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Pour la première fois depuis 2009, les Libanais vont pouvoir renouveler leur assemblée parlementaire. Une élection qui ne réglera sans doute pas la position de plus en plus fragile des chrétiens.
Le soleil se couche lentement sur Douris, village de la Bekaa Ouest. L’appel du muezzin, sur bandes sonores pré-enregistrées au son usé, couvre difficilement les cloches de l’Angélus. Les crêtes de l’Anti-Liban, encore enneigées en ce début de printemps, marquent au loin la frontière avec la Syrie. D’abord sous le joug des Ottomans, attaqués par les Palestiniens, puis soumis à une occupation syrienne sans pitié (pendant laquelle le trafic de drogue a connu son efflorescence), les chrétiens de Douris subissent maintenant l’omniprésence du Hezbollah. Ils craignent de surcroît une incursion des hordes barbares de l’État islamique, qui sévissent aux confins de la Syrie et du Liban. Dans ce bourg à la périphérie de Baalbeck, on compte trois églises et deux mosquées. Ici, la cohabitation entre chrétiens et musulmans n’est pas un vain mot. Ou plutôt, entre les composantes séparées de l’islam et la chrétienté. Car au pays du Cèdre, Druzes, Sunnites et Chiites sont incapables de coexister. Même au sein de ceux qui s’en réclament, l’islam a bien du mal à passer pour cette religion de paix célébrée par les prêcheurs occidentaux du « vivre ensemble ».
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En mai se joue une partie politique capitale pour l’avenir de cette région périphérique du Liban. Le retrait syrien en 2005, après l’assassinat commandité de Rafic Hariri (le tribunal spécial des Nations unies créé ad hoc a mis en accusation quatre dirigeants du Hezbollah et pointé la responsabilité des services secrets syriens), a vu les chrétiens reprendre de l’importance sur le plan politique. Mais ils n’ont pas recouvré la plénitude de leurs droits. La tutelle syrienne avait fait des chrétiens la cible de la répression politique qui s’abattait alors sur le pays. Ces derniers doivent composer avec les accords de Taëf. Cet « accord » signé en novembre 1989 pourrait être aisément qualifié, en droit international public, de nul et non avenu, car il fut conclu sur le sol d’un pays étranger (l’Arabie saoudite, véritable carte-mère de l’islam radical dans le monde), mis en œuvre par la Syrie et parrainé par les États-Unis de Bush père. Ainsi, le président de la République, maronite, n’a plus qu’une fonction de secrétaire administratif dans l’édifice constitutionnel du pays. Le général Aoun, qui a accédé à la présidence fin 2016, grâce au leader des Forces libanaises, Samir Geagea, n’a pas été en mesure de restaurer le rôle politique des chrétiens.
La tutelle syrienne avait fait des chrétiens la cible de la répression politique qui s’abattait alors sur le pays
Cependant, la Chambre des députés a adopté une loi plutôt équilibrée pour les élections législatives du 6 mai prochain. L’introduction de la proportionnelle devrait avantager quelque peu le pluralisme au sein des représentations communautaires. Pour l’instant, celui-ci n’est avéré – jusqu’à la caricature – que pour la seule représentation politique chrétienne. L’expression politique des différents pôles musulmans est plus monochrome, tant pour les Sunnites (Courant du Futur de Saad Hariri), les Chiites (Hezbollah de Hassan Nasrallah) que les Druzes (PSP de Walid Joumblatt). Il est d’ailleurs étonnant que ce dernier, coupable de multiples crimes contre l’humanité contre les populations chrétiennes en 1983-1984, n’ait jamais été traîné devant une quelconque cour pénale. Il continue, changeant d’opinion au gré des intérêts de sa seule communauté, à tourmenter la vie politique libanaise, tel un derviche tourneur de mauvaise catégorie.
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Dans ce village de la Bekaa comme dans tant d’autres, le Hezbollah, placé sous la tutelle d’Ali Khamenei, guide suprême de la révolution iranienne, s’accommode très mal du pluralisme. Longtemps, il a milité en faveur de l’établissement d’une « République islamique » au Liban, sur le modèle iranien. Sous la houlette de Hassan Nasrallah, il a dû se rendre à l’évidence : au Liban, il n’y a que des minorités et chacun doit apprendre à vivre en tant que tel. La solution, pour certaines élites intellectuelles, serait d’injecter plus de laïcité et d’en finir avec la partition confessionnelle dans le corps politique et social libanais. Comme si Mahomet pouvait se soumettre aussi facilement que Jésus à Spinoza, Voltaire et au petit père Combes… Le Liban, grâce à sa composante maronite, a toujours jalousement défendu sa souveraineté et son indépendance, refusant en premier lieu le statut de dhimmi imposé par l’islam. Elle seule pourra pré- munir le Liban contre ses démons iraniens ou saoudiens.
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