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Qu’y a-t-il de plus incorrect que la poésie, aujourd’hui en France, hormis pratiquer la religion chrétienne ? Être assoiffé de métaphysique, chercher la réelle présence au-delà des apparences, après quatre décennies de déconstruction, de déréalisation de la présence – il y a une lutte en cours dans le langage.
La réelle présence, nous la trouverons dans le beau livre de Paul Guillon, La Couleur pure, qui s’ouvre par un voyage en Italie où il partage sa vision des ruines habitées par le bleu du ciel, la terre rouge et des oiseaux. Le poète questionne la signification que ces choses revêtent au moment où son regard les croise. Il pressent comment tout est signe et comment de son regard peut dépendre la traduction de ce texte d’éléments, de mouvements, qui semblent dire quelque chose. De cette traduction dépend le relèvement des ruines.
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Sommes-nous dans une métaphore héroïque, celle d’une conscience se donnant pour but la conjuration de la déconstruction ? Enfouies dans les ronces, se trouent des traces, des pierres, qui contiennent toujours, malgré le désassemblage, « le chiffre perdu de la beauté ». Le regard du poète peut transformer ces ruines en accomplissement et son art agir comme un flux revitalisant, un chrême reconstructeur. Cette faculté magique semble pourtant la plus naturelle qui soit en ce qu’elle porte la vision à intégrer les éléments grandeur nature dans la formation du paysage : « Colonnes brisées à mi hauteur (…) La lune pleine bouffie de lait / vient s’y poser en plein jour / comme pour cautériser la plaie. » Tel serait le regard généreux du poète qui a conscience de ce que le lan- gage doit opérer en termes de symbolisme intérieur. Alors reparaîtra la danse. En cette troisième saison de L’Incorrect, préparons-nous à danser le Verbe chaque mois. Lisez de la poésie, vous serez sauvé.

LA COULEUR PURE Paul Guillon
Ad Solem
96 p. – 14,90 €
Gwen Garnier-Duguy
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