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Les critiques musicales d’octobre

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Publié le

22 octobre 2021

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales d’octobre.
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CHIC ET TRAGIQUE

De Pelicula, The Liminanas et Laurent Garnier, Because Music, 12,99€

A priori, rien ne destinait The Liminanas à faire un album avec Laurent Garnier, sauf que : le duo garage est habitué des cohabitations improbables. Ils nous avaient déjà offert une collaboration avec Anton Newcombe, et avaient même formé un groupe avec ce dernier et Emmanuelle Seigner : L’épée. Cette fois-ci, c’est donc avec le pape de l’électro française que ces fines lames croisent le fer. On entame avec « Saul », beats dansants, bourdons lancinants, et une voix, calme, placide. De Pelicula sonne parfois (souvent) comme une bande-son de film, d’ailleurs le drame n’est jamais loin, ainsi dans le très garage et fuzzé « Je rentrais par le bois… BB ». The Liminanas et Laurent Garnier nous offrent une promenade dans un univers toujours en tension. Alerte divulgâchage : rien ne se termine bien. Alain Blanville


MADE IN MARSEILLE

Cumbia Chicharra, El Grito, Discos la Chicharra / Music Box Publishing / L’Autre Distribution, 15€

Quelle vertigineuse ascension pour le groupe Cumbia Chicharra depuis sa création en 2001. Voici El Grito, le cri, quatrième album digital et une première sortie vinyle pour ce groupe de la Canebière. Des méandres des docks du sud à leurs récentes tribulations au Chili, en passant par la Russie, l’Espagne, l’Italie, la Croatie et la Hongrie : la chicharra n’est plus à proprement parler de la Cumbia, dorénavant, c’est un astucieux combo de sonorités latines afro-caribéennes aux accents de funk, de dub et d’afro-beat où la sensualité de ces genres rejoint la transe des tambours ancestraux et l’euphorie d’un rock attemporel. Huit musiciens multi-instrumentistes de caractère nous offrent huit compositions sublimées par la voix timbrée et sexy de Patricia Gajardo et une musique qui se danse. Alexandra Do Nascimento

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BLUES MALDINGUE

Cissoko Heritage, Maher Cissoko, Ajabu !, 19€

Après quatre albums sortis avec le duo Sousou & Maher Cissoko et un premier album solo encensé par la critique, Kora Fo, Maher présente Cissoko Heritage. Certaines chansons ont emprunté la route du Mali en collaboration avec le musicien, beat maker et producteur Ahmed Fofana, qui, soit dit en passant, contribue à l’émergence d’une nouvelle forme de « griotisme » qui émoustille de jeunes prétendants au titre. Maher Cissoko est d’ailleurs issu d’une famille de griots renommés en Casamance, mais c’est dans l’accueillante Suède qu’il a développé un art où modernité et tradition s’allient dans une même pulsation. Inspiré par le dance-hall et le reggae, l’afro-pop de Maher crée sa propre expression de blues mandingue. Brillant. ADN


FOLEMMENT TALENTUEUSE

Mixology, Katerina Fotinaki, Klarthe Records, 12€

Faussement décousu et follement agencé, Mixology, second album de Katerina Fotinaki laisse bouche-bée. Après une longue collaboration avec Angélique Ionatos, Katerina surprend par sa facette poétique. Reprises méconnaissables, compositions échevelées, sa force réside dans le verbe. Sublime mise en bouche avec Kiss off composé et arrangé en 1983 par le groupe américain Violent Femmes, qui rencontre ici le genre populaire grec rebetiko autour de la citation musicale de La Fumeuse de Cocaïne (1929). On retrouve l’interprétation traditionnelle de ce morceau dans le bonus final. Le stupéfiant Gardens of love révèle tout le potentiel vocal de Katerina, sur une musique de sa composition mêlant un virelai de Guillaume de Machaut et des poèmes de T.S Elliot et de William Blake. « L’ensemble du disque aux multiples visages, ambitionne de véhiculer des sensations, indépendamment de la langue, du style, de l’instrumentation, de l’époque : éveiller des souvenirs et de mobiliser l’imagination. » Pari tenu ! ADN

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LE GROUPE LE PLUS ARTY DE SON TEMPS

The Velvet Underground, Todd Haynes, le 15 octobre sur Apple TV

Consacrer un film au Velvet underground sans céder à l’éternel cliché du sex, drugs & rock’n’roll n’est pas un exercice des plus faciles. Force est de constater que Todd Haynes, le réalisateur du remarqué Velvet goldmine, a relevé ce défi avec brio. Il nous plonge dans l’histoire du groupe grâce à un assemblage d’images d’archives, d’extraits de films expérimentaux et de témoignages inédits sans commentaire. En dépit de son côté ouvertement arty, ce documentaire n’en est pas moins un témoignage de premier plan sur la scène artistique new-yorkaise des années 60-70. Le Velvet est d’abord le fruit de la rencontre entre un pianiste gallois doté d’un fort penchant pour la musique contemporaine (John Cale) et un enfant de Brooklyn amateur de poésie beat et de rock’n’roll des fifties (Lou Reed). Au contact de l’underground new-yorkais, les musiciens inventent un son à la fois épuré et sophistiqué. Haïssant les hippies qui représentent le conformisme de leur époque, les membres du Velvet seront d’authentiques punks avant l’heure. Leur rencontre avec le pape du pop art Andy Warhol se révèlera déterminante. C’est grâce à son entremise que le groupe recrute la chanteuse et mannequin allemand Nico. Grâce à sa voix sépulcrale (que l’on peut entendre notamment sur la chanson « Femme fatale »), cette dernière lui apporte la petite touche gothique qui lui manquait. Le point de non-retour sera atteint à l’orée des années 70 lorsque le label Atlantic Records somme le Velvet de produire un album « chargé de tubes ». Outre le fait de nous plonger dans l’univers poisseux du New York de cette époque, l’un des intérêts du film de Todd Haynes est de mettre fin à quelques rumeurs et de donner la parole à une multitude d’artistes ayant côtoyé le groupe de près ou de loin. Bien davantage qu’un simple groupe de musique, le Velvet fut une œuvre d’art totale et protéiforme qui mérite d’être redécouverte. Mathieu Bollon


LA MODERNITÉ, C’ÉTAIT MIEUX AVANT

French New Wave 1978-1988, Jean-Emmanuel Deluxe, Fantask, 256 p., 27 €

Jean-Emmanuel Deluxe dresse un portrait d’une époque culturelle, musicale, mais aussi générationnelle, celle des « Jeunes Gens Modernes » qui ont créé la New Wave Française. Les sonorités se faisaient synthétiques, et l’on rêvait au futur sans savoir qu’il ne serait pas le triomphe d’une technique suprême, comme le pensait Yves Adrien dans Növövision, mais l’avènement du mou. Il y évoque des figures de l’époque : Edwige Belmore, bien entendu, « reine des punks » et chanteuse du groupe Mathématiques Modernes fondé avec Claude Arto (tous deux décédés), Taxi Girl, avec Mirwais et Daniel Darc (du temps où l’un ne cisaillait pas les beats de Madonna et l’autre, déjà archange déchu, n’avait pas encore trouvé la voie du Christ), mais aussi des lieux, telles que les Halles de Paris, qui n’avaient rien à voir avec le cloaque à l’odeur de poulet frit qu’elles sont devenues. Bref : un incunable pour toute personne intéressée par cette fascinante époque, dernier baroud d’honneur avant l’effondrement. AB

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