Alléluia
Pas là pour rigoler. Un mellotron comme dans Strawberry Fields Forever se lance, mais plutôt dans le genre Xanax Fields Forever. Malsain à souhait. La voix de Grian Chatten est une bourrasque d’angoisse enragée. Tu nous avais manqué, lad. Un flow presque hip-hop 90’s, une guitare qui semble sortie d’un western horrifique d’un Tarantino oublié. Mais bon Dieu, qu’est-ce que c’est que ce truc ? Certainement le titre le plus puissant du mois, sans discussion possible (Taylor Swift, je t’aime bien, mais…). Ne parlons pas non plus du clip incroyable, aussi excellent que fou, et qui donnerait l’impression que David Lynch a filmé une bande d’Irlandais façon Trainspotting dans un décor à la Ken Loach. Breathless, comme ils disent. Il est sans doute temps d’avouer que Fontaines DC sont devenus les maîtres du monde du rock indie. Qu’on le veuille ou non. Et ce n’est peut-être que le début: alléluia ! Emmanuel Domont

Lire aussi : les critiques musicales d’avril
Curieux mais dispensable
Durant le confinement, le chef d’orchestre anglais Charles Hazlewood décide de tuer le temps en jouant autour du thème de la mort, préparant son orchestre constitué en partie d’invalides, le Paraorchestra, à des reprises de classiques pop tragiques, voire funèbres, incarnés par la voix de Bret Anderson, chanteur de Suede, vedette déchue de la britpop des années 90. Voilà un projet dont on peut saluer autant la singularité que la cohérence. Mais le cocktail, malgré tous ces éléments flatteurs et contrastés, ne prend pas toujours. La voix de crooner, exquise, de Bret Anderson; l’élégante orchestration de Hazlewood; le répertoire exceptionnel de Bowie à Suede, d’ « Enjoy the Silence » à « Wonderful life », avec quelques morceaux moins connus, ne nous dispensent la plupart du temps qu’un charmant écho d’anciennes prouesses. Après la mode « unplugged », de rejouer les succès d’hier de manière dépouillée et écologique, la mode opposée, «orchestrale », riche, classe, clinquante, ne parvient qu’au même résultat mitigé: quelques brillantes surprises pour un ensemble trop facile pour ne pas se révéler lassant. Romaric Sangars

€
Lire aussi : Les critiques musicales de mars
Pas dégueulasse
Je crois que les Black Keys m’ont toujours un peu agacé. En tout cas, depuis l’énorme succès d’El Camino en 2011 (oui, même ta nièce qui écoute PNL connait le refrain de « Lonely Boy »), il me semblait que tout avait été dit par ces deux gars de l’Ohio. J’avais écouté distraitement les albums suivants et j’avais laissé tomber l’affaire. Depuis, je suis devenu un chroniqueur de disques qui tente de faire son boulot correctement et d’être un peu respectable (ce n’est pas évident). C’est donc par intégrité professionnelle que j’ai décidé d’écouter le dernier album des Black Keys (non vraiment, à y regarder de plus près, la gueule du batteur ne me revient vraiment pas – passons). Eh bien, je dois avouer avec un certain plaisir que j’avais tort: ils ont encore des choses à nous dire avec des notes et des rythmes. C’est gras et sexy (« This Is Nowhere »), un peu Motown mais façon Nashville (« Don’t Let Me Go »), presque un peu pop parfois et en cadeau, Noël Gallagher est venu composer avec eux trois titres loin d’être dégueulasses. ED

€





