La décroissance s’impose pour préserver nos ressources énergétiques qui sont limitées et vouées à connaître chacune leur pic d’extraction. De plus, le réchauffement climatique nous oblige à revoir radicalement notre mode de vie.
N’y a-t-il pas économiste plus correct que celui qui pense que l’économie dépend majoritairement de trois facteurs : le capital, le travail ainsi que le progrès et qu’une bonne partie de cette science sérieuse est de penser leurs rapports ? L’économie est fondamentalement une grande machine à transformation et ces transformations ne peuvent se faire sans énergie (pétrole, gaz, charbon, nucléaire, biomasse et autres renouvelables). Aucune entreprise, même dirigée par le plus grand entrepreneur-innovateur-créateur de valeur, ne peut faire le moindre chiffre d’affaires sans énergie. Énergie sous forme de corn-flakes le matin, énergie encore sous forme pétrolière pour faire avancer sa voiture, énergie toujours sous forme électrique et nucléaire pour envoyer son e-mail et le stocker dans plusieurs data centers. L’énergie est la variable qui est la mieux corrélée au PIB mondial et ce depuis que le PIB est mesuré. La « croissance » est, avant toute chose, la croissance de l’énergie disponible et consommée.
Pic d’extraction
L’énergie mondiale est très fortement fossile (80 % sont issus du pétrole, du gaz et du charbon). Or une chose est certaine : toutes les énergies fossiles connaîtront, tôt ou tard, un pic d’extraction c’est-à-dire un moment où la production baissera, en tendance, de manière inexorable. Prétendre l’inverse équivaut à postuler une quantité illimitée de ressource. C’est impossible sur terre.
Or une chose est certaine : toutes les énergies fossiles connaîtront, tôt ou tard, un pic d’extraction c’est-à-dire un moment où la production baissera, en tendance, de manière inexorable
Le pic d’extraction du pétrole conventionnel (de bonne qualité, facile à extraire et qui compte pour les trois quarts de l’approvisionnement mondial) a été passé en 2008 comme l’a indiquée en 2018 l’agence internationale de l’énergie (AIE). Le développement du pétrole de schiste américain a compensé le déclin du pétrole conventionnel jusqu’en novembre 2018. Depuis, la production totale de pétrole a légèrement décliné. Il faut noter que l’industrie du pétrole de schiste n’a jamais gagné d’argent (cash flow négatif) en 10 ans de développement et de prouesses techniques spectaculaires. La pandémie mondiale a porté un coup sévère à cette industrie non rentable. Il est donc possible que la covid ait hâté le pic tous pétroles confondus qui aurait été passé en novembre 2018.
Or le pétrole est le sang de notre économie car 98 % des transports utilisent le pétrole. Les transports longue distance, condition de possibilité de la mondialisation, en sont cruellement dépendants. Que va-t-il se passer avec, en tendance, une baisse de l’approvisionnement pétrolier ? Les écologistes, les géologues et les « décroissantistes » ont averti depuis des décennies de cet inéluctable déclin. Ils ont attiré l’attention sur les décennies nécessaires pour adapter un système énergétique fondé sur cette ressource très difficilement substituable. Nous y sommes probablement, que va-t-il se passer ?
Réchauffement climatique incontestable
Voilà pour Charybde, passons à Scylla.
Le réchauffement climatique est un phénomène désormais observable par tout un chacun. Le CO2, émis par la combustion des énergies fossiles, est le principal agent réchauffant. Ces deux assertions ne peuvent être dignement réfutées par aucune personne de bon sens tout incorrecte qu’elle soit. Les lois de la physique ne sont pas négociables.
Lire aussi : L’Incomiste débat : la décroissance, une fausse bonne idée ? 1/2
La cible des 2 °C de réchauffement maximum est un objectif honnête. Non seulement notre pays s’y est engagé à la COP21 mais surtout au-delà, les risques d’emballement incontrôlés du climat (permafrost, fonte de l’Arctique…) sont réels. Le GIEC, par ailleurs, affirme qu’à +3 °C, il n’existe plus de sécurité alimentaire garantie au niveau mondial. Rester sous les 2 °C permet, à tout le moins, de garder une terre habitable. Or cet objectif implique de baisser les émissions mondiales de 5 % par an pendant 30 ans. Et il se trouve que la pandémie va probablement provoquer un recul des émissions en 2020 de cet ordre de grandeur. Il faudrait donc, à système socio-économique constant, un covid supplémentaire tous les ans pendant 30 ans pour garantir l’habitabilité de la terre.
Efficacité et sobriété
L’ingéniosité humaine n’a pas de limite. Elle peut modifier notre système socio-économique et faire de la croissance avec un peu moins d’énergie. Mais cette efficacité ne permet que de faire 20 à 30 % du chemin pour obtenir les 5 % de baisse annuelle des émissions. Sur les dernières décennies, cette efficacité a fait 20 % du chemin et avec des efforts colossaux, il est possible que l’efficacité nous permette d’aller plus loin. Le reste du chemin ne peut venir que de la sobriété, c’est-à-dire une contraction de l’énergie et donc une baisse du PIB.
La décroissance du PIB est donc devant nous, de gré ou de force, et il est ainsi impérieux de réfléchir à la stabilisation, sans trop de dégâts, de notre civilisation avec cette nouvelle donne.
La croissance verte n’a jamais existé : aucun ensemble économique de grande ampleur n’a réussi, sur une longue période, à garder la croissance de son PIB et à faire baisser sa pression sur l’environnement (CO2, biodiversité, ressources minières)
L’illusion de la croissance verte
Il reste tout de même une illusion à déconstruire avant de lancer les bases d’un modèle économique plus sain : celui de la croissance verte. La croissance verte n’a jamais existé : aucun ensemble économique de grande ampleur n’a réussi, sur une longue période, à garder la croissance de son PIB et à faire baisser sa pression sur l’environnement (CO2, biodiversité, ressources minières). Comment donc envisager un nouveau monde en décroissance structurelle ? L’objectif ne peut être la croissance, le premier désir d’un humain adulte n’est pas de gagner deux centimètres par an mais de faire des choses qui donnent du sens à son passage sur la Terre.
Notre but en tant que nation est de nous sevrer du pétrole et du gaz avant que leur pénurie ne provoque notre perte. Notre but est de faire notre part pour avoir un climat stable, une biodiversité fonctionnelle, des sols agricoles fertiles, une eau et un air non pollués. Nous visons donc la reconstruction écologique de notre nation avec tous les moyens dont peut user une société démocratique. Il peut exister une écologie de droite et il serait temps qu’elle se lève. La gauche écologiste en a besoin pour que le débat s’élève. Qu’on soit de gauche ou de droite, cet avenir est désirable !

L’Escargot, 164 p., 16€





