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Marek Jurek : « La Convention d’Istanbul dénature la famille »

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Publié le

23 janvier 2019

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Observateur sagace de la vie politique européenne, Marek Jurek livre son regard sur l’Europe d’aujourd’hui, confrontée à la déconstruction de la société chrétienne. Il promeut une Convention Internationale sur les droits de la famille pour contrer la Convention d’Istanbul initiée en 2011 au Conseil de l’Europe. Le premier traité international à défendre la théorie du genre.

 

Vous avez été très proche du président Jaroslaw Kaczynski, qu’en est-il aujourd’hui ?

 

En effet, de 2002 à 2007, j’étais vice-président du parti Droit et justice (PiS). Lorsque mes collègues de la direction du parti, associés au président Kaczynski, ont réagi de manière ambiguë au moment de confirmer dans la Constitution la dignité de l’enfant humain dès sa conception, j’ai quitté le parti. Ce projet constitutionnel était une initiative multipartite, soutenue initialement par 72 % des députés. J’ai alors fondé La Droite de la République, un parti catholique que je dirige depuis onze ans.

 

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Jaroslaw Kaczynski est un homme politique hors pair, qui a su construire un grand mouvement patriotique populaire, montrant de nombreuses similitudes avec le gaullisme français, avec ses forces et ses faiblesses. Officiellement, il n’est que le président de son parti, mais dans les faits, il est à la tête du pays. Cela nous rappelle le rôle d’avant-guerre du maréchal Pilsudski, qui n’était officiellement (à part un court mandat de Premier ministre) que le ministre de la Défense dans les années 1926-1935, mais qui de facto dirigeait l’État.

 

Comment jugez-vous l’exercice du pouvoir par le PiS et le chef du gouvernement Mateusz Morawiecki ?

 

Les aspects les plus positifs de son gouvernement sont les décisions en matière de politique familiale (120 euros par mois pour chaque enfant, dès le deuxième au sein d’une famille), la résistance aux pressions des autorités de l’Union européenne en matière d’immigration, puis l’extension de la coopération en Europe centrale. Toutefois, nous reprochons au gouvernement son soutien aux projets extrêmes de Bruxelles, tel le fait que l’Union européenne perçoive directement des impôts ou encore la construction d’une armée européenne [le parti Droit et justice a soutenu le traité de Lisbonne, tout comme le gouvernement Tusk, N.D.L.R.]. Nous croyons que le gouvernement devrait également soutenir les activités sociales en faveur du droit à la vie et qu’il devrait s’engager à construire une opinion chrétienne forte en Europe.

 

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Quels sont les points communs et les différences entre les différents pays du groupe de Visegrad ? En France, nous avons tendance à les voir tels un bloc, mais est-ce bien vrai ?

 

Les convergences sont nombreuses mais les quatre États de Visegrad (V4) sont dirigés par des gouvernements appartenant à des sensibilités complètement différentes (socialiste en Slovaquie, libérale en République tchèque, démocrate-chrétienne en Hongrie et conservatrice en Pologne). Nous avons une approche différente sur les questions énergétiques puisque la Hongrie et la Slovaquie coopèrent avec la Russie dans ce domaine. La Slovaquie a également adopté l’euro, contrairement à la Pologne, à la Hongrie et à la République tchèque.

 

En agissant ensemble, nous aurions de meilleures chances de rétablir le respect du patriotisme, de la tradition et de la civilisation chrétienne. (Marek Jurek)

 

Néanmoins, dans le domaine de l’immigration, nous avons une position commune. Nous étendons notre coopération économique dans le cadre de « l’Initiative des Trois Mers » à toute l’Europe centrale. Et enfin le V4 a une attitude critique vis-à-vis de la révolution du gender et de sa « grande Charte », à savoir la Convention d’Istanbul (le parti PiS s’est opposé à sa ratification sans la dénoncer après son arrivée au pouvoir ; les autres pays du groupe de Visegrad l’ont signée mais pas ratifiée).

 

Vous êtes député européen, membre du groupe ECR (conservateurs). Croyez-vous possible la création d’un groupe plus large, associant l’ENL (groupe du RN, du FPÖ et de la Ligue) à des formations d’Europe centrale ou d’anciens membres de l’EFDD ?

 

Nous devrions tous envisager cette idée, même si, bien sûr, nous devrions convenir de nos perspectives politiques. L’élaboration d’un accord plus large de ce type pourrait modifier sérieusement l’organisation non seulement du Parlement européen, mais aussi de la politique européenne en général. En agissant ensemble, nous aurions de meilleures chances de rétablir le respect du patriotisme, de la tradition et de la civilisation chrétienne. Ce n’est qu’en revenant aux principes fondamentaux que l’on peut changer l’Europe, et de même, protéger les valeurs et les intérêts de chacun de nos peuples.

 

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Que reprochez-vous à la convention d’Istanbul qui prévient et lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique ?

 

Les conséquences les plus graves concernent la politique sociale et l’éducation. La convention est en fait de nature néo-marxiste, considérant la violence non pas comme ce qu’elle est réellement (un acte criminel et un mal moral), mais comme un résultat structurel des « relations sociales », qui doivent être abolies.

 

La Convention d’Istanbul appelle donc à éradiquer les coutumes et les traditions fondées sur un rôle stéréotypé des femmes et des hommes et entend associer l’éducation publique à la promotion des rôles non stéréotypés des genres. Le concept même du gender suppose que le sexe biologique n’est pas un élément fondamental de notre identité et que toutes ses fonctions culturelles (comme la maternité) sont imposées par la société.

 

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L’attaque récente en Belgique contre les retransmissions des messes à la télévision publique en témoigne. Des politiques et hauts fonctionnaires ont estimé qu’on ne peut pas lire publiquement, à la télévision nationale, des textes comme la fin du chapitre V de la Lettre aux Éphésiens, contenant une description de l’idéal du mariage chrétien. Soyons vigilants, cette révolution ne s’arrêtera pas devant les monuments les plus sacrés de notre foi et de notre culture.

 

®DR

Vous proposez une charte alternative. En quoi consiste-t-elle ?

 

La Convention Internationale sur les droits de la famille est principalement destinée aux pays rejetant la Convention d’Istanbul. Le projet de la convention est composé de trois parties. L’introduction a un caractère déclaratif, en rappelant entre autres, que la famille est la première communauté sociale et la plus importante.

 

C’est grâce à la famille que sont transmises les valeurs sociales (les valeurs universelles comme l’engagement, la responsabilité et la solidarité) tout comme le patrimoine spirituel et national. Aucun État n’est capable de réaliser le bien commun s’il en exclut la famille. Enfin, la crise de la famille est en partie due à la remise en cause constante de son rôle social et de son autonomie.

 

C’est grâce à la famille que sont transmises les valeurs sociales (les valeurs universelles comme l’engagement, la responsabilité et la solidarité) tout comme le patrimoine spirituel et national. Aucun État n’est capable de réaliser le bien commun s’il en exclut la famille. (Marek Jurek)

 

La deuxième partie du projet comporte un catalogue de droits, avec les droits des parents à l’éducation des enfants (éducation conformément aux croyances religieuses et morales, choix de l’école, coopération avec la famille, soutien de l’État aux familles choisissant une éducation à domicile), le droit des mères qui se consacrent à l’éducation de leurs enfants et l’interdiction de toute discrimination professionnelle fondée sur la grossesse, le droit des familles nombreuses à un soutien spécial de la part de l’État, une protection particulière des enfants (également avant la naissance), la protection des enfants contre la « démoralisation » et la protection de la famille naturelle (la non-reconnaissance des conséquences juridiques des unions homosexuelles ou polygames).

 

Enfin, la troisième partie appelle à une coopération internationale permanente à travers différentes structures : le Comité International des Droits de la Famille puis le Secrétariat Exécutif permanent. La conclusion de cette Convention donnerait une représentation aux pays s’identifiant aux fondements naturels de la civilisation chrétienne. Cela devrait donc conduire au retrait de l’Union européenne de la révolution gender et à son retour à une position neutre sur les questions de vie, de famille et d’éducation.

 

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Qu’est-ce que cela peut changer pour les pays qui ont déjà ratifié la convention d’Istanbul, comme la France, par le biais de son ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, le 4 juillet 2014 ?

 

La Convention aura aussi une utilité pour l’opinion publique des pays qui répandent l’idéologie du gender. Ainsi elle pourra servir d’alternative et de référence pour l’opposition qui défend les droits de la famille. Une vague de réactions à la crise sociale en cours commence à se lever en Europe afin de défendre les droits des nations. Mais si l’on veut un changement durable, il faut d’abord renforcer le fondement de la société, c’est-à-dire les droits de la famille.

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