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[Enquête] Pap Ndiaye : le hussard woke de la République

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Publié le

5 septembre 2022

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Pap Ndiaye, universitaire présumé indigéniste et bombardé ministre de l’Éducation nationale, a sans doute plusieurs fonctions pour le Machiavel de l’Élysée. Et pas seulement celle de fusible.
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Drôle de séquence politico-médiatique que celle qui a suivi la nomination de Pap Ndiaye. D’abord, une application à rester dans l’ombre, à raser les murs, à se façonner la silhouette politique qu’on veut bien lui attribuer : celle d’un universitaire discret, d’un intellectuel presque tragiquement tombé dans les rets du politique. Entre la période de baccalauréat – un bac réformé sous Blanquer et dévoyé par deux ans de pandémie – et le désastre annoncé de la rentrée, déjà sanctionnée par une pénurie historique de professeurs, le silence de Pap Ndiaye pèse lourd. Il préfère s’insurger contre le RN à l’occasion des élections législatives, ce qui lui vaut une légitime bronca de la part de la droite.

Comment, voilà que le petit activiste mesquin se réveille, alors qu’il a un mammouth à apprivoiser ? Pourtant, à part Pascal Praud, personne n’est vraiment dupe. Marianne le note dès le mois de mai : « Pap Ndiaye est un pied de nez, un chiffon rouge, un outil tactique ». Et sa nomination une nouvelle démonstration des capacités florentines d’Emmanuel Macron. Car c’est d’abord ce qu’on laisse dire dans les coursives de l’Élysée : que Pap Ndiaye a été nommé pour sauter. C’est un fusible, un sismographe ambulant, placé là pour capter les soubresauts, enregistrer les pertes. Macron l’a choisi délibérément pour divertir la médiacratie. Son profil indigéniste qui fait transpirer Élisabeth Lévy et Julien Rochedy, c’est du nanan, c’est presque inespéré.

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Pap Ndiaye dans la lignée de Jean-Michel Blanquer

En réalité, Pap Ndiaye n’est porteur d’aucune rupture et s’inscrit bien dans la lignée de son prédécesseur, Jean-Michel Blanquer. La preuve : Macron l’a entouré d’une armée de conseillers choisis par ses soins, et dont la plupart n’ont qu’un rapport très lointain avec l’éducation. Jugez plutôt : Anne Rubinstein, âme damnée du président lorsqu’il était ministre des Finances, une « pragmatique et une fonçeuse », dit-on – ce qui est sans doute une périphrase pour « réformatrice sanguinaire ». Mais aussi la petite Anastasia Iline, directrice adjointe du cabinet, ancienne secrétaire adjointe de la Cour des comptes, aux dents qui rayent déjà tous les parquets de la rue de Grenelle ; ou encore Thierry Le Goff, technocrate roué qui vient lui aussi de la Cour des comptes… Le piège s’est refermé dès le premier jour sur le brave Pap. Macron a sûrement appris ça de Mitterrand : placer dans son gouvernement des esprits singuliers, capables de faire jaser dans les chaumières, tout en les destituant presque le jour même de tout leur pouvoir.

On ne gravit pas les échelons sans une certaine appétence pour le pouvoir. On l’a vu à sciences po

Sciences Po comme première marche

Car Pap Ndiaye est un bon client pour la presse de droite : depuis sa nomination, les tablées d’éditorialistes en font des gorges chaudes. Traité d’indigéniste, de wokiste, perçu comme le cheval de Troie des idéologies rampantes issues d’Amérique du Nord, c’est le coupable idéal, c’est une Marlène Schiappa au carré. Il n’aime pas la France, dit-on. En réalité, c’est pire que ça : la France n’entre ni dans son appareil critique, ni dans son champ de vision. Exactement comme Emmanuel Macron. Dans une interview-hagiographie publiée par le Monde trois semaines après son arrivée rue de Grenelle, Ndiaye se compare sans sourciller à Barack Obama. L’afro-américanisme, c’est son cheval de bataille. Un fantasme adolescent qu’il n’a jamais cessé d’entretenir tout au long de sa carrière d’universitaire, jusqu’à sa nomination à la tête du grotesque Musée de l’immigration. Et tant pis si l’histoire française n’entre pas dans le moule de la culpabilisation américaine.

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Pap Ndiaye, c’est l’enfant spirituel de Senghor qui se rêve Malcom X, tout comme sa sœur, la très convenable Marie Ndiaye, se rêve un destin à la Toni Morrison – c’est-à-dire scribe officielle des minorités de plus en plus visibles. Problème, pour Pap : il n’est ni poète ni visionnaire. C’est juste un petit intellectuel qu’on a fourré dans un costume trop grand. La moraline démocrate a besoin de ce genre d’intellos façonnés de toutes pièces, qui se construisent une identité à peu de frais. Influent ? On ne gravit pas les échelons sans une certaine appétence pour le pouvoir. On l’a vu à Sciences-Po, servant la soupe pour un très pompeux cours d’« histoire des empires », se tissant peu à peu une image confortable d’universitaire à la fois « cool et austère ». Il fallait bien ça pour redonner un peu de vigueur morale à une institution définitivement sabordée par Richard Descoings. Qu’on ne s’y trompe pas : pour Macron et Alexis Kohler, la notice biographique de Pap Ndiaye n’est qu’une affèterie, un décorum ; les petites lubies de Pap – créolisation, anti-lepénisme primaire et autres babioles – sont tout juste bonnes à créer la diversion. Et dans cinq ans au plus tard, le petit Pap sera retourné nettoyer les fonds de casseroles à l’université. On dira ce qu’on veut de Macron, c’est un Mazarin de première bourre.

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