Skip to content

Louis Aliot : « Il y avait nécessité de maintenir la vie culturelle pour le bien-être de mes concitoyens »

Par

Publié le

18 février 2021

Partage

Maire de Perpignan, Louis Aliot a décidé contre les recommandations du gouvernement de rouvrir les musées municipaux. Toutefois, saisi par le préfet, le tribunal administratif en a décidé autrement en suspendant les arrêtés. Soucieux de défendre la vie culturelle, le maire nous fait part de son incompréhension. Entretien.

Après recours du préfet, le tribunal administratif de Montpellier a décidé de refermer les quatre musées que vous aviez fait ouvrir à Perpignan. Quels sont les motifs de cette décision de justice ?

Le tribunal administratif s’appuie sur le fameux décret gouvernemental qui interdit à un certain nombre de lieux d’ouvrir au même titre que les commerces. Mais il ne tient pas compte de l’évolution de la maladie, de la configuration des musées, etc. Ce n’était pas une mesure de police générale, c’était une mesure de police particulière puisqu’elle ne s’adressait qu’à quelques musées triés sur le volet en fonction de leur configuration.

Comment avez-vous défendu vos arrêtés municipaux ? Par l’amélioration de la situation sanitaire ou par la nécessité de maintenir une vie culturelle ?

Les deux. Il y avait nécessité de maintenir la vie culturelle pour le bien-être de mes concitoyens. Et il y avait l’amélioration des chiffres sanitaires et la possibilité matérielle de le faire, après avoir pris note des indications données par l’agence régionale de santé et par le ministre. Donc c’était un acte réfléchi. Il y a une jurisprudence, il était question de proportionnalité.

Ça n’a aucun sens, c’est fait sans discernement, de manière rigide et autoritaire, sans tenir compte ni du contexte ni d’un certain nombre de recommandations. Moi je suis un adepte des libertés

Alors que les chiffres s’améliorent et qu’un certain nombre de pays européens sont en train de se déconfiner petit à petit, peut-on continuer à restreindre nos libertés dans une ville comme celle de Perpignan, où les chiffres sont meilleurs qu’ailleurs ? J’avais voulu tenir compte du contexte et appliquer le véritable principe de subsidiarité.

Il semblerait que la culture soit une abandonnée de la situation actuelle. Êtes-vous inquiet du manque de prise en considération de ce « monde de l’esprit » dont vous parliez ?

Oui, bien sûr. On voit bien que c’est la consommation commerciale et le monde de l’économie qui sont privilégiés. Et on est bien d’accord, on ne va pas non plus se laisser mourir par la ruine de l’économie du pays. Mais il y a d’autres nourritures qui sont celles de l’esprit et qui, celles-là, sont restreintes et contrariées. Il en va de même avec les salles de sport. Beaucoup de choses sont aujourd’hui interdites alors qu’on se demande bien pourquoi. Quand on regarde et compare les situations dans les supermarchés ou les transports en commun, ou quand on prend l’exemple de l’appel à consommer pendant les soldes, il semblerait que le monde soit devenu fou ! D’autant que dans les musées, vous ne touchez ni les œuvres ni les portes, vous ne faites que regarder. Ça n’a aucun sens, c’est fait sans discernement, de manière rigide et autoritaire, sans tenir compte ni du contexte ni d’un certain nombre de recommandations. Moi je suis un adepte des libertés.

On oublie de le dire mais il y a des médecins qui soignent. C’est une maladie grave, dont il faut se protéger, tout le monde en convient. Il n’en demeure pas moins qu’il y a des médecins qui traitent, de la prévention, maintenant la vaccination. Il y a tout un arsenal mis en place et malgré tout, on continue à mettre en place des mesures de restriction des libertés. Tout ça, in fine, parce que nous ne sommes pas capables d’accueillir tout le monde dans les hôpitaux. La question que tout le monde devrait poser est la suivante : combien de lits ouverts dans les hôpitaux depuis le premier confinement ? Et on peut se demander si parmi tout l’argent qui a servi — heureusement — à soutenir l’économie, on ne pouvait pas en utiliser aussi soutenir les hôpitaux ? Il faudra le faire à l’avenir.

Vous considériez être, en tant que maire, le plus à même de prendre une telle décision, connaissant mieux la situation sanitaire de votre ville. Pensez-vous qu’il y ait aujourd’hui plus encore qu’avant, une fracture entre les élus de terrain et l’administration centralisée ?

C’est très clair. Le premier confinement a été l’affaire des maires et des préfets. Le confinement d’après, les maires ont été totalement écartés, d’où les initiatives prises par un certain nombre de maires – on oublie de le dire.

Lire aussi : Bertrand Galichon : « Le vaccin vaut toujours mieux qu’un confinement »

Tous les jours, comme un simple citoyen, je reçois les règles du gouvernement mais on ne m’associe à rien, on ne me demande rien sauf quelquefois pour mettre à disposition des locaux. Le maire n’est plus la personnalité centrale de la gestion de cette crise. Or, je prétends que ce sont quand même les maires qui sont les plus à même de savoir ce qu’il se passe sur leur commune.

La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a vivement critiqué votre démarche de réouverture des musées. Comprenez-vous cette réaction ?

Non, pas du tout. Déjà, elle n’est pas élue, elle est ministre. Et elle est d’une agressivité qui n’est pas normale. Quand elle dit « je ne comprends pas un maire qui va violer la loi alors qu’il est ceci ou cela… » alors que dans le même temps ce sont les mêmes qui lèchent les bottes d’un type comme Estrosi, qui fait exactement la même chose que moi mais dans un autre domaine. C’est donc bien qu’il y a un traitement particulier contre le maire de Perpignan. Estrosi fait un arrêté illégal pour restreindre les locations pendant la crise du Covid, il est retoqué comme moi, mais pour lui il n’y a pas de propos injurieux ou désagréables. Il fait partie de la coterie au pouvoir, du système. Ça ne grandit pas madame Bachelot.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest