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Moukhtar Abliazov : liaisons dangereuses d’un oligarque en Europe

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Publié le

9 juin 2023

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L’affaire de l’oligarque kazakhstanais, Moukhtar Abliazov, continue de faire parler d’elle. Accusé d’avoir détourné 7,5 milliards de dollars dans son pays d’origine, l’ayant fui pour l’Europe depuis, l’ancien PDG de la banque BTA ne bénéficie plus depuis peu du statut de réfugié en France. Le 20 avril, la Haute Cour d’Angleterre a prolongée l’ordonnance de détention de l’ancien banquier. Le 23 mai, la cour de Cassation française l’a débouté de la prescription dont il faisait l’objet sur le territoire national. Retour sur un casse-tête judiciaire international où trempent les institutions et les hommes clefs de tout un continent.
Abliazov

Le feuilleton politico-judiciaire de l’homme d’affaires kazakhstanais, Moukhtar Abliazov, se poursuit en France. Le 7 mars 2023, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence l’a condamné à une amende de 8 000 euros pour ne pas s’être présenté devant la justice française. Quelques mois auparavant, le 8 décembre 2022, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) lui retirait le statut de réfugié politique dont il bénéficiait depuis décembre 2020. Accusé d’avoir détourné 7,5 milliards de dollars lorsqu’il était PDG de la banque locale BTA, la justice française a considéré que ses agissements étaient « constitutifs d’un crime grave » et que sa fuite du Kazakhstan n’a été motivée que par la volonté d’échapper à la justice de son pays qui l’accuse de fraudes importantes. Une condamnation qui abîme l’image de réfugié politique que tente d’afficher l’ancien banquier et ses soutiens.

Un oligarque en cavale 

Homme d’affaires et homme politique, Moukhtar Abliazov est accusé au Kazakhstan d’avoir fait assassiner en 2004 son ancien associé, Yerzhan Tatishev, ainsi que d’y avoir détourné des fonds après que la banque BTA. En 2009, dans le but d’échapper à la justice de son pays, il s’enfuit en Angleterre où il obtient l’asile politique et mène une vie luxueuse. La banque BTA le poursuit en justice et fait geler ses actifs. En 2012, il quitte clandestinement le Royaume-Uni pour la France après que la justice anglaise l’a condamné à verser une amende de 4,6 milliards de dollars à la banque BTA pour fraude et détournement de fonds. La Hight Court lui inflige aussi une peine de 22 mois de prison pour avoir dissimulé une partie de ses biens et pour outrage à magistrat. 

La stratégie de la défense d’Abliazov est simple : convaincre qu’il est une victime politique et gagner du temps par tous les recours judiciaires possibles

Parallèlement, à la demande de la Russie, de l’Ukraine et du Kazakhstan, Interpol émet une notice rouge. Moscou accuse l’ancien banquier de malversation financière pour un montant de plusieurs milliards de dollars et Kiev de plusieurs centaines de millions d’euros au début des années 2000. En juillet 2013, fuyant la justice britannique, il est arrêté dans sa résidence de Grasse en France après 18 mois de cavale, avec un passeport diplomatique centrafricain. Un précieux sésame que son épouse, arrêtée en Italie quelques mois auparavant, possédait également. En décembre de la même année, la cour d’appel d’Aix-en-Provence donne un avis favorable à l’extradition de l’oligarque vers la Russie et l’Ukraine. Une audience durant laquelle l’avocate générale Solange Legras le qualifie de « délinquant de grande envergure » tout en rejetant le caractère de « victime de l’opposition politique ».

Un casse-tête français

En mars 2015, la Cour de cassation rejette le pourvoi demandé par les avocats d’Abliazov et confirme les deux avis d’extradition formulés par la Cour de Lyon et d’Aix-en-Provence. En 2016, le Conseil d’État annule in extremis le décret d’extradition signé par le Premier ministre Manuel Valls en considérant que « l’extradition vers la Russie de M. Abliazov a été demandée dans un but politique ». Cette annulation, extrêmement rare, permet à l’ancien oligarque de sortir de prison. En septembre 2020, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) accepte la demande de l’ancien banquier qui devient « réfugié politique ».

Lire aussi : Accord franco-algérien de 1968 : pourquoi il est urgent d’y mettre fin

Quelques mois plus tard, la justice française se penche à nouveau sur son dossier. En octobre 2020, il est mis en examen pour « abus de confiance aggravé et blanchiment aggravé » à la suite d’une plainte déposée en 2017 par la banque BTA pour détournement de fonds. Les autorités kazakhstanaises s’appuient sur le droit français qui dispose qu’un tribunal peut juger un étranger dont l’extradition a été refusée pour des motifs politiques. Arrêté, il est rapidement relâché et mis sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire national. 

L’ancien banquier subit une série d’échecs judiciaires en décembre 2022 et se voit retirer son statut de réfugié politique. Il est aussi condamné à une amende de 8 000 euros pour ne pas s’être présenté devant la justice française. La stratégie de la défense d’Abliazov est simple : convaincre qu’il est une victime politique et gagner du temps par tous les recours judiciaires possibles. Le conflit russo-ukrainien ne permet plus son extradition dans un de ces deux pays où la justice ne peut répondre aux critères occidentaux démocratiques et indépendants. Un véritable casse-tête pour la justice française.

Des soutiens occidentaux influents

Abliazov bénéficie de nombreux réseaux. A Bruxelles, l’ONG « Open Dialogue Fondation » (ODF) assure sa défense comme celle d’Aslan Gagiyev ou encore de Viaceslav Platon. Tous font l’objet de poursuites pour des crimes graves : corruption, blanchiment d’argent ou complicité de meurtre. 

L’ONG est visée par plusieurs enquêtes pour malversations financières et se trouve liée à la galaxie d’ONG de l’Open Society du milliardaire Georges Soros. L’affaire a une dimension internationale. Elle fait intervenir des acteurs influents sur la scène européenne comme Amnesty International ou encore Human Rights Watch. Ces deux importantes ONG, proches de l’Open Society, mènent une campagne contre l’extradition du milliardaire. Une action relayée par des militants des droits de l’homme kazakhstanais à Astana et dans des médias d’opinions classés à gauche de l’échiquier politique qui prennent fait et cause pour l’homme d’affaire.

Cette affaire complexe reste un point de tensions entre la France et le Kazakhstan

En France, Moukthar Abliazov n’est pas plus isolé. Ses réseaux sont influents, à commencer par un de ses anciens avocats, Jean-Pierre Mignard, un proche de François Hollande. L’annulation de l’extradition du milliardaire en 2016 interroge sur ses liens avec l’ancien président de la République. Décoré de la Légion d’honneur par François Hollande en 2012, Jean-Pierre Mignard a été l’un des premiers associés que l’ancien chef de l’État a contactés après que la liaison avec l’actrice Julie Gayet a été rendue publique en janvier 2014. 

Selon le site Atlantico, le milliardaire est aussi un proche du communicant Stéphane Fouks, président de Havas (anciennement EuroRSCG), une entreprise de conseil en communication. France Inter le qualifie comme un des hommes « les plus influents de France ». Selon eux, cette personnalité de réseaux s’appuie sur un carnet d’adresse de haute volée, et en particulier sur deux personnalités rencontrées lors de ses études :  Alain Bauer, ex-Grand Maître du Grand Orient de France, et Manuel Valls. Ces amitiés lui permettent de conseiller des clients de premier plan comme Dominique Strauss-Kahn ou encore Jérôme Cahuzac, ancien ministre accusé de fraudes fiscales. 

Malversations et barbouzeries ?

En 2014, les relations entre les avocats du milliardaire et les magistrats de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence sont tendues. Les magistrats soupçonnent les réseaux de l’homme d’affaires d’avoir piraté les SMS et mails échangés entre l’avocate générale, Solange Legras, et l’avocat de l’Ukraine Me Guillaume-Denis Faure ainsi que la présidente de la Chambre de l’Instruction, Nicole Besset. Une société israélienne spécialisée dans ce type d’activités serait à la manœuvre. Ces informations se sont retrouvées sur un site ukrainien permettant aux avocats de l’ancien banquier de déposer des plaintes pour trafic d’influence, association de malfaiteurs et violation du secret du délibéré. Une opération de déstabilisation niée catégoriquement par la défense d’Abliazov. L’affaire a tourné court car les enquêteurs ukrainiens ont prouvé que ces messages ont été falsifiés. 

Lire aussi : Des causes et des responsabilités de la guerre en Ukraine

Cette affaire complexe reste un point de tensions entre la France et le Kazakhstan. Le 20 avril, la Haute Cour d’Angleterre a prolongé l’ordonnance de détention pour outrage au tribunal de l’ancien banquier si celui-ci rentre au Royaume-Uni où il devrait purger une peine de 22 mois de prison. Il avait fourni à plusieurs reprises de faux témoignages et de faux documents pour cacher ses actifs. Il n’a pas comparu aux audiences du tribunal. Le 23 mai dernier, la Cour de cassation française a invalidé l’annulation des poursuites judiciaires le visant. Elle casse ainsi une décision de la cour d’appel de Paris qui estimait que l’action publique était prescrite, ce qui avait pour conséquence l’arrêt des poursuites contre le milliardaire. Moukhtar Abliazov reste inculpé en France. En revanche, une fois les recours épuisés et désormais sans le statut de réfugié, comment l’homme d’affaires controversé pourrait-il rester légalement sur le territoire ? Et qu’en est-il du Royaume-Uni, où il est condamné ? Des questions qui trouveront peut-être des réponses dans les mois à venir. 

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