On est en direct, c’est un peu le symbole décrépit du service public, dans ce qu’il a de plus de rance, de plus inutile : le plateau, qui se voudrait des allures de cabaret lounge un peu huppé, fait plutôt penser à l’arrière-boutique d’un détaillant en poêles à bois, ou aux ambiances dominicales des émissions de Jacques Martin. Impression renforcée par le pianiste de bar tout droit sorti des années 70. Avec On est en direct, Ruquier est en passe de devenir un monument, et son talk-show le panthéon vivant du service public, mortifère, gâteux, racolant toujours les mêmes artistes dédiés à la cause, cultivant toujours le même entre-soi ultramondain, la gauche peinarde du triangle d’or qui bâille quelque part entre le théâtre du Rond-Point et le Carmen. Et ils s’étonnent encore de voir leur audience fondre comme lubrifiant au soleil, les sots ! Au moins Ardisson avait un peu de panache, un peu d’ambition dans les narines. Faut les voir, Ruquier et sa bourgeoise levantine aux dents qui rayent le qué-par, dans leur studio tout pété qui ressemble à l’intérieur d’un Werther’s Original, ambiance marronnasse pour flatulents du samedi soir.
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Qui regarde vraiment cette antenne de France Inter et ces comiques de seconde zone, ces indigents boulevardiers, ces vieilles gloires de la mesquinerie qui se succèdent, toujours les mêmes, cachant à peine leur agacement de pointer une fois encore à la grande usine des tropes de gogauche ? Chantal Ladessous et Patrick Timsit sont invités toutes les trois semaines, Pierre Arditi arrive en roulant sur ses préjugés, Marina Rollman en lévitation sur ses sarcasmes de wiccane suisse. Toujours ces mêmes acteurs, comiques troupiers et racoleurs de ménagères confits dans leur orgueil de people botoxés, toujours ces mêmes bouffeurs de homard qui s’inventent des combats d’arrière-garde pour garder la tête haute et se donner l’illusion d’avoir encore ne serait-ce qu’une once d’empathie, qu’une once de notion de bien commun. Et ça se dit de « gauche » ? Mais ces gens sont l’incarnation la plus parfaite de la bourgeoisie stercoraire du XXe siècle finissant, des boomers qui n’en terminent pas d’agoniser sur leurs accoudoirs et sur leurs miroirs givrés de cocaïne ! On atteint sans doute le summum du sinistre avec Philippe Caverivière, l’humoriste de l’émission – qui ferait passer Guillaume Meurice pour un mec marrant. Tête de sifflet, tatouages tribaux, Caverivière a tout l’air d’avoir été débauché au Club Med, c’est sans doute la caution populaire du show, son humour consiste principalement à relever quelques verbatims de types de droite et à les railler avec la morgue molle d’un chien de salon. Triste gauche française qui s’acharne à mordiller à coups de dents gâtées.





