[RECENSION] Les collabos américains de Vichy

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Charles Zorgbibe revient avec son talent habituel sur une période douloureuse de notre histoire. Mais il le fait sous un angle original : la collaboration américaine à Vichy.

 

Ce récit, parsemé de dialogues authentiques, est indispensable pour saisir le mépris de Roosevelt pour la France. Tandis que les Anglais prennent le parti du général de Gaulle, Washington fait le pari de la diplomatie humanitaire avec Pétain et Weygand. L’amiral Leahy, ambassadeur à Vichy et ami proche de Roosevelt, ainsi que son complice Robert Murphy, délégué du président en Afrique du Nord, échangent un soutien logistique avec le régime et la promesse que la France n’entre pas davantage dans la collaboration avec le Reich hitlérien.

 

 

Ce pari s’avère risqué puisque l’Allemagne presse le vaincu comme un citron. Mais il peut s’expliquer dans un premier temps dans la mesure où les États-Unis attendent l’attaque japonaise de Pearl Harbour pour se décider à combattre aux côtés de Londres. Plus étonnant, l’auteur montre que même après l’entrée en guerre en décembre 1941 et le débarquement de novembre 1942 en Algérie et au Maroc, les Américains font la chasse aux gaullistes qui avaient préparé leur arrivée et s’étaient saisi des points névralgiques d’Alger.

 

Les lois vichyssoises contre les Juifs d’Algérie continuent de s’appliquer et l’amiral Darlan, qui avait proposé ses services à Hitler à Berchtesgaden quelques semaines plus tôt, est adoubé par Eisenhower. Il venait de livrer la Tunisie aux Allemands et avait tenté de repousser les troupes américaines d’Afrique du Nord avant de se retourner in extremis. Pour de Gaulle, qui a été écarté de l’opération Torch, les vichystes d’Alger ont rejoué la partition de juin 1940 mais cette fois-ci avec les Américains.

 

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Certes, la collaboration de Washington avec Vichy évolue au gré de l’opinion publique américaine. Laquelle supporte mal le soutien apporté à Darlan puis au général Giraud. C’est à la veille de la présidentielle de novembre 1944 que Roosevelt se résout à reconnaître la légitimité du général de Gaulle, de peur qu’on ne lui reproche à nouveau sa complaisance avec Pétain.

 

L’IMBROGLIO : ROOSEVELT, VICHY ET ALGER
Charles Zorgbibe
De Fallois
490 p. – 24 €

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hdesuin@lincorret.org

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