L’Histoire est tragique, vérité qui nous est constamment rappelée au fil des pages de ce remarquable ouvrage collectif sur la Cruauté en politique dirigé par l’historien Stéphane Courtois, célèbre pour avoir piloté Le Livre noir du communisme en 1997. Mieux vaut donc ne pas être dépressif avant d’entamer cette lecture pourtant salutaire en ces temps d’angélisme. Parfois jugée gage d’efficacité (de Caligula à Mao), la cruauté se pare le plus souvent de vertus religieuses ou séculières à l’instar de Robespierre, le père du totalitarisme. Comme l’avait relevé Arendt, les totalitarismes du XXe se sont appuyés sur une transcendance, l’histoire ou la race pour nier à l’autre le simple droit d’exister – ce que rappellent crûment les pages consacrées au djihad. Le chapitre sur Sade confère à la cruauté une place à part en la faisant avant tout reposer sur la jouissance. Parmi les détraqués sanguinaires, se trouvent nombre de déracinés qui ont l’impression de bien faire leur travail par amour de l’humanité : la haine devient l’amour – ou quand dépersonnaliser l’ennemi conduit à l’irresponsabilité et au nihilisme.
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Le dernier chapitre pose la question d’un lien de nécessité entre politique et cruauté, mais y apporte une réponse en partie insatisfaisante. L’auteur aborde la philosophie de Rosset, qui, proche du matérialisme sadien, préconise d’accepter la violence comme une dimension irréfragable de la « réalité innocente » qui, née du hasard, n’est par définition pas -modifiable. Mais plutôt que de voir la cruauté comme un fait extérieur, n’en faut-il pas voir l’origine en nous ? Ce serait à la fois redonner sa noblesse à la politique, car ce sont bien les hommes qui la font et non l’histoire ou le hasard, et poser la question de l’intrication du bien et du mal dans la conscience humaine, hors de tout manichéisme.






