Skip to content

[Portrait] Jourdan Thiboudeaux : Français sauce cajun

Par

Publié le

6 novembre 2023

Partage

«Mais il existe, plus beau, moins au frais, une autre franco-phonie : celle de la Louisiane. Et c’est celle-ci que défend Jourdan Thibodeaux.» Portrait.
portrait

La francophonie est un espace vaste et très divers. Si cela sert à un certain FrançoisA. pour affirmer qu’un Africain est plus proche de nous qu’un letton, dans le cas de Jourdan Thibodeaux, il aurait raison. Il est vrai, quand on pense à la francophonie nord-américaine, il nous vient immédiatement en tête le Québec. Ce n’est pas Mathieu Bock-Côté qui nous contredira. Mais il existe, plus beau, moins au frais, une autre franco-phonie : celle de la Louisiane. Et c’est celle-ci que défend Jourdan Thibodeaux. « J’ai appris la langue avec ma grand-mère quand j’étais petit. C’est notre culture, c’est la seule qu’on a. C’est celle que j’ai grandi avec. C’est très important de pas t’y cogner. Y a trop d’Américains, tous les Américains qui sont venus des autres places, Italie, Angleterre et ils ont perdu l’héritage » nous explique-t-il. « Ils sont assimilés avec toutes les autres choses Américains. Pour moi, c’est triste. Je ne veux pas aller partout et voir tout le monde qui fait la même chose. Moi j’aime la différence de culture, de nourriture, de musique » nous lance-t-il, au volant de son pick-up.

Lire aussi : [Portrait] Marc Glendening : Woke Hunter

Dans un monde qui ressemble de plus en plus à un hall d’aéroport, où transitent des fantômes semblables, d’enseignes de multinationales en enseignes de multinationales, on ne peut que le comprendre. « Je trouve que c’est triste, je déteste ça. Quand j’étais petit, j’ai vu les vêtements des autres pays, j’ai écouté leur musique. J’étais impressionné, j’aimais ça. Maintenant tu écoutes la radio, c’est tout la même pop. C’est triste. » C’est d’ailleurs pour ça que Jourdan a formé son propre groupe, Jourdan Thibodeaux et les Rodailleurs, dont l’un des titres phares, « La prière », a un refrain hypnotique qui devrait nous inspirer: « Tu vis ta culture, ou tu tues ta culture, il n’y a pas de milieu ».

«On joue aux États-Unis, au Canada, en France. On joue de la musique française, louisiannaise. Pas cajun, ni créole. On parle de musique de zaricots, mais c’est pas ça » insiste-t-il. Car s’il y a une musique traditionnelle cajun, Jourdan Thibodeaux, accompagné de ses Rodailleurs, chante aussi sa « vie ». « C’est un tit brin différent des sons. C’est nos sentiments».

Récemment, notre compère était en France, reçu à l’Élysée par rien de moins que le président de la République, Emmanuel Macron. Cependant, ils n’ont pas échangé leurs recettes de gombo favorites. Jourdan Thibodeaux est aussi politique. « J’ai pas parlé assez avec Macron. On était là pour protéger notre culture, mais aussi, pour demander à la France de l’argent pour l’énergie de chez nous : notre huile (pétrole), notre gaz. On a besoin d’aide avec la langue et la culture. Les Américains ne vont pas nous aider. Ils veulent que tout le monde soit américain. Mais on était ici avant que les États-Unis ne soient formés » explique-t-il. « On veut protéger notre langue et notre culture. Et la France peut nous aider avec les écoles pour continuer les connexions avec la France. Tout le gouvernement de la Louisiane a été pris par les Anglais, les Américains. Ils veulent pas nous aider quand on leur dit qu’on a besoin d’argent pour les écoles françaises, ils nous disent “C’est pas not’langue, c’est pas nos familles” » s’emporte-t-il.

De son voyage à Paris, il n’en retient que du bon « J’ai passé un bon temps à Paris. Y a plus de monde qui m’a compris que je croyais ». Si le « french louisiana » est peu connu par chez nous, il fait son travail chaque jour sur son inénarrable page Instagram, sur laquelle il écrit des blagues typiques et décrit son quotidien (amateurs d’alligators, vous allez vous régaler).

Lire aussi : [Portrait] Édouard du Peloux : citadelle

« Ici, tous les Américains disent que notre français n’est pas assez bon, que les Français ne vont pas nous accepter car nous sommes les bâtards. C’était une grande chose pour nous autres d’être ici » s’émeut-il. « On a grandi avec l’idée qu’on est pas assez ». Preuve en est, s’il le faut, de la fourberie anglo.

Quant à savoir s’il souhaite l’indépendance… « Ici ? Si on pourrait faire l’indépendance ? Oh oui, ça va être cool. C’est notre pays, on a nos lois. Moi je crois que les États-Unis, c’est la même idée que l’Union européenne chez vous autres. C’est bon pour aider les autres, peut-être en temps de guerre. Mais ici, notre mode de vie est différent. On a de l’huile, du gaz, de l’idée. C’est tous ceux d’ailleurs qui viennent prendre chez nous. » Prenons un instant le temps de rêver à une Louisiane indépendante, auprès de laquelle on pourrait se fournir en gaz et en pétrole au lieu de l’Algérie. Ça ne fait pas rêver ?

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest