Alchimie noire
En dépit de la noirceur abyssale qui caractérise le son des Parisiens, la sortie d’un nouveau disque de Frustration est toujours un événement à marquer d’une pierre blanche. Suite logique de son prédécesseur sorti en 2019 (So cold streams), ce cinquième album n’a pas pour vocation de révolutionner le genre. Fidèle à ses racines, le groupe mêle comme à son habitude des sonorités synthétiques typiques de la musique industrielle avec l’énergie dévorante du post-punk et la beauté décadente de la new wave. L’ombre de Warsaw (formation culte des années 70 qui a donné officiellement naissance à Joy Division) plane encore et toujours sur leur musique, comme en témoigne l’analogie quasi parfaite entre la voix du chanteur Fabrice Gilbert avec celle de Ian Curtis sur certains morceaux. Flirtant avec les sonorités futuristes de l’EBM (Electronic Body Music) comme sur le titre « Riptide », les Parisiens marchent également dans les pas des Rennais de Marquis de Sade lors – qu’ils chantent en français. Sombre et jouissif. Mathieu Bolon

Lire aussi : Les critiques musicales d’octobre
Un enchantement
Si les temps changent, il n’est pas impossible que moi aussi. Je me souviens de Norah Jones pour deux ou trois choses parmi lesquelles sa filiation avec Ravi Shankar (musicien et vedette indienne qui fut le professeur de cithare de George Harrison) et parce que son premier disque tournait en boucle chez moi, lorsque j’étais enfant et que ma mère chantonnait les refrains les matins où je n’al – lais pas à l’école. C’était en 2001, et j’avais donc d’autres chats à fouetter: à bientôt dix ans, les Strokes me tendaient les bras en m’apprenant à dénigrer le monde entier. Plus de vingt ans ont passé et il est bien possible que de l’eau ait coulé dans mon verre de vin (que je garde malgré tout bien rempli). Ainsi ai-je découvert que l’excellent Leon Michels avait produit le nouvel album de Norah Jones. Pointure soul, j’avais hâte de voir si Michels avait apporté avec lui ses basses rondes, ses rythmes entre le jazz et le hip-hop, son aristocratisme black. La réponse est oui. Si Norah Jones n’a jamais eu l’éclat de l’écorchée Winehouse, il est bien possible aussi qu’elle ait souvent réussi, mezzo forte, à enchanter au moins aussi bien. Emmanuel Domont

Lire aussi : Les critiques musicales de mars
Rip
On dirait que les Dandy Warhols n’ont pas fini de nous décevoir. Difficile de se souvenir à quand remonte le dernier bon album de leur part. Peut-être vingt ans. C’est le temps d’une carrière, pour un bon groupe, quand même. Les trois ou quatre premiers albums étaient excellents. Dix ans. Ils étaient à ce moment-là le pendant fluorescent et quelque peu commercial (les ventes n’ont jamais été incroyables non plus) du Brian Jonestown Massacre. Désormais, leurs différents disques sont tous des massacres. Celui-là n’échappe pas à la règle. Avec son côté acide ou indus – triel, tout est dégueulasse en plus d’être mauvais. C’est à n’y rien comprendre. On souffle de douleur et l’on souffre tant il est triste d’être tombé si bas. Il y aura bien des types pour aimer des choses dedans : il y a bien des gens qui ont trois bras. Il faut de tout pour faire un monde, hein. Mais, définitivement, les Dandy Warhols ne font plus partie de notre monde : n’ajoutons pas du malheur au malheur. ED






