Skip to content

L’inquiétant monsieur Paulsen

Par

Publié le

26 mars 2021

Partage

L’infanticide prénatal par voie médicamenteuse représente 70 % du total des interventions pratiquées en France, soit 162 400 bébés en 2019. Un homme détient 100 % du marché français. C’est un milliardaire suédois, spécialiste de la lutte contre l’infertilité, résident fiscal suisse et ami de Poutine. Révélations.
paulsen

Pour pratiquer un infanticide prénatal médicamenteux, vous devez prendre deux pilules. La première arrête la grossesse et permet de décoller l’œuf puis favorise l’ouverture et le ramollissement du col de l’utérus. La seconde, avalée 36 à 48 heures plus tard, donne des contractions utérines pour expulser l’œuf. Pendant une décennie, plusieurs laboratoires se sont positionnés sur ce petit marché. Le Suisse Ferring vendait de quoi arrêter la grossesse, tandis que Pfizer, Linepharma et Nordic Pharma procuraient de quoi donner des contractions.

Pour l’infanticide prénatal, le laboratoire avait augmenté les doses. Dix ans d’accidents plus tard, il a arrêté. Or sa pilule était ultra-dominante sur le marché

Le 20 octobre 2017, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a annoncé avoir été informée de la décision de la société Pfizer de mettre fin à la commercialisation de son Cytotec. Cette décision provenait d’un scandale sanitaire passé sous les radars. La pilule de Pfizer avait été développée pour les ulcères de l’estomac. Pour l’infanticide prénatal, le laboratoire avait augmenté les doses. Dix ans d’accidents plus tard, il a arrêté. Or sa pilule était ultra-dominante sur le marché. En urgence, l’ANSM a validé en février 2018 une recommandation temporaire d’utilisation pour la pilule Gymiso du laboratoire Amring, et MisoOne de Nordic Pharma.

La fondation Mamont

Créée en 2007 par Frederik Paulsen, la Fondation se situe à Guernesey, charmant paradis fiscal. Sa mission est de soutenir et organiser des explorations des pôles afin de les protéger. Elle se finance grâce à la vente de vodka, de liqueurs, de voyages dans des contrées reculées, et à ses actions dans plusieurs sociétés offshores qui détiennent des parts de l’empire de Paulsen, notamment celles qui commercialisent les pilules Gymiso et MisoOne. On peut protéger des baies en Sibérie en soutenant l’infanticide prénatal en France.

Lire aussi : Gregor Puppinck : « Deux fois plus d’avortements en France qu’en Allemagne »

Cette décision a déclenché la colère du collège national des gynécologues et obstétriciens (CNGOF). Le syndicat a écrit au ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyin, pour s’émouvoir que les nouveaux produits coûtassent 6 euros l’unité contre 24 centimes pour le Cytotec. Il s’agissait d’une multiplication par 20 et d’un surcoût de 25 millions d’euros par an. On comprend pourquoi Pfizer était majoritaire. Le CNGOF a publiquement regretté que le plan d’actions décidé par l’ANSM pour pallier l’arrêt de commercialisation du Cytotec, décidé par le laboratoire Pfizer, ne prévoyait pas l’entrée sur le marché français d’un générique afin de disposer d’une alternative moins coûteuse. « Un oubli ou un accord avec les autres industriels ? » s’est alors demandé Israël Nisand, président du CNGOF. Il s’interrogeait également sur l’inscription des deux noms de marque dans les forfaits IVG. Une décision qui freinait la possibilité de voir un générique sur le marché. La réponse à cet « oubli » est simple. Avec le retrait de Pfzer, le marché est devenu monopolistique. Ceux qui restaient étaient quatre : Ferring, Linepharma, Nordic Pharma et Amring. Or ils appartiennent tous au même homme. Cela n’encourage pas la concurrence.

Pour Ferring, c’est facile à montrer. Le groupe, qui réalise deux milliards de chiffre d’affaires dans les biotechnologies, est le seul à communiquer sur le nom de son propriétaire, Frederik Paulsen. Pour le second, Nordic Pharma, cela se complique. La filiale française (35 millions d’euros en 2019) appartient à Nordic Group Suède (96 millions de dollars en 2018), fliale de Nordic Group BV Hollande, filiale de C&P Investors Limited, localisé dans les Îles Vierges britanniques. Ah, tiens. L’argent de la Sécu partirait dans un paradis fiscal ? S’agissant de C&P Investors Ltd, News Oresund – Wikimedia le site des Panama Papers indique qu’en 2016 les actionnaires étaient en Suisse et à Jersey. On trouve parmi eux la Fondation Mamont. En 2020, le suédois Kenneth Stockholm, directeur général du petit labo suédois labo QPharma, propriété de Sever Life Sciences, a révélé qu’il attendait un doublement de son chiffre d’affaires, lié à la réorganisation des sociétés de Paulsen, dont Nordic Pharma, au sein de Sever Life Sciences, holding Suisse. Le site de celle-ci nous apprend qu’elle possède aussi Amring. Et de trois. Quand au quatrième, Linepharma, le registre du commerce nous apprend qu’elle est la propriété d’Amring. Et de quatre.

En 2020, le suédois Kenneth Stockholm, directeur général du petit labo suédois labo QPharma, propriété de Sever Life Sciences, a révélé qu’il attendait un doublement de son chiffre d’affaires, lié à la réorganisation des sociétés de Paulsen

Un arrêté du 26 février 2016 relatif aux forfaits afférents à l’interruption volontaire de grossesse a fixé le prix des boîtes de pilules. Comptez 70 euros hors taxe pour les deux administrations. Pour 162 400 bébés, cela représente 11,3 millions par an, qui remontent tranquillement vers la Suisse et Paulsen.

Frederik Paulsen

Né suédois, il s’est exilé en Suisse avec son groupe quand des socialistes ont été élus à Stockholm. Milliardaire en dollars, protestant, francophone, ayant cinq enfants, sa société Ferring Pharmaceuticals est un leader mondial de la lutte contre l’infertilité, ce qui ne l’empêche pas de ramasser de la menue monnaie dans l’infanticide prénatal partout en Europe. Il est aussi explorateur. Le Point lui a consacré un article en 2014 à l’occasion de la sortie d’un livre narrant son exploration des huit pôles de la planète. Chaque hémisphère en compterait quatre. Son amour des pôles l’a amené à financer une expédition en 2007 de deux submersibles russes pour plonger sous la glace de l’Arctique et atteindre pour la première fois le « vrai » pôle Nord géographique, situé à 4261 mètres de profondeur, là où l’axe de rotation de la Terre perce la croûte terrestre. L’opération fit l’objet d’une controverse mondiale. La pose d’un drapeau russe en titane sur le plancher marin du pôle Nord a été interprétée comme un signe flagrant des nouvelles visées expansionnistes de Moscou sur l’Arctique. Frederik Paulsen s’est défendu en insistant sur le fait qu’il s’agissait d’un geste improvisé de l’équipage dans le cadre d’une expédition privée, financée par ses soins. Cela a suffi pour que Poutine le décore de sa main et le nomme consul honoraire de Russie à Lausanne. Paulsen a promis au président russe « 1 million de bébés russes » dans les trois cliniques de la fertilité qu’il lui a ouvertes.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest