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Qu’on nous rende la messe, le roy, la beauté, les vols low-cost

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Publié le

1 juillet 2020

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« Machinalement, je prends ma tasse, où reste encore un peu de thé et je la porte à mes lèvres. Le thé est froid ». Sartre, La Nausée / « Les choses sont une façade, et une croûte. Dieu seul est ». Henri Michaux, Une voie pour l’insubordination / « Le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré ». Feuerbach, L’Essence du christianisme [préface à la deuxième édition]

Dans l’âge le plus ingrat de la démocratie radicale, il est grand temps de retrouver un peu de sublime. La France est née de sa christianisation et c’est parce qu’elle est chrétienne qu’elle est devenue démocratie. Le libéralisme corona est une sorte de négation de la transcendance. Un acide égoïste. Quand on découvre au XVIIe siècle que la terre et même le soleil ne sont pas au centre de l’univers, on se trouve seuls et décentrés. L’harmonie fait place au culte de la performance. La lourdeur du monde ne s’apaisera ni dans la méditation ni dans les exercices de Bob Tahri (né à Metz en 1978, supporter du PSG).

Nous avons besoin de nous enraciner dans ce qui nous dépasse. Les vrais saints ne se manifestent plus et ne répondent à aucun appel mystique. Le connectif remplace le collectif.

Qu’on nous rende la messe. Nous vivons actuellement une communion de la détresse (où même les plus réfractaires ont fini par faire des cakes), alors que nous avons follement besoin de mesurer l’étendue de nos liens. On persévère dans nos êtres dans l’unisson psychologique. Nous avons besoin de nous enraciner dans ce qui nous dépasse. Les vrais saints ne se manifestent plus et ne répondent à aucun appel mystique. Le connectif remplace le collectif. Alors que « Dieu se reconnaît à l’emploi des moyens les plus simples » (Malebranche). Qu’on nous rende le Roy – le réel a besoin d’être mis en scène pour être compris. Ce qui est représenté brille par son absence, c’est un substitut. De tous les néants, c’était le plus beau. Avoir du pouvoir, c’est donner du pouvoir. Nous avons, aujourd’hui plus que jamais, besoin de quelqu’un qui sache trancher. L’acte irréversible engage. Quelqu’un qui sache entendre le rapport de force et l’intolérance primitive. Comment se soumettre sans s’aliéner? Ne pas tout ramener à une commune mesure hypothétique. Il n’y a assurément pas de culture sans mémoire, pas d’humanité sans transmission et les morts gouverneront toujours les vivants. Aujourd’hui si la mémoire n’est pas une propagande, c’est un vulgaire ressenti. Nous devons renouer avec l’innocence, dans un juste équilibre d’appartenance et de liberté. La liberté n’ayant de sens que surveillée. Rien ne peut se créer dans la liberté totale ni nulle.

La période est le moment propice à l’installation d’un nouveau système de domination, qui n’aura ni mystique, ni perruque. La démocratie libérale a du mal à tenir, elle n’est faite que pour les milieux tempérés. Le post-corona (et mort de Chirac) sera-t-il le siècle des dictateurs? Le système est affaibli et la population sous contrôle. Ces dérèglements, plus ceux du climat, vont foutre un beau bordel. Qu’on nous donne un peu de beau. La contemplation nous libère temporairement des intérêts, par une espèce d’exigence. On vaut quand même plus qu’une déclaration d’impôts. L’identité ne devrait plus être définie par le travail encore moins par la position ou notoriété quelconque. L’argent c’est de la merde (Freud). Comme la pollution. Il faut faire monter, l’enjeu ou l’érection. La société est une publicité, fondée sur le scandale plutôt que sur la poésie. La poésie semble arriérée. On néglige l’inspiration et sa lutte.

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Il suffit qu’un moi s’exprime pour que tous les autres se sentent visés, proches. Communion sans fin de l’idiotie. On adopte le vocabulaire et on admet les préjugés. « L’homme éprouve ce qu’il imagine éprouver » (Gide). Le réel est l’imaginaire dans le domaine des sentiments. L’ataraxie se fera dans un long excès de sexe. Dans un style noir, une acceptation glaciale de la violence. La vie avance, d’erreur en erreur. Et il est toujours plus facile de se passer des choses que de perdre son temps à les acquérir. Néanmoins, nous avons besoin du monde pour nous cacher de nous-mêmes et des autres. La meilleure façon de luter sera sans morale avec un certain sens du jeu. Qu’on nous emmène n’importe où pour n’importe quoi. On a à nouveau très envie d’être transporté dans des lieux qui se passeraient très bien de nous. Se déplacer alors qu’on serait assurément mieux chez soi. Évasion dans l’enchaînement le plus absurde où toute pensée est action, mais il est bon parfois de pouvoir la déplacer. Tous les pays doivent perdre de leur mystère, et par là de leur pouvoir. On veut à nouveau pouvoir se lancer dans le vide, acheter dans des duty-free sans importance, et ne pas se sacrifier bêtement à ce qui donne prétendument de la valeur à la vie. Il faut que les frontières s’ouvrent à nouveau, pour pouvoir acheter de ce fameux papier toilette allemand, peu cher et de qualité extraordinaire. Le diable et la politique sont définitivement dans les détails d’importance.

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