriez mieux de surveiller vos arrières, ça va être un été de Blancs, tout mon iPhone est remplis de Blancs armés, on vient des bas-fonds comme les tuyaux dans le sol, on a le fusil à pompe de prêt »), ou encore celui de la vie redneck (« No Good Bastards »). Seul le média conservateur, The Daily Wire évoque cette scène avec enthousiasme. Pour le reste, motus.

Black Trumpist et rap-rock républicain

L’intérêt de ce rap très politisé, c’est qu’à l’heure du tout instantané, les musiciens peuvent réagir à l’actualité en un clin d’œil, ce qui correspond bien à l’atmosphère de palabre permanente qu’entretiennent désormais les réseaux sociaux. Le rappeur noir trumpiste Loza Alexander s’en est d’ailleurs fait une spécialité, avec des hymnes tels que « Let’s Go Brandon, F.A.F.O » (pour « Fuck Around and Find Out », soit : « Fais le con et tu verras », slogan utilisé en soutien à Kyle Rittenhouse (jeune Américain ayant abattu des vandales en état de légitime défense), qui débute par « Fuck Black Lives Matter and Antifa »), « Slap A Commie Like Will Smith » (« Gifle un coco comme Will Smith ») ou encore « Crack Pipe Biden », en référence aux problèmes de drogue du fils du président.

« Malgré tout, je pense que le vent va tourner, le rap étant la musique la plus écoutée par les jeunes, il y a forcément toute une frange de cette jeunesse qui ne se reconnaît pas dans le rap de cité »

Chronic

Bourré d’humour, ce rappeur ouvre d’ailleurs l’un de ses clips en le dédiant à « la minorité la plus opprimée d’Amérique : les soutiens noirs de Donald Trump ». On peut aussi citer, parmi les chansons les plus drôles répondant à l’actualité, l’hilarant « Joe Biden Touches Kids » (« Joe Biden touche des gosses ») de DC Capital, ou encore le rap de véritables white trash (déchets blancs) comme The Naughty Northern, infusé de hard rock, ou encore Hosier qui chante « Country Boy Style » et évoque le tube international « Old Town Road », de Lil Nas X, mais en moins inverti. Comment ne pas citer l’emmerdeur en chef, Kid Rock, rappeur républicain qui est toujours debout après sa tentative de se présenter aux élections sénatoriales américaines, et vient notamment de sortir « Don’t Tell Me How To Live », en duo avec le groupe de hard DR rock canadien Monster Truck, et ses paroles… toujours aussi inspirées : « la prochaine génération sera une nation de tafioles ».

Chronic : « Le vent va tourner »

Mais l’existence de ce rap en dehors du courant majoritaire pose deux questions : la légitimité du mainstream qui, en ignorant sciemment tout un public, ne peut que s’étioler à terme, et, d’un autre côté, la possibilité pour ce genre de rap de percer en dehors de sa niche d’auditeurs. Nous avons interrogé Chronic, rappeur français et patriote, qui se montre plutôt optimiste puisque selon lui : « Le vent va tourner. Il est certain qu’en France ce genre de rap a plus de mal à se faire un trou, pour des raisons idéologiques mais aussi parce que la consommation de musique est ici sensiblement différente de celle des Américains. Malgré tout, je pense que le vent va tourner, le rap étant la musique la plus écoutée par les jeunes, il y a forcément toute une frange de cette jeunesse qui ne se reconnaît pas dans le rap de cité ou à trop forte connotation communautaire étrangère, qui n’écoute ce rap que par défaut. Mais je peux vous dire qu’il y a des talents qui ne vont pas tarder à faire parler d’eux et qui vont changer la donne ! », nous déclare-t-il.

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Lui qui est venu au rap car ce genre ne demande « qu’un papier et un stylo » est donc formel : oui, le rap peut-être de droite. « De mon point de vue, le mainstream est voué à suivre les plus grosses tendances, lesquelles sont influencées par les politiques qui sont menées. Si la France avait à sa tête des politiques plus conservateurs et souhaitant valoriser une culture réellement française, eh bien : le mainstream suivra ! Donc ce n’est pas impossible que cela arrive, même si aujourd’hui cela peut paraître encore improbable », pense-t-il.

Un autre rap est possible

Car en effet, le rap, même s’il est né dans les ghettos noirs et porte majoritairement une parole victimaire ou violente, n’est, in fine, qu’un medium d’expression. Et il s’agit de celui qui est les plus prisé par la jeunesse. S’en priver et faire la fine bouche serait une erreur : refuser de toucher toute une partie de la population qui pourrait se retrouver dans des paroles autres que celles des cannibales refoulés ou des djihadistes façon Médine et qui n’a, pour l’heure, comme alternative, que des fragiles façon Roméo Elvis (le frère d’Angèle) ne serait pas une bonne stratégie quant à la propagation de la culture conservatrice. Surtout si c’est pour faire du R.A.C. (le Rock Anti-Communiste, un truc sommaire imbitable).

« Malgré le zèle “antiraciste” permanent des rappeurs, certains groupes comme IAM, NTM ou ARSENIK pouvaient soulever des problématiques politiques intéressantes »

Chronic

Si un autre rap est possible, pourquoi se priver ? Qui ne connaît pas, dans son entourage, un identitaire, un chouan ou un nationaliste qui s’ambiance sur du Booba ou du Kaaris ? « Honnêtement je ne pense pas qu’il faille ressembler à Romeo Elvis ou Orelsan, pour ne pas intégrer des codes de rap de cité. La virilité n’appartient pas qu’aux rappeurs de cité ou à la “diversité” en générale. La représentation que donnent ces rappeurs blancs à leurs auditeurs (blancs pour la plupart) est, à mon sens, plutôt négative », remarque justement Chronic. Installé à Bordeaux, ce rappeur offre pour sa part une musique racée, très infusée par le rap français vieille école.

De nouveaux labels pour une nouvelle scène

« Je suis né dans les années 90 et issu d’un milieu social plutôt prolétaire où le rap et le rock sont les musiques les plus écoutées, j’écoutais les deux. Mais le rap ne demandant qu’un stylo et une feuille de papier, je me suis naturellement mis à écrire des textes de rap. Je me suis politisé en partie avec le rap puisque cette musique m’accompagne depuis mes 8 ou 9 ans. Malgré le zèle “antiraciste” permanent des rappeurs, certains groupes comme IAM, NTM ou ARSENIK pouvaient soulever des problématiques politiques intéressantes. Ce n’est que plus tard que mes idées politiques sont devenues plus conservatrices grâce à une compréhension plus fine des enjeux sociaux de notre pays, je me suis d’ailleurs éloigné du rap français depuis, je n’en écoute que très peu aujourd’hui », nous explique-t-il. Dans ses textes, il s’en prend pêle-mêle aux médias, aux artistes dénués de colonne vertébrale, ou encore à la société de consommation qui ne nous offre que Google comme horizon. Il est par ailleurs fondateur avec Bevitch du label L’Anomalie, maison mère abritant plusieurs autres rappeurs à contre-courant.

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Certaines maisons de disques ont d’ailleurs commencé à sentir le vent tourner : le label indépendant Néochrome s’est mis à sortir un rap terroir, avec notamment des artistes précédemment très « cité », comme 25G, qui rappe désormais « Les Rednecks du terroir » (même s’il est tout de même à noter au crédit de 25G que son premier album s’ouvre sur une piste intitulée « Babtou Pure Souche » – qui casse des bouches), et des nouveaux venus comme Billy Joe, qui a changé son pseudonyme en Billiou (le précédent faisant désormais trop américain à son goût), et rappe l’amour du pays basque dont il est originaire.

Nique la délinquance

On se souvient aussi du rappeur Kaotik 747, qui soutenait la police et avait été menacé de mort pour ses propos. Il avait défrayé la chronique avec son titre Fils de Flic, en hommage au brigadier Éric Masson, tué lors d’une opération antidrogue en mai 2021. Là, les médias n’avaient pu fermer les yeux et se boucher les oreilles. Forcés d’en parler, c’était forcément en se bouchant le nez.

Comme quoi, le rap peut porter de bonnes valeurs. Oui, mais ne serait-ce pas contraire à son ADN ?, me direz-vous. Eh bien, certes, mais à une époque où Miss France peut avoir une bite, au fond, pourquoi pas ?

« Qui est Kaotik 747, le rappeur pro-police chouchou de la droite ? » avait par exemple titré L’Obs. « J’ai grandi à la Ddass et il m’est arrivé de faire des bêtises. Je me suis fait arrêter et un policier m’a parlé comme à son fils et il a su trouver les bons mots. Il m’a fait promettre de ne plus faire de bêtises et je n’en ai plus refait », expliquait-il à l’époque à Europe 1. Il s’est aussi engagé contre le cyber-harcèlement ou les enfants malades. Comme quoi, le rap peut porter de bonnes valeurs. Oui, mais ne serait-ce pas contraire à son ADN ?, me direz-vous. Eh bien, certes, mais à une époque où Miss France peut avoir une bite, au fond, pourquoi pas ?

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