C’est la guerre. Cette fois-ci, ce n’est pas Emmanuel Macron qui le dit mais les distributeurs en panique devant l’embouteillage monstre des sorties et les retours des Ricains après un an d’absence. Trop de films, trop de dettes et pas assez de salles, la loi du marché va régner en maître et cette salope de main invisible disparaitre tel un assureur au lendemain d’un incendie. Comme c’est la guerre, il faut choisir son camp. Ça sera la France, évidemment. Il ne faut pas être rancunier me diriez-vous, surtout après les pitoyables César 2021, les pleurnicheries indignes d’une profession bien plus perfusée d’argent public que toute autre et les postures indigéno-hystéro-féministes d’une partie de leurs têtes d’affiche.
Un jeune cinéaste à l’ambition autre que de mettre en boîte des crétins masqués n’existerait pas sans cette fameuse exception culturelle.
Mais il faut choisir. Parce que nous sommes trop chauvins et de mauvaise foi pour se comporter comme des Suisses mais surtout parce que cette « exception culturelle française » financée par nos deniers a rarement été aussi vraie qu’en cette réouverture. Ce mantra trop souvent montré du doigt par quelques amnésiques incapables de se souvenir que même Les Tontons Flingueurs ont touché des avances sur recette, à la différence de l’imbécile La Haine de Mathieu Kassovitz justement zappé pour le très beau Hussard sur le toit de Jean Paul Rappeneau sorti la même année.
Bleu blanc noir
Bon, nous aussi nous sommes amnésiques ou plutôt possédons cette grâce de l’oubli. Celle qui nous permet d’affirmer qu’un beau voyage vaut bien dix merdes sponsorisées de Bruno Dumont car à l’heure où les Avengers dominent le monde de leur laideur, un jeune cinéaste à l’ambition autre que de mettre en boîte des crétins masqués n’existerait pas sans cette fameuse exception. Sans elle nous n’aurions jamais vu le délicat Slalom de Charlène Favier racontant la longue descente enfer d’une championne de ski de quinze ans sous l’emprise de son entraineur. Un conte noir, glaçant et passionnant sur le sujet, ô combien d’actualité, du consentement sexuel. Filmé comme un thriller hypnotique, le premier long-métrage de la jeune réalisatrice subtilement ambiguë nous rappelle que si l’acte ne souffre d’aucune controverse lorsqu’on a quinze ans, la réalité des mécanismes et des personnages se révèle bien plus complexe.
Maître français
Avec La Nuée, Just Philippot nous embarque sur un tout autre terrain: le film de genre. L’histoire de Virginie, mère célibataire qui pour sauver sa ferme se lance dans le business de sauterelles comestibles et développe avec elles un lien étrange. Écriture précise, mise en scène brillante et une actrice, Suliane Brahim, exfiltrée de la Comédie française, tout en intensité, La Nuée, à la fois réaliste et fantastique, surprend par sa maîtrise qui n’a rien à envier aux maitres du genre. Et que dire du Dernier Voyage ? Pour son premier film, l’audacieux Romain Quirot ambitionne de s’incruster sur le terrain de jeu favori d’Hollywood, la science-fiction. Dans un futur proche, une mystérieuse lune rouge est exploitée à outrance pour son énergie. Alors qu’elle change brusquement de trajectoire et fonce droit sur la Terre, Paul W.R, le seul astronaute capable de la détruire, refuse d’accomplir cette mission et disparaît.
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Si le Dernier Voyage souffre de sérieux problèmes d’écriture, entre dialogues simplistes et quelques trous scénaristiques, il offre pourtant l’une des plus belles propositions de cinéma de ces dernières années. Si les premières minutes lorgnent chez Mad Max et Melancholia, le voyage de Quirot s’échappe rapidement de ses lourdes références pour offrir un univers singulier fait de souvenirs dans un noir et blanc somptueux et de paysages post-apocalyptiques filmés comme un western. Ses images imprègnent la rétine, on pense au Petit Prince, ses comédiens croient dur comme fer à leurs personnages et la dernière ligne droite embarque tout sur son passage dans un onirisme épique assumé. « Ah ! Les voyages, Aux rivages lointains, Aux rêves incertains, Que c’est beau, les voyages Qui effacent au loin Nos larmes et nos chagrins, Mon Dieu ! Ah ! Les voyages. Comme vous fûtes sages De nous donner ces images », chantait Barbara. Cocorico !





