Souvenir contre souvenir, mélancolie contre mélancolie. Ne laissez jamais deux garçons français ensemble, cette race ne connaît rien au sérieux : « Enfin, le match le plus triste notre histoire, c’est France-Italie 2006. – Tu ne comprends rien. Rien. 82, Séville, ça n’a pas d’égal ».
Votre serviteur n’ose pas contredire son portraituré. Il s’agissait de la politique monétaire européenne, et paf, on en est arrivé à cette frivolité-là, seule chose qui compte. Philippe David revient toujours au football, le plus souvent avec une petite musique émue dans la voix. Dans le domaine, une encyclopédie. Il y revient toujours, et puis c’est l’ordre des choses parce qu’il y a commencé. Il y a commencé dans les médias, qui lui ont donné cette notoriété acquise tard, à cinquante ans. Dans sa vie d’avant, il s’occupait de commerce international. À la fin des années 80, après un bac littéraire, il avait déjà failli opter pour le journalisme avant de finalement choisir cette voie. Pour voyager. Ça a plutôt réussi. Il a appris sept langues, tout vu de l’Europe, pas mal de l’Asie. Mais il est des choses qu’aucun long courrier ne peut nous faire fuir indéfiniment.
« Aujourd’hui, le vrai clivage se situe entre les mondialistes et les patriotes »
Philippe David
La politique en est une pour Philippe David. En 2002, il autoédite déjà un livre qui vise à expliquer le 21 avril. « Au culot », il le dépose à RTL, où Jean-Michel Apathie le salue comme le meilleur ouvrage à ce sujet. À partir de 2007, il anime un blog consacré à la vie politique française. « Le ton était caustique, ça marchait plutôt pas mal ». Les articles comptent bientôt plusieurs milliers de lecteurs. Quand le site d’information Atlantico se lance en 2011, son rédacteur en chef le contacte pour qu’il y participe. De rencontre en rencontre, David atterrit à Sud Radio pour la première fois en juin-juillet 2014, pour une émission consacrée à la Coupe du Monde au Brésil. Il apprécie l’expérience, mais jamais il ne pense en faire son métier.
La vie choisit pour lui. Dans l’entreprise qu’il dirige, ses passages à la radio ont créé des jalousies. Il finit par être poussé vers la sortie. À quarante-neuf ans, l’homme se retrouve au chômage. Un mal pour un bien. À partir de février 2016, il enchaîne les remplacements sur Sud Radio, mais sans être embauché. Et puis… « C’était le 25 août 2016. Je faisais visiter la cathédrale de Toulouse à mes cousins. Quand j’allume un cierge pour mon père, mon téléphone sonne. Sans le regarder, j’ai su. Je suis sorti, c’était pour me proposer d’animer le créneau 9 heures-midi ».
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Depuis, Philippe David enchaîne les émissions sur la station. Il y vit ses deux passions, le sport et la politique. En la matière, il a une vision assez claire. « Aujourd’hui, le vrai clivage se situe entre les mondialistes et les patriotes ». Taquin, on rappelle que c’est le constat de Marine Le Pen. Il ne s’en effraie pas outre mesure. « Quand elle parlait d’UMPS, elle se trompait, mais sur les lettres. Elle aurait dû dire LREM » plaisante-t-il. Attention, la haine nous guette… L’homme déroule un logiciel souverainiste connu sur le bout des doigts. Les perdants de la mondialisation contre la bourgeoisie des métropoles, la trahison de la gauche en 83, celle de la droite en 2007 qui a « changé le Kärcher en plumeau », la naïveté de la France face à l’Allemagne, la tragédie de la désindutrialisation. Sur ce point, l’homme insiste. « Dans notre pays, on trouve ça sale, un ouvrier ».
Ce mépris de classe, c’était le même que celui des éditorialistes pour les Gilets jaunes. « J’ai été un des rares journalistes à faire des émissions sur les ronds-points avec eux ». Il y a notamment rencontré ce travailleur agricole retraité qui vivait avec 700 euros de pension par mois. « Il ne pouvait pas se chauffer, il faisait 8 degrés chez lui. Comment ne pas avoir le cœur brisé face à ça ? » On touche là l’essentiel. Philippe David a grandi aux Lilas, à sept dans 69 m2. Son père, dont il parle toujours avec émotion, était ouvrier avant de devenir comptable : « Les classes populaires, je sais ce que c’est ! » Il aime ce peuple, ce peuple de France au sein duquel il s’est élevé sans jamais le quitter. Oui, il aime ce peuple latin, « qui jouit de la vie, où partout on mange bien, où partout il y a du bon vin ». Il l’aime dans la diversité de ses régions, il revendique fièrement ses origines bigourdanes, et la beauté de sa langue. Il lui a rendu hommage en ne manquant pas de parsemer l’entretien de saillies dignes de son personnage historique favori, Clemenceau. « Lui au niveau des punchlines… Si Twitter avait existé à l’époque, il aurait explosé tous les compteurs. »





