Les députés ont adopté la loi Gaillot en troisième lecture avec une très faible participation : seulement 61 votes (46 « pour » et 13 « non ») sur 577 députés. Que cela vous inspire-t-il ?
Malheureusement, les hommes politiques ne font pas comme l’ensemble des citoyens, c’est-à-dire qu’ils ne se lèvent pas chaque matin pour accomplir leur travail. C’est une grosse déception parce que certes on s’attendait à ce malheureux résultat, mais on ne pensait pas voir un hémicycle vide, avec seulement 61 députés présents. La conclusion est simple : payés par l’argent des citoyens, les députés n’assument pas leurs fonctions. Cette proposition de loi est quand même d’une extrême importance, elle concerne énormément de couples ou de femmes seules en difficulté ; elle concerne également les enfants, qui sont les grands oubliés de cette affaire. Ce manque de professionnalisme hallucinant est une grosse déception.
Parmi les 13 non, seulement 5 viennent du groupe Les Républicains, pourtant attendu sur ces questions sociétales. Est-ce une déception ?
Le problème, c’est qu’on ne peut pas dire que l’intégralité du groupe est à droite. Il est composé de très bons éléments, et de très mauvais. Parmi les bons éléments, on pourra citer Julien Aubert qui a un courage assez extraordinaire sur la question. Malheureusement, de manière plus générale, les députés qui soutiennent la vie à naître se font de plus en plus rare, quels que soient les partis. Je tiens quand même à préciser que c’est la droite qui a fait passer l’avortement en 1975, donc ce n’est pas quelque chose d’anodin. C’est en vérité assez révélateur de la droite d’aujourd’hui qui ne porte pas ses convictions, qui se dit conservatrice mais ne l’est pas, cette droite qui au fond a peur de s’affirmer. Malheureusement, ce sont les enfants qui en payent les conséquences.
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D’après La Marche pour la vie, quand l’avortement est passé à douze semaines, 30% des gynécologues avaient arrêté de pratiquer l’IVG. Pensez-vous qu’on va observer le même phénomène avec les quatorze semaines ?
Oui, et on le sait puisque énormément de médecins sont opposés à cet allongement, comme ils étaient opposés à l’allongement au-dessus de dix semaines. Énormément de gynécologues ont témoigné pour expliquer que plus on va loin, plus c’est compliqué, plus c’est impressionnant pour les médecins qui se retrouvent face à des bébés qui bougent et sucent leur pouce. Un médecin me disait au téléphone qu’il lui a fallu plusieurs semaines pour s’adapter avant de supporter le fait d’aspirer les enfants. Que les médecins soient obligés de s’adapter pour faire cet acte auquel ils n’adhèrent pas montre bien qu’il y a un problème.
Certains de ces médecins vont refuser de le faire parce que cet acte est dangereux – il est complètement faux de dire que l’avortement est un acte banal – : il risque de créer une hémorragie chez la femme. Pour l’enfant, il meurt dans tous les cas, mais les médecins se trouveront cette fois face à un bébé à qui ils vont devoir briser le crâne. Et je pense que oui, malheureusement, ce texte-là nous sert indirectement, parce que de plus en plus de gynécologues vont arrêter de pratiquer des avortements et vont nous rejoindre dans les manifestations.
Quand on manifeste, je pense qu’on sème autour de nous : des gens voient, lisent nos articles dans les journaux, et tout cela permet de réveiller les consciences
Face à un gouvernement qui fait avancer l’agenda progressiste et n’écoute absolument pas l’opposition, est-il encore utile de manifester, de faire des marches pour la vie ?
Oui, il est toujours utile de manifester, pour la simple et bonne raison que quand on manifeste, on est visible. Je me souviendrais toujours quand en 2019, une femme était venue nous voir à la fin de la manifestation. Elle était venue à Paris pour avorter et était tombée sur la manifestation. Ça a tout simplement sauvé la vie du bébé qu’elle portait, puisqu’elle est venue voir les organisateurs en expliquant qu’elle n’allait plus avorter ! Quand on manifeste, je pense qu’on sème autour de nous : des gens voient, lisent nos articles dans les journaux, et tout cela permet de réveiller les consciences. Être visible permet aussi de mobiliser d’autres personnes qui ont nos convictions mais qui ont peur de se mobiliser. Depuis quelques mois, de nombreux jeunes nous rejoignent et se mobilisent de plus en plus. Avant, beaucoup avaient peur car ils ne savaient pas par quel loup ils allaient être mangés s’ils osaient s’opposer publiquement à l’avortement. Le gouvernement serait ravi qu’on arrête de manifester. Mais non ! On restera le caillou dans la chaussure du gouvernement.
Quelque chose peut-il encore être fait contre cette loi Gaillot ?
Le parcours de cette PPL n’est toujours pas fini, puisqu’il passe devant le Sénat la semaine prochaine. Espérons que les sénateurs auront l’intelligence de poser des amendements supplémentaires pour retarder le vote. Avec les élections qui approchent, nous sommes en toute fin de session parlementaire et la proposition de loi pourrait ne pas passer à quelques jours près. On espérait qu’ils le feraient lors de la deuxième lecture mais ils l’ont rejetée tout de suite, ce qui ne sert à rien puisque l’Assemblée nationale a le dernier mot.
Si nous ne changeons pas de forme de gouvernement, nous aurons l’euthanasie, puis ensuite la GPA. C’est le chemin logique quand bien même ils prétendent l’inverse. En 1975, ils disaient que l’avortement serait pour les femmes en détresse. Ensuite, ils disaient qu’ils ne légaliseraient pas la PMA, et maintenant ils tiennent ce discours pour la GPA. Ils ne tiennent pas leurs promesses, en plus de ne pas faire leur travail. C’est révoltant.





