La présidente de l’Université de Nantes – par ailleurs remarquable enseignante en droit – a donné, ces jours-ci, une caricaturale et honteuse illustration d’antifasciste d’opérette en utilisant les canaux de son institution pour transmettre l’exhortation suivante :
« Profondément attachée aux valeurs démocratiques et républicaines, à l’État de droit, au respect des droits fondamentaux et individuels, à un universalisme fondé sur le respect des différences, à la liberté d’expression et à la construction européenne, je vous adresse ce message inhabituel mais indispensable au regard des enjeux attachés à ce vote.
La discrimination, l’exclusion, le repli sur soi ne seront jamais une solution. La différence est une richesse, la contradiction est l’essence même de l’université.
Parce que les fondements de notre société sont en cause, je vous appelle solennellement à voter le 24 avril pour faire barrage à l’extrême droite et donc au Rassemblement national ».
Lire aussi : Défense et illustration de l’enseignement du droit aujourd’hui
À vous, Madame, à vos semblables et vos épigones, nous souhaiterions répondre, tout aussi solennellement, comme le Ruy-Blas hugolien. Donc vous n’avez pas honte… de vous imaginer en potentats, en chefs de parti ou de coterie pour donner des consignes de votes à vos étudiants, vos pairs, votre personnel. De vous retrancher derrière l’inhabituel pour renouveler l’exercice déjà entrepris par certains des vôtres il y a cinq ans. Et encore ceux-là avaient-ils l’excuse de n’avoir pas vu le président de la République à l’œuvre, et de pouvoir faire mine de n’avoir pas connu son programme universitaire. Mais avez-vous imaginé un seul instant, avant de lâcher votre plume, le tollé, sans doute parfaitement justifié, qu’aurait provoqué l’un de vos confrères appelant à « faire barrage » à la destruction du service public et du prestige universitaire, c’est-à-dire à la République en Marche ? Ses arguments seraient, pourtant, plus concrets et plus pertinents que vos abstractions.
Donc vous n’avez pas honte… de feindre de croire au fascisme et à l’extrémisme de droite, d’agiter ce chiffon rouge éculé, à l’heure où le Rassemblement national, contre lequel vous appelez à voter, ne fait que prospérer sur les ruines des Républicains et de l’ancien RPR, abandonnées lâchement dans la course à « la politique de l’extrême centre » pour reprendre l’image d’Alain Deneault. Mais, certes, vous les preniez sans doute déjà, eux aussi, pour de dangereux dictateurs en puissance. Le pullulement des antifascistes de tous poils démontre bien, ne vous en déplaise, qu’il n’y a pas de fascistes en France, ni même de digues pour contenir vos velléités.
Comment pouvez-vous encore vous arroger la défense de cette liberté quand les membres de votre caste bien-pensante entreprennent partout, à leurs échelle et niveau, une chasse aux sorcières contre les nouveaux dissidents ?
Donc vous n’avez pas honte… de mettre en avant de votre entreprise la liberté d’expression et la contradiction essentielle à l’université pour asséner sans appel et sans retour vos idéologies personnelles et exclure, de facto, tous ceux de vos destinataires qui ne les partagent pas et à qui vous les imposez. D’ailleurs comment pouvez-vous encore vous arroger la défense de cette liberté quand les membres de votre caste bien-pensante entreprennent partout, à leurs échelle et niveau, une chasse aux sorcières contre les nouveaux dissidents ? Quand vous appelez à poursuivre une politique de l’enseignement supérieur dont l’indépendance avait été niée par la ministre déclarant que les universitaires étaient tenus d’un devoir de loyauté envers les politiques publiques ?
Donc vous n’avez pas honte… devant vos étudiants, de les appeler à voter pour un candidat dont le parti n’a cessé de précariser leur existence matérielle et morale – y compris dans le traitement de la crise sanitaire. De les appeler à voter pour un homme qui, c’était il y a peu, laissait entendre que les jours de l’université gratuite étaient comptés – avant de se rétracter bien vite, sûrement plus mu par la peur de perdre une part d’électorat que de renoncer à une conviction américaniste. Mais il est vrai que la discrimination par l’argent séduit souvent votre camp auquel elle profite le plus. Quelle considération leur témoignez-vous donc là ?
Donc vous n’avez pas honte… devant les jeunes chercheurs, animés d’une vocation profonde, de les appeler à voter pour la précarisation de leur avenir. La scélérate Loi de programmation de la recherche a donné le premier coup de boutoir d’une série qui conduira à l’effondrement du prestigieux service public universitaire – et l’on sait que le meilleur moyen de démanteler un service public est de créer les conditions de son dysfonctionnement. Mais, il est vrai que vous l’avez déjà rongé de l’intérieur comme les termites sapant les fondations. Et vous n’avez pas honte, devant l’université, d’appeler, sciemment et sans vergogne, à la poursuite d’un programme de destruction des institutions dont vous êtes les dépositaires et dont vous devriez être les garants plutôt que les fossoyeurs.
Lire aussi : François Sureau : le discours d’un moi
Donc vous n’avez pas honte… de ne pas avouer que votre militantisme dissimule sous le masque de vos « valeurs » la défense de vos intérêts. Vous êtes vautrés sur des avantages acquis et vous préférez la perspective de conserver votre bastion où vous vous reproduisez entre vous, où vous vous comportez comme des commissaires politiques et dont vous voulez défendre l’entre-soi envers et contre tout. Vous rendez-vous compte que le jour où l’université ne sera plus que le salon de la bien-pensance, du dogmatisme, du politiquement correct, et où vous en aurez expurgé tous les esprits libres et contradicteurs, elle sera morte et enterrée ? Vous ne faites que préserver votre veulerie idéologique et politique, vous ne portez ni les intérêts des étudiants que vous méprisez, ni ceux de l’institution que vous abaissez, mais seulement ceux de votre caste qui sclérose tout, qui se complaît dans toutes les médiocrités, qui se justifie dans une lutte confortable contre les fantômes, qui gangrène l’enseignement supérieur français et préfère encore prendre le risque de le sacrifier plutôt que de le perdre.
Donc vous n’avez pas honte… en somme, de chercher une raison de parler là où vous en auriez mille meilleures de vous taire !
Et vous choisissez l’heure, l’heure sombre… où l’incendie menace pour arroser les braises de combustibles. Mais cet incendie sera votre bûcher et quand vous vous en apercevrez, trop tard, n’espérez pas, phénix, renaître de vos cendres. Alors, vous Madame, et vous tous qui présentez déjà tous les symptômes d’un totalitarisme réel et prétendez en combattre un hypothétique, « soyez flétris devant votre pays qui tombe ».





