HORS TEMPS
ESTAMPES, GUILAUME BARRAUD et MATHIEU BÉLIS, B&B Productions, 19 €
Dix années de complicité assurent l’aspect enchanteur d’Estampes, le nouveau projet du duo de compositeurs Mathieu Bélis (piano) et Guillaume Barraud (flûte traversière). Conçu sans objectif précis pendant la pandémie, cet album à l’esprit ouvert multiplie les morceaux pensés hors temps à des tempos d’une lenteur savoureuse (In and Out, Marche lunaire… Quelle délectation !) Avoir osé ce moment uniquement façonné de « trifouillage » furtif à mains nues comme avec Dans les cordes, nous offre des émotions parfaitement inédites. Avec Parade of Stars, Douce ivresse, on mesure la qualité de la prise de son qui restitue si bien la sensualité du rapport aux instruments. Ce jazz contemporain empreint de musique classique et traditionnelle se parfois un brin pop, comme dans Perfect Blue, Balade de Duke où le duo invite le guitariste percussionniste Kevin Seddiki à poser des lignes de guitare inspirées. Un disque très intimiste mais à livrer aux foules ! Alexandra do Nascimento

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UNE GLORIEUSE RÉSURRECTION
HOW TO REPLACE IT, dEUS, PIAS, 14,99 €
Pour son premier album depuis Following Sea, sorti en 2012, dEUS revient et frappe fort ! Le groupe emmené par Tom Barman et Klaas Janzoons entame How To Replace It par la piste titre, et, tout de suite, on est plongé dans l’ambiance : batteries hallucinées évoquant parfois Boyd Rice, explosions de chœurs survitaminés ; en deux mots : beauté et élégance. dEUS livre une pop qui se perd dans les giclées de guitare électrique fuzzées qui transpercent l’apparence parfois sage des morceaux, tel que sur « Must Have Been New ». How To Replace It dégage un parfum de cinéma, on pense aussi à Sqürl, le projet de Jim Jarmusch, ou encore Blue Bob, l’album de David Lynch, voire à Nick Cave. Parfum de cinéma, mais encore : mélancolie solaire, comme des larmes qui coulent lors d’une journée de printemps fraîche et lumineuse. « Love Breaks Down », chante Tom Barman. « Plus de cris de guerre, tout à sa place, mais pas loin ». L’album s’achève dans « Le Blues Polaire », expérimentation noise slammée en français qui évoque l’amour tel « un polaroid paresseux qui a dévoilé ses vraies couleurs ». « Ça provoque et ça sent les cendres ». Un bon résumé du disque. Alain Blanville

L’ÉTOILE DU HIP-HOP DE DEMAIN
NO THANK YOU, LITTLE SIMZ, Forever Living Originals, 16 €
Un peu plus d’une année après la sortie de son Sometimes I Might Be Introvert, la prodigieuse Little Simz revient avec un nouvel album intitulé No Thank You. C’est une nouvelle réussite dans sa récente discographie dénuée de faux pas, un nouvel essai sans fausse note. Son hip-hop ressemble aux œuvres baroques : riche, plein de couleurs, généreux, culminant dans les artifices, additionnant les influences comme un patchwork musical. Très orchestrées, ses chansons mêlent les violons aux machines modernes, la contrebasse jazzy et les cuivres façon musique de film. Là-dessus, son flow nonchalant de banlieusarde londonienne frappe toujours autant. Sans la connaître, on imagine aisément que nous avons affaire, avec elle, à une esthète, à une véritable artiste raffinée et singulière. Kendrick Lamar voit en elle une des étoiles du rap de demain. Dans ce domaine, il semble que l’on puisse lui faire confiance ; et à l’écoute de cet album, confirmer les propos du maître. Emmanuel Domont

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2/20
DOUBLE ALBUM, NOFX, Fat Wreck Chords, 17,99 €
On écoutait NOFX dans notre adolescence punk. Leurs manières rigolardes et crades, leur musique rapide et plutôt mélodique ainsi que la facilité à apprendre leurs morceaux à la guitare convenaient à nos treize printemps d’alors. Poussé par une curiosité, certes un peu fatiguée, et ayant l’idée perverse de faire à ces gauchistes à crête l’honneur de figurer dans un magazine catho et rebelle, j’ai lancé sur Spotify cet album de dix titres dont on ne sait toujours pas pourquoi il se nomme Double Album. Et bien peu de choses ont changé en un peu plus de quinze ans. Comme quoi les progressistes américains sont parfois très conservateurs. Les titres s’enchaînent assez vainement et lorsque le disque se termine on peut, en guise de conclusion, diviser cet album en deux : le meilleur (le premier titre) et le reste (les neuf autres titres) et s’empresser d’interdire à notre neveu de faire du skate. ED

VOYAGE ÉCLECTIQUE ET ÉTHÉRÉ
MAELSTROM, DUPLEX, Arc Music, 16 €
Les atmosphères « belles et dangereuses » de Duplex, ou la rencontre de Didier Laloy et Damien Chierici, deux musiciens renommés de la scène belge, deux univers singuliers, deux générations distinctes. Et ça fonctionne à merveille ! Maelstrom est un album road-movie à la sauce belge, surréaliste, singulier, plein de contrastes. Damien, doté d’une belle carrière de compositeur de musique de film, est un violoniste non conventionnel qui privilégie l’aspect rock du projet, quand Didier, accordéoniste innovant, en incarne la face folk. Un disque propice à mille voyages, où tradition et modernité s’entrechoquent et se rejoignent au cœur d’une instrumentation classique encanaillée de sons électroniques mutins. Des influences balkaniques, cubaines, canadiennes colorent ces compositions de base européenne. Que l’on aime un peu, beaucoup, passionnément, que l’on comprenne tout ou partie, ce n’est pas moins un exploit flagrant que de rassembler une création complètement azimutée dans un discours si cohérent. ADN






