FEU INTACT
ALPHA ZULU, PHŒNIX, Loyauté / Glassnote, 14,99 €
On avait un peu oublié Phoenix. Leur dernier album, Ti Amo, italianisait avec des refrains qui sentaient bon la Riviera du Levant. Il avait beaucoup tourné dans nos Alfa Roméo fantasmées avec des amis qui sont aujourd’hui partis se brunir la peau ailleurs. Les Versaillais (un contrat oblige les journalistes à citer cette ville à chaque article qui concerne le groupe) reviennent avec Alpha Zulu pour ce qui sera peut-être la dernière lanterne flamboyante de leur discographie. Sans doute seront-ils bientôt, et pour toujours, démodés et de l’ancien monde, ces garçons discrets et peu décadents. En attendant, ils persistent et signent avec dix titres particulièrement réussis. Malgré la cinquantaine à l’horizon, Thomas Mars et sa bande gardent une fraîcheur quasi juvénile qui fascinerait presque. Mention spéciale à l’excellent « Artefact » qui aurait pu figurer dans l’inoubliable Wolfgang Amadeus Phoenix, l’album parfait sorti en 2008 et qui servait de bande-son aux embrassades avec nos petites amoureuses. Et si Phoenix n’avait pas besoin de cendres pour toujours renaître ? Emmanuel Domont

BOB DYLAN DU CAP-VERT
MIGRANTS, MARIO LUCIO, MDC, 14,99 €
Après avoir mis sa carrière entre parenthèses pour œuvrer en tant que ministre de la Culture de 2012 à 2019 au Cap-Vert, celui que l’on surnomme « le Bob Dylan du Cap-Vert », présente son dixième album. Mario Lucio retourne aux sources de la poésie des chansons à texte autour de sujets poignants. S’inspirant de la beauté du parcours humain, même dans l’adversité, il conte la tragédie de ceux qui fuient les guerres, les persécutions, la misère, et qui, depuis des lustres, perdent la vie en tentant de traverser les océans. Selon lui, Migrants porte tout le Cap-Vert et l’Afrique, mais dialogue avec toutes les esthétiques musicales que les migrations ont rendues possibles. Les arrangements des compositions respectent la tradition mais portent également le tout vers une version très actuelle du patrimoine sonore cap- verdien. Un grand soin leur a été conféré ainsi qu’à l’enregistrement en studio ce qui fait de cet album l’un des meilleurs de sa carrière. Tao et son chœur d’enfants sont un temps fort de l’opus. Un projet de plus qui vient confirmer l’éclectisme de ces artistes insulaires qui, loin de s’imiter, et en dépit du propos convenu, assurent une singularité essentielle. Alexandra do Nascimento

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SOUL ET SOLAIRE
CARE, UPTOWN LOVERS, ADME Obstinato/ Inouïe, 16,50 €
L’univers de nos petits Lyonnais d’adoption est toujours aussi « soul », mais aussi « solaire, élégant, classieux », tels sont en effet les adjectifs qu’emploie à juste titre Manon Cluzel, compositrice et chanteuse, pour décrire Care, le troisième album du groupe. Du velours dans le grain de voix, de la sensualité dans l’expression, de la précision dans la modulation de fréquence vocale : Care est une invitation à prendre soin de soi et à s’autoriser à être heureux, maintenant, comme un droit de naissance. Un quatuor à cordes, des claviers, basse électrique, batteries et flûte rassemblés pour un discours musical d’une grande cohérence sous la houlette du guitariste arrangeur Benjamin Gouhier qui signe encore quelques compositions. Des titres épurés tels que l’éponyme Care, Fears et le sublime My mind filent carrément des frissons et soulignent les aptitudes vocales de la belle. Quelle fierté que ce genre de production. À découvrir absolument ! ADN

BIJOU D’UN HYPERACTIF
JAGUAR SOUND, ADRIEN QUESADA, ATO Record, vinyle 26 €
Adrian Quesada est infatigable. Quand il n’officie pas du côté des Black Pumas, son projet le plus populaire (près de 150 millions de vues pour le titre Colors sur Youtube), qu’il ne produit pas le disque d’amis musiciens (plus de 150 disques à son actif ) ou encore qu’il ne joue pas d’un instrument dans une session studio ou en live, il arrive aussi à se constituer une discographie en tant qu’artiste solo. On raconte qu’il y aurait 34 heures dans les journées de cet Adrian Quesada. Jaguar Sound est son deuxième album (en une seule année). Entièrement instrumental, d’une grande richesse sonore, organique comme ces vieux disques de soul des années 70 que l’on achète aux Puces de Clignancourt lors des dimanches ensoleillés. La production, d’un raffinement extrême, nous rappelle les disques de ses frères d’armes : de Durand Jones & The Indications à Curtis Harding en passant par le regretté Charles Bradley et tout ce qui sort sur l’excellent label Daptone. Vous voulez être convaincu : écoutez au volume maximal le titre Spirits. Batterie hip-hop, cuivres jouissifs, guitare funky, orgue Hammond, flûte traversière exotique et un incroyable solo de saxophone qui conclut ce bijou de 3 minutes 45 secondes. ED

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LE HAUT DE L’AFFICHE
ROND-POINT, 20 ANS DE THÉÂTRE EN AFFICHE, STÉPHANE TRAPIER, La Table Ronde, 384 p., 36 €
Depuis 20 ans, le marcheur parisien a la chance d’évoluer en présence des créations de Stéphane Trapier, dessinateur au style reconnaissable entre mille, qui aura réussi, grâce à ses affiches à la fois énigmatiques et comiques, à nous donner envie d’aller jeter un coup d’œil du côté des Champs-Élysées, au théâtre du Rond-point, malgré toute l’aversion que nous pouvons légitimement avoir à l’encontre de Jean-Michel Ribes, son insupportable directeur. En présentant les dessins de Trapier « nus », sans les informations typographiques des affiches, l’imposant et magnifique ouvrage donne à regarder d’une manière nouvelle ces créations graphiques – qui convoquent tout ensemble le Pop-art et Topor, le collage surréaliste et le pochoir d’art de rue, la ligne claire et la gravure sur bois – et permet, choses assez émouvantes par ailleurs, d’apprécier l’évolution du trait, le développement d’un style, et de voir au fil des pages une œuvre qui s’élabore. Nicolas Pinet






