Pierre-Romain Thionnet : « Le gouvernement fait passer cette réforme pour une nouvelle nuit du quatre Août »

©Cocarde Etudiante

 

Pierre-Romain Thionnet est secrétaire général de la Cocarde étudiante,  mouvement d’union des droites à l’échelle universitaire. Il revient avec nous sur le mouvement de contestation sociale qui agite le pays et sur le rôle qu’y joue son organisation. 

 

 

La Cocarde étudiante soutient-elle la grève contre le projet de loi de réforme du système des retraites ?

 

 Absolument. Nous avons publié un texte assez long il y a deux jours pour éclaircir notre position à ce sujet. Nous sommes fermement opposés au blocus des universités donc nous avons pu être accusés  d’une certaine incohérence. Nous avons par conséquent publié un communiqué pour montrer qu’il n’y a aucune contradiction dans notre position.

Nous sommes opposés à la réforme du système des retraites pour plusieurs raisons. Déjà, le système par point est une erreur. Il conduira à prendre en compte l’ensemble de la carrière pour le régime universel au lieu de considérer les 25 meilleures années ou les 6 derniers mois.

Les familles nombreuses seront les grandes perdantes de cette réforme.

Il est évident que le calcul des pensions se fera de manière automatique, malgré ce que le gouvernement peut essayer de dire. Pas besoin d’être un grand mathématicien pour le comprendre.   

Par ailleurs, le gouvernement essaie de faire croire qu’il existe un déficit énorme sur le financement des retraites, alors que le rapport du COR (conseil d’orientation des retraites) a bien montré qu’à partir de 2024 le système sera entièrement équilibré et qu’on disposera même d’une manne financière importante.

Ce sont les deux points essentiels qui motivent notre opposition.

D’un point de vue plus sectoriel, les familles nombreuses seront les grandes perdantes de cette réforme, qui verra le mode de majoration changer pour elles. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais l’institut de la protection sociale a sorti un rapport très détaillé à ce sujet fin novembre. Et le gouvernement persiste pourtant à expliquer que ces familles seront gagnantes !

 

 

Ne soutenez-vous tout de même pas le fait d’introduire plus d’égalité en supprimant les régimes spéciaux ?

 

Il existe 42 régimes spéciaux en France qui ne concernent malgré tout pas plus de 3% des retraités, si je ne m’abuse. Il s’agit par conséquent d’un faux problème. On rebat les oreilles des Français depuis des années avec ces fameux 42 régimes spéciaux ! Les supprimer ne nécessite pas de passer par un régime par point. 

Les régimes spéciaux sont agités comme un chiffon rouge pour faire croire que ceux qui sont contre cette réforme sont avec les cheminots.

Les régimes spéciaux sont agités comme un chiffon rouge pour faire croire que ceux qui sont contre cette réforme sont avec les cheminots. C’est bien joué de la part du gouvernement. Les cheminots attirent la haine, ce qui fait partie de la rhétorique macroniste sur les privilèges. On a toujours habitué les Français à détester le corporatisme et le gouvernement joue sur cette aversion. Il fait passer cette réforme pour une nouvelle nuit du quatre août. 

 

Votre opposition aux blocages d’universités ne vous rend-elle pas malgré tout complice du pouvoir en faisant de vous les gros bras casseurs de mobilisation au service de la Macronie ?

 

Il faut tout d’abord prendre un peu de recul sur les blocages dans les facs pour voir qu’ils ont  été complètement inutiles voire contre-productifs politiquement. Certains blocus ont vraiment bien marché il y a un an et demi, que ce soit à Tolbiac ou d’autres universités de Paris. Est-ce qu’ils ont permis d’obtenir une seule concession ? Non. Cela n’a eu aucun intérêt. Le blocus ne sont d’ailleurs souvent que la première étape avant l’occupation. A ce stade, la supercherie se dévoile en pleine lumière. Ca se transforme en commission patate-brocoli et autres joyeusetés intersectionnelles.

Au centre universitaire Cassin où un blocus a été lancé avant-hier, ils ont déjà organisé un espace de non mixité pour protéger les femmes. Cela a même été la première mesure. On sait certes que les commissaires politiques en herbe des organisations d’extrême-gauche ont du mal à tenir leur braguette, mais tout de même ! Le délire idéologique double ici la volonté d’empêcher de nouveaux scandales sexuels dont l’UNEF est coutumière.

 

Lire aussi : Mai 2018 à la Sorbonne : l’ultra gauche prend en otage les étudiants 

 

Marine le Pen a déclaré apporter un soutien « sans réserve » aux grévistes. Certains responsables du RN ont manifesté avec les syndicats le 5 décembre. Pensez-vous qu’une convergence entre la droite et une certaine gauche  puisse avoir lieu au niveau étudiant pour s’opposer) à la politique antisociale du gouvernement ? 

 

Il peut exister des convergences de fait parce qu’on se retrouve au même endroit au même moment dans les manifestations, comme pour les gilets jaunes. Je me suis rendu moi-même à un certain nombre de manifestations des gilets jaunes, surtout en novembre-Décembre 2018. Nous étions à vrai dire assez nombreux de la Cocarde à y prendre part à Paris ou ailleurs. Nous avons pu y faire des rencontres un peu fortuites avec des antifas ou des gens d’extrême gauche. Mais ce genre de rencontre reste vraiment circonstanciel, ce n’est jamais pensé ou voulu.

 

N’y existe-il pas de contact entre les individus pour s’organiser ?

 

Non, c’est une barrière infranchissable.

 

Regrettez-vous à la Cocarde qu’il ne puisse pas y avoir de dialogue, même sur certaines questions précises ?

 

 Nous avons déjà proposé des débats à des organisations étudiantes de gauche, pas sur les questions sociales mais sur le féminisme. On avait penser à inviter Eugénie Bastié pour débattre avec une féministe de gauche , mais même là-dessus il fut impossible d’ouvrir le moindre dialogue.

Nous pensions vraiment que des étudiants de gauche allaient nous rejoindre, mais les seuls qui l’ont fait sont devenus totalement de droite !

Au début de l’existence de la cocarde on avait été un peu naïf de ce point de vue. Notre discours était vraiment « ni gauche ni droite », ce qui peut-faire sens idéologiquement. Nous pensions vraiment que des étudiants de gauche allaient nous rejoindre, mais les seuls qui l’ont fait sont devenus totalement de droite !

 

C’est un peu dommage, parce qu’à la Cocarde vous avez une position anti libérale sur le plan économique, n’est-ce pas? 

 

Oui, d’ailleurs les sur les affiches que l’on colle en ce moment, il y a marqué « ni gauchisme, ni libéralisme ». Cet antilibéralisme est assez ancré dans notre mouvement. Souvent les gens de gauche ne veulent pas comprendre ça, ils pensent que c’est une posture de façade ; c’est toujours la même rengaine qui consiste à dire que dans l’histoire l’extrême droite a été l’agent du capitalisme. Ils appellent ça du « confusionnisme », et rejettent notre discours même si on dit des choses dans lesquelles ils pourraient se reconnaitre.

 

Pensez-vous que les Français parviendront à faire reculer le gouvernement ? En cas de recul, pourrait-on dire que le quinquennat d’Emmanuel Macron est terminé ?

 

Il n’est pas évident de le savoir. Laurent Berger, le secrétaire générale de la CFDT, qui avait auparavant une position ambivalente, a dit aujourd’hui que faire passer l’âge d’équilibre à 64 ans était le coup de trop. Je crois qu’il va basculer dans l’opposition, cela pourra renforcer la mobilisation. Il faut voir si le gouvernement lâchera plus de lest. En tout cas dans ce que Edouard Philippe a dit aujourd’hui, il n’avait pas l’air de faire beaucoup de concessions.

Il faut voir si le gouvernement lâchera plus de lest.

Par contre si le gouvernement échouait là-dessus, ce serait vraiment un démenti de l’un des aspects idéologiques très forts du macronisme, c’est-à-dire de la logique de la réussite individuelle, dont le système par point est une concrétisation.

 

Fin novembre, la Cocarde étudiante a obtenu un élu aux conseils centraux de la Sorbonne. Cette élection est-elle pour vous le signe que malgré les tentatives d’intimidation qui vous visent, vos idées progressent au sein de la population étudiante ?

 

En fait il y a deux phénomènes concomitants. Nous rencontrons déjà en effet de plus en plus d’oppositions. Cela s’explique parce qu’on est de plus en plus présents, de plus en plus nombreux en terme de militants. On peut coller à plusieurs endroits en une semaine, on peut tracter régulièrement, on organise des conférences avec plus de monde, on est plus présents sur le terrain, donc logiquement il y a de plus en plus de gens qui entendent parler de nous. Mais ces événements plus nombreux multiplient aussi les risques de rencontres violentes avec des organisations étudiantes d’extrême-gauche.

Ce sont dans les universités où le gauchisme est le plus hégémonique que nos idées sont le mieux reçues.

En ce qui concerne les élections, nous avons progressé en terme de voix absolue. Il s’agissait là du renouvellement d’un élu qu’on avait déjà eu il y a deux ans à Paris IV, avant la fusion de cette université avec Paris VI. Les spécialités de paris VI, ou les STAPS et les filières scientifiques dominent, nous sont pourtant plutôt défavorables. Les étudiants y sont plutôt dépolitisés, ils sont très engagés dans les BDE, c’est un peu homo festivus en action.

Malgré ça il y a des milliers d’étudiants de plus qui ont voté pour nous. S’il n’y avait pas eu de fusion et qu’on était resté dans le cadre de Paris IV, je pense qu’on aurait vraiment fait un très bon score. Il existe un cliché qui lie la droite aux filières de droit, notamment à celle d’Assas, mais tout ceci est très inexact. Nos places fortes se trouvent plutôt en sciences humaines, notamment en histoire. En droit, c’est surtout à Nanterre nous rencontrons un certain succès. On y a eu deux élus.

 

Lire aussi : Ici Londres, les étudiants parlent aux étudiants

 

A Nanterre, chez les gauchistes ?

 

Oui c’est intéressant, ce sont dans les universités où le gauchisme est le plus hégémonique que nos idées sont le mieux reçues. A Assas par exemples, ils ne voient pas trop l’emprise des milieux d’extrême gauche sur la fac, du coup il y a moins d’opposition. C’est plus dur pour nous d’y avoir un militantisme très actif, alors qu’à la Sorbonne et à Nanterre ça marche bien.

 

Propos recueillis par Ange Appino

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Aappino@lincorrect.org

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