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À quelques jours de renouveler le mandat du maréchal-président, le pays des pharaons traverse une période compliquée sur les plans économique et diplomatique.
Les portraits du Raïs couvrent les carrefours de la capitale. Les soldats en uniforme sont postés aux coins des avenues. Le Caire se prépare à une campagne présidentielle sans surprise le 24 mars. Les principaux candidats, militaires ou militants des droits de l’homme, ont jeté l’éponge : harcelés par des procédures judiciaires ou trop isolés, ils n’ont pas pu boucler leur dossier avant la date limite de dépôt des candidatures, le 29 janvier. Les généraux Ahmed Chafik et Sami Anan sont placés sous surveillance, l’avocat Khaled Ali, candidat en 2012, a renoncé. En catastrophe, le clan présidentiel a pu compter sur un candidat d’opposition qui veuille bien jouer les figurants. Le président du jeune parti libéral Al Ghad (dissidence du Wafd), Moussa Mostafa Moussa, s’est dévoué in extremis. Le successeur d’Ayman Nour, ancien opposant lors de la présidentielle de 2005, a pris la tête du parti quand ce dernier était sous les verrous. Avocat démocrate et occidentalisé, Nour était la caution libérale du régime Moubarak. La farce se répète.
En vertu des accords de paix avec Israël, l’armée égyptienne reçoit du matériel militaire américain. Mais cette livraison est encadrée par une commission du Congrès américain qui examine les avancées démocratiques du pays. Les militaires se font un devoir de sauver les apparences. Le maréchal Al-Sissi avait été plébiscité à hauteur de 97 % des suffrages dès le premier tour en 2014, mais la forte participation avait fait oublier la répression des Frères musulmans et donné une légitimité au président. La calamiteuse parenthèse islamiste de 2012-2013 avait agi comme un vaccin. Quatre ans plus tard, les souvenirs de l’anarchie révolutionnaire se sont éloignés. L’abstention, thermomètre de l’adhésion au régime, s’annonce donc plus forte. « La popularité du président est en souffrance », explique Tewfik Aclimandos, historien et chercheur cairote.
Le maréchal Al-Sissi avait été plébiscité à hauteur de 97 % des suffrages dès le premier tour en 2014, mais la forte participation avait fait oublier la répression des Frères musulmans et donné une légitimité au président.
La « sissimanie » de 2014 est nettement retombée. Sortie exsangue des années révolutionnaires 2011-2014, l’économie égyptienne repart mais pas assez pour rattraper la forte croissance démographique et un endettement record. Sous perfusion financière des Émirats et de l’Arabie saoudite, où travaillent des millions d’Égyptiens, Le Caire doit renégocier ses crédits tandis que les financements du Golfe se tarissent depuis 2016 et que les cours du pétrole remontent à peine. Le FMI fait pression pour changer le modèle d’économie subventionnée mais l’augmentation des prix alimentaires qui en découle pioche dans le porte-monnaie des plus pauvres. L’inflation a parfois dépassé les 30 %
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Certes, les Coptes se sentent un peu plus en sécurité et le tourisme revient à son niveau d’avant la révolution, mais Al-Sissi connaît plusieurs déconvenues sur le plan international qui ternissent l’aura du président auprès de ses électeurs. Le soutien du Caire au général Haftar, à la tête des armées du gouvernement de Tobrouk en Libye, n’a pas réglé la crise. Les incursions israéliennes dans le Sinaï sont un aveu d’impuissance égyptienne. L’élection de Donald Trump, qui soutient sans complexe Tel-Aviv et Riyad, rend inutile une médiation du Caire en Palestine. Si le canal de Suez a été élargi en grande pompe avec défilé naval et parterre de chefs d’État, l’Arabie saoudite a définitivement annexé les îles égyptiennes de Tiran et Sanafir, verrou maritime du golfe d’Aqaba. Sissi, en livrant ces îles, a brisé le mythe nassérien. Et partant, son image de vassal de Riyad a fait son chemin dans une opinion publique qui, au fond, ne veut pas faire le deuil de sa grandeur passée.
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