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L’évangile selon Michel

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Publié le

16 janvier 2024

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On a soumis quelques citations tirées de la Théorie de Jésus de Michel Onfray à l’historien Jean-Christian Petitifils, auteur d’une biographie de Jésus et d’une grande enquête sur le saint suaire de Turin.
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Sur les preuves de l’existence de Jésus: « Il n’existe aucune preuve de l’existence historique de Jésus dans les textes païens des historiens juifs ou romains contemporains. »; les mentions de Jésus par Flavius Josèphe sont « un ajout de copistes des siècles plus tard »

Les textes sur Jésus provenant d’auteurs romains sont indiscutables. Il est inutile d’y revenir. Quant aux mentions de Flavius Josèphe, juif romanisé né en 37 de notre ère, ce ne sont pas des ajouts de copistes chrétiens. Nul doute que le pharisien Josèphe, qui s’intéressa particulièrement aux différents groupes religieux de son temps, ait connu dans sa jeunesse les premières communautés chrétiennes de Palestine.

Il est vrai toutefois qu’un de ses textes, appelé le Testimonium flavianum, paru dans ses Antiquités juives (93- 94), a fait l’objet de maintes controverses, tant il semble refléter une confession de foi chrétienne. Il convient donc de s’arrêter sur ce point. Voici le texte en question : « À cette époque vécut Jésus, un homme exceptionnel, si du moins il faut l’appeler un homme, car il accomplissait des choses prodigieuses. Maître de gens qui étaient tout disposés à faire bon accueil aux doctrines de bon aloi, il se gagna beaucoup de monde parmi les juifs et jusque parmi les Hellènes.

Lire aussi : Théorie d’Onfray

C’était le Christ. Lorsque, sur dénonciation de nos premiers citoyens, Pilate l’eut condamné à la croix, ceux qui lui avaient donné leur affection au début ne cessèrent de l’aimer, parce qu’il leur était apparu le troisième jour, de nouveau vivant, comme les divins prophètes l’avaient déclaré, ainsi que mille autres merveilles à son sujet. » Beaucoup de commentateurs ont estimé qu’un interpolateur chrétien, probablement vers la fin du IIIe siècle, y avait ajouté au moins les deux mentions mises en italique. Ce n’était qu’une hypothèse jusqu’au jour où l’historien Shlomo Pinès retrouva dans l’Histoire universelle d’Agapios de Membidj, historien arabe chrétien du Xe siècle, une version du Testimonium dans laquelle les passages contestés n’apparaissent pas. Cette version confirme et limite de facto le travail de l’interpolateur chrétien, qui, à côté de ses ajouts, a maintenu l’essentiel du travail rédactionnel de Josèphe. On imagine mal en effet qu’un chrétien fervent comme Agapios ait pu supprimer de l’original des considérations valorisant le Christ.

Sur la fabrique de Jésus par les évangélistes: « Jésus s’avère un puzzle aux morceaux vétérotestamentaires destinés à un motif néotestamentaire. »; « Ce qui est annoncé est écrit et aura lieu. »

Ce qu’il y a de sidérant dans les textes de Michel Onfray, c’est son incapacité à expliquer comment serait née cette histoire mythique de Jésus. Il parle d’ateliers d’écriture. Mais où étaient-ils ? Qui en faisait partie ? Comment travaillaient-ils ? Comment se concertaient-ils ? Et pour quelles raisons, n’en a-t-on trouvé aucune trace jusqu’à nos jours ?

En réalité, l’auteur montre son ignorance profonde de l’exégèse moderne, qui insiste, par exemple, sur l’importance du pécshèr dans la critique néo-testamentaire, pratique consistant à actualiser les textes de la Bible ancienne, à multiplier les citations « d’accomplissement » afin d’y lire les paroles et les actes du Christ. Cette technique se retrouve dans certains manuscrits de la bibliothèque essénienne de Qumran. Non, il n’y a pas eu d’ateliers d’écriture ! Les rédacteurs des synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) ont simplement mené un travail de nature « typologique », cherchant dans le Premier Testament la révélation anticipée du Nouveau. Ils ont mis en parallèle les épisodes, ont rédigé les récits de miracles ou de scènes de la vie du Christ à l’aide du vocabulaire de la Bible hébraïque, particulièrement de sa traduction grecque, la Septante.

Sur la non-corporéité de Jésus: « On ne dispose d’aucune description physique de Jésus »; « Jésus n’est pas un être de chair et d’os, un corps concret et tangible. »

Si jusqu’au IIe siècle les chrétiens se sont abstenus de montrer et d’adorer tout portrait physique de leur souverain Maître, c’est parce qu’étant en majorité des juifs, ils s’appuyaient sur l’injonction du Pentateuque interdisant la moindre représentation divine, humaine ou animale.

Sur le Jésus des Évangiles: « Il existe au moins deux Jésus »; « Un Jésus doux, tendre, non violent, pacifique à un Jésus belliqueux, agressif, intolérant et vindicatif. »

Non, Jésus n’est pas belliqueux, agressif ou intolérant ! « Venez à moi, dit-il, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 28-29). Mais il est vrai qu’il se révèle parfois comme un prophète exaspéré. C’est ainsi qu’il jette des anathèmes contre Capharnaüm, Bethsaïde, Chorazin, qu’il chasse les marchands du Temple au début de son ministère.

Sur Judas: « Jésus n’a pas été trahi par Judas mais à l’inverse c’est le Juif Judas qui est trahi par Jésus pour que s’accomplisse son récit, car Jésus sait qu’il instrumentalise Judas. »

On ne suivra pas ces élucubrations dépourvues de tout fondement. Jean l’évangéliste, témoin oculaire, a bien connu Judas : c’était lui qui tenait la caisse, veillait aux dépenses. Et c’est son amour de l’argent qui l’a perdu. Jésus le savait, par clairvoyance surnaturelle : « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les Douze ? Et pourtant l’un d’entre vous est un démon ! »

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Sur Jésus et l’Ancien Testament : « Il ne vient pas pour réaliser la Loi, comme il le dit, mais pour l’abolir et la remplacer par une autre, celle dont il est le maître, la sienne qui est celle du christianisme. »; « Jésus prétend réaliser leur religion en l’abolissant non sans provoquer, moquer, insulter, narguer, défier les Juifs sur leur terrain depuis des mois. »

Michel Onfray fait mine de ne pas comprendre. « Ne croyez pas, dit Jésus, que je suis venu pour abolir la loi ou les prophètes, mais pour l’accomplir » (Matthieu 5, 17). Cet accomplissement passe en effet par un dépassement de la lettre de la loi juive, qui s’accomplit en sa personne salvatrice, lui qui, parlant avec une autorité inégalée, s’affirme comme supérieur à Moïse, comme plus grand que le Temple, comme maître du sabbat, comme la « lumière du monde ».

Sur l’antisémitisme de Jésus: « Pour [les auteurs du dictionnaire Jésus], Jésus a existé historiquement mais pas son antisémitisme; pour moi, c’est le contraire. »; « De saint Augustin à Hitler en passant par Calvin et les théoriciens des croisades, ce passage [des marchands chassés du temple] fascine ceux qui ont envie de tirer le christianisme vers une politique radicale et violente. »

Ces réflexions ne méritent aucun débat ni aucune considération. C’est Michel Onfray qui, dans son Traité d’Athéologie, va jusqu’à considérer Jésus comme un « précurseur » d’Hitler pour avoir voulu chasser les marchands du Temple ! « Comment, écrit-il encore dans Décadence, ne pas songer que ce Christ-là annonce Hitler qui se donne pour tâche lui aussi de chasser les marchands du Temple, juifs, afin de réaliser la parousie d’un Reich millénaire ? » Si l’on se réfère à l’épisode de la Cananéenne (Matthieu 15, 24), Jésus est d’abord venu sauver les Juifs, comme il le dit lui-même : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël », avant de missionner ses disciples auprès de toutes les nations, au moment de sa résurrection, « les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». L’antijudaïsme qui a longtemps prévalu dans l’Église, nul ne le niera, n’a évidemment pas sa source dans les paroles du Christ, juif né d’une mère juive, imprégné en plénitude de la foi d’Israël.

Sur le suaire de Turin: « Le linceul de Turin a beau avoir été daté par carbone 14 comme étant un tissu médiéval, les croyants les plus déraisonnables refusent et récusent la science pour lui préférer leurs convictions. »; « Le suaire est fait de bandelettes. »; « Si le suaire était véritable, le corps du Christ aurait mesuré 1,95 mètre sur un côté et 2,02 mètres sur l’autre, ce qui devrait convaincre de la vérité… de l’artefact! »

Michel Onfray ignore malheureusement les découvertes effectuées par les scientifiques ces dernières décennies. Je ne peux que le renvoyer à mon livre de synthèse sur le Saint Suaire paru l’an dernier (Le Saint Suaire de Turin, témoin de la Passion du Christ, Tallandier). Les conclusions des trois laboratoires de radiocarbone d’Oxford, Zurich et Tucson ayant travaillé sur les échantillons de 1988 sont dépassées depuis les travaux en 2002-2005 de Raymond N. Rogers, du Los Alamos Scientific Laboratory au Nouveau-Mexique, qui avait déjà supervisé les analyses chimiques de 1978. Après avoir effectué des batteries d’examens de chimie analytique et d’observations par microscopie électronique à balayage, celui-ci démontra que leur zone de prélèvement avait été ravaudée notamment par des fibres de coton, ce qui avait contribué à modifier la date des fibres de lin.

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Non, Jésus dans le tombeau n’a pas été enveloppé par des bandelettes comme une momie égyptienne, ce qui ne correspond en rien au mode d’inhumation des juifs ! Ce sont de mauvaises traductions (risibles aujourd’hui) du texte de saint Jean qui ont conduit certains exégètes à cette conclusion. En décembre 2009, des chercheurs de l’Autorité israélienne des monuments historiques ont retrouvé dans une tombe du Ier siècle à la périphérie de Jérusalem un linceul de même type que celui de Turin, en ce sens qu’il avait recouvert intégralement la tête. Ayant enveloppé un lépreux, personne n’avait osé y toucher durant des siècles. L’existence d’une différence de longueur entre la face dorsale et la face ventrale du linceul, loin de constituer la preuve d’un artefact, traduit au contraire l’existence d’un détail d’un réalisme morbide qu’aucun faussaire n’aurait imaginé : la présence d’un pli sous le fessier destiné à absorber les humeurs du cadavre.

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