Leonardo : meneur d’hommes

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Leonardo est un meneur d’hommes exceptionnel et un habile négociateur. Le Brésilien a démontré, si cela était encore nécessaire, qu’il pouvait transformer une situation calamiteuse en opportunité. En cette fin de « mercato », le directeur sportif du Paris Saint-Germain a complètement changé la donne, réussissant à renforcer son effectif sans déséquilibrer la balance commerciale du club de la capitale. Et si la politique s’inspirait de ses méthodes ?

 

La direction d’un club de football ressemble à bien des égards à celle d’un parti politique. Il faut gérer des égos de divas capricieuses, construire un effectif solide avec les meilleurs à leur poste, créer un collectif où chaque individualité saura se sacrifier pour son équipe le moment venu, ou bien encore communiquer avec les supporters et les médias. C’est un art difficile dans lequel excelle particulièrement l’ancien latéral Leonardo, désormais véritable référence mondiale en la matière. Quand il a repris le Paris Saint-Germain en main à la fin de la saison dernière, il héritait d’un club en déshérence. Certes, le Paris Saint-Germain venait de gagner la Ligue 1, mais avec les moyens qui sont les siens ce n’est plus vraiment un exploit : c’est une obligation. Les prédécesseurs de Leonardo avaient recruté trop de joueurs médiocres à des salaires vertigineux et n’avaient pas su construire une équipe performante sur toutes les lignes. Qu’a fait Leonardo ? Il a tout simplement observé le plus lucidement possible les problèmes de l’équipe : ligne par ligne, personnalité par personnalité.

 

Il a d’abord recentré le club sur la performance, donc l’équipe première. Puis il a entendu ce que disaient la plupart des experts en essayant d’améliorer ce qui devaient nécessairement l’être. Premier chantier : les milieux de terrain. Pour des sommes peu importantes (relativement au marché du football), Leonardo a recruté le soldat ibérique Herrera et le milieu relayeur Gueye. Deux joueurs de Premier League, rodés aux joutes anglaises très physiques et ayant évolué dans des clubs de premier plan (respectivement Manchester United et Everton). Il a ensuite rapidement densifié son effectif, recrutant Pablo Sarabia le deuxième meilleur passeur du championnat espagnol ou encore Diallo jeune défenseur venu de Dortmund. Pas de joueurs inutiles ou de « coups » médiatiques. La mentalité des arrivants devait coller avec le projet : des joueurs sérieux, professionnels, motivés et exemplaires sûrs comme en dehors du terrain.

 

Une fois les bases de son projet posées, comme il avait su le faire lors de son arrivée en fanfare en 2011, Leonardo a rappelé qui dirigeait : l’institution, pas les starlettes. Ainsi, le capricieux et tyrannique Neymar a été mis sur le marché … mais aux conditions fixées par le directeur sportif. Pas de braderie pour un joueur acheté à prix d’or, dont l’hygiène de vie contestable l’a longtemps écarté des pelouses l’an dernier. Evidemment, quand Neymar joue, l’équipe est meilleure car c’est un génie avec un ballon. Nul génie n’est toutefois au-dessus des institutions. Résultat ? Aucun club n’a pu s’offrir Neymar. Leonardo a montré que le club qu’il dirige doit être respecté à l’Europe entière, gardant au passage sa meilleure recrue. Il n’y aura pas de « plan com » pour Neymar. Pour se racheter aux yeux des supporters, ce dernier devra d’abord bien jouer et se faire plus discret qu’à l’accoutumée. Il en a tout intérêt.

 

Leonardo ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Il a débarrassé son club de la majorité des indésirables et des lofteurs, vendant aussi les bons jeunes qui n’ont pas le niveau pour le Paris Saint-Germain. Bien conscient qu’il est impossible de construire un grand club sans un très grand gardien, il a recruté Keylor Navas en dernière minute. Areola ne pouvait plus progresser au PSG ? Pas de sentiments, il l’a prêté au Real Madrid. Pour son bien et le bien du club de la capitale. Dans les ultimes secondes du mercato, le Brésilien a aussi fait le gros coup Icardi, joueur aux conflits personnels importants, mais attaquant à l’ancienne du Top 8 mondial aux statistiques affolantes dans un Inter Milan pourtant loin de ses standards passés qui apportera une solution de plus. Il y a bien sûr encore quelques manquants, notamment aux postes de latéraux … un marché extrêmement complexe tant les bons joueurs à ce poste sont rares. Mais dans l’ensemble, Leonardo a posé les fondations d’un renouveau et a mis une énorme pression sur le coach allemand Thomas Tuchel, qui ne pourra plus se cacher derrière les faiblesses de son effectif.

 

Quelle morale retenir de la gestion du Brésilien ? Si l’argent est très important, il ne fait pas tout au très haut niveau. Comme dans toute activité, un cerveau est le meilleur outil pour réussir. Un cerveau et de grandes connaissances de son domaine d’activité et de ses acteurs. Il faut aussi savoir sévir, y compris avec les intouchables. Leonardo a notamment tancé Neymar devant ses co-équipiers, déclarant qu’il parlerait français dans le vestiaire et que ceux qui n’avaient pas le niveau n’avaient qu’à prendre des cours pour rattraper leur retard. C’est cette attitude ferme mais juste, conquérante mais prudente, confiante mais humble, qui doit prévaloir dans toutes les grandes aventures collectives. Un chef est nécessaire. Un chef avisé et gardant la tête froide. Leonardo est un exemple.

 

Gabriel Robin

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grobin@lincorrect.org

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