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Marek Jurek : « Nous avons besoin de reconstruire l’identité chrétienne de l’Europe »

Président de la Diète polonaise de 2005 à 2007 et ancien eurodéputé, Marek Jurek a accepté de répondre à nos questions sur la relation franco-polonaise dans un contexte de guerre à l’est et de tensions avec l’Allemagne sur la question de l’énergie.

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Vous êtes francophone et francophile : nos deux pays, alliés de toujours, et catholiques, semblent avoir rarement été aussi éloignés. Que se passe-t-il aujourd’hui entre la France et la Pologne ?

La réalité est que nous considérons que le président Macron a brutalement attaqué le gouvernement polonais. En réponse, le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, a de son côté vivement critiqué les vieilles illusions russes d’Emmanuel Macron. Les relations entre les deux exécutifs ne sont donc pas parfaites. En revanche, je crois qu’un rapprochement entre la Pologne et l’opposition politique française est une chose possible. Le parti Droit et Justice et la droite française, comme le Rassemblement National, pourraient peut-être travailler ensemble.

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Des tensions se sont aussi fait jour entre la France et la Pologne quand Clément Beaune était secrétaire d’État français chargé des affaires européennes : il avait accusé la Pologne de vouloir discriminer les personnes homosexuelles. Qu’en est-il exactement ?

La discrimination des gens à raison de leur orientation sexuelle n’existe pas en Pologne. Il est essentiel de le rappeler. La Pologne, en revanche, rejette les revendications du mouvement politique homosexuel, y compris ses évolutions dans le cadre de l’enseignement public. La défense du statu quo juridique et culturel est ainsi présentée comme une « discrimination ».

Nous ne sommes pas des conservateurs aveugles.

Nous ne sommes pas des conservateurs aveugles. Nous voulons préserver notre culture chrétienne ainsi que l’éthique et les valeurs sur lesquelles repose la famille monogame. Il ne s’agit pas seulement du statut juridique du mariage, mais aussi et surtout de l’éducation de la jeunesse polonaise.

Le 27 octobre 2021, l’Union européenne condamnait la Pologne à une astreinte d’un million d’euros par jour. La raison invoquée était le non-respect par la Pologne d’un arrêt de la Cour de justice de l’UE (CJUE) qui avait ordonné la cessation immédiate des activités de la chambre disciplinaire de la Cour suprême polonaise. Comment cela a-t-il été vécu à Varsovie ?

Il s’agit d’un acte d’abus de pouvoir de la part de la CJUE. La tâche de la Cour de justice est de veiller au respect des obligations conventionnelles mutuelles, et non de contrôler les systèmes judiciaires des États. Les réformes polonaises peuvent être discutées, mais cela ne signifie pas qu’elles peuvent être contrôlées de l’extérieur. Se sont-ils d’ailleurs interrogés sur les raisons qui ont conduit à ces changements ? Le démantèlement des gouvernements communistes collaborationnistes n’a pas été suivi d’une grande réforme. C’est à que s’attelle le gouvernement au pouvoir.

L’invasion brutale de l’Ukraine par la Russie et la guerre qui a suivi ont considérablement rebattu les cartes en Europe, singulièrement à l’Est. Depuis le 24 février, la Pologne fait montre d’une attitude déterminée et est l’un des plus gros contributeurs à l’effort de guerre de la résistance ukrainienne. Pensez-vous que la Pologne prenne aujourd’hui les atours d’une grande puissance européenne de demain ?

Certes, les événements ont confirmé la validité de nos avertissements. L’importance géopolitique de la Pologne, par sa position géographique et son histoire, est bien plus un fardeau qu’une bénédiction.

L’importance géopolitique de la Pologne, par sa position géographique et son histoire, est bien plus un fardeau qu’une bénédiction.

Néanmoins, pour y répondre nous augmentons les dépenses de défense, nous modernisons notre armée. Du reste, nous encourageons tous les pays occidentaux, en particulier ceux de notre région, à en faire de même.

Récemment, la Pologne a fait le choix stratégique du nucléaire pour garantir son indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et réduire ses émissions de carbone. Deux projets ont été retenus, celui des Américains de Westinghouse et celui des Sud-Coréens de KHNP. EDF n’a en revanche pas été sélectionné. Les Français ne l’ont pas compris, au moment où l’Europe a besoin de renforcer ses partenariats stratégiques. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je suis convaincu que nos deux pays ont besoin de plus de coopération. Peut-être déjà lors de la construction de la prochaine centrale nucléaire. Contrairement à certains raccourcis médiatiques, de nombreux arguments vont en faveur de la construction de davantage de centrales nucléaires fondées sur des technologies différentes. Et vous avez raison de dire que cette question fait partie d’une stratégie de coopération à long terme et que nos deux pays devraient la traiter comme telle. Surtout au regard de l’entêtement de l’Allemagne dans sa politique énergétique, farouchement hostile au nucléaire.

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Les crises systémiques frappent le vieux-continent, la menace russe, la perspective d’une guerre généralisée face à l’axe sino-russe, la crise migratoire sur fond de décroissance démographique, la dépendance aux matières premières, la désindustrialisation, une relative faiblesse militaire et une fuite en avant progressiste. Que pouvons-nous faire pour enfin affronter ensemble les défis du siècle ?

Premièrement, nous avons besoin de changements politiques, de gouvernements qui reviennent au concept du bien commun de la nation, qui se soucient de sécurité, soutiennent la vie familiale et valorisent nos traditions. Les évolutions récentes de l’Italie sont un signe que ce processus est possible. Mais plus encore, nous avons besoin de changements sociaux plus profonds, de la reconstruction de l’identité chrétienne de l’Europe.

Mais plus encore, nous avons besoin de changements sociaux plus profonds, de la reconstruction de l’identité chrétienne de l’Europe.

C’est d’autant plus difficile que nous vivons des temps de crise de l’Église. Nous avons aussi besoin d’une conscience historique renouvelée qui accepte de regarder en face les errements du siècle dernier. Si l’Europe des trente dernières années avait condamné le communisme (ainsi que son émanation, l’Union soviétique), peut-être que la tragédie que nous vivons aujourd’hui ne se serait pas produite.

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