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Reportage : mes nuits avec Nemesis

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22 novembre 2021

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Ce samedi, quelques jours avant la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, une grande manifestation était organisée par le collectif féministe #NousToutes à Paris. En réponse, pour dénoncer la duplicité de ce féminisme mainstream sur la question de l’immigration et de l’islam, les féministes identitaires du collectif Nemesis ont orchestré une spectaculaire contre-action, un peu en amont de la place de la Nation. Notre journaliste Ange Appino les a suivies 48h durant, depuis les préparations jusqu’aux réjouissances. Récit.
nemesis

« Je ne sais pas s’il reste du monde ». La voix se rapproche dans le couloir. Si, Alice, il reste du monde dans les locaux de L’Incorrect, à vingt heures un vendredi 19 novembre 21. Il y a un journaliste au rythme de vie suspect, qui a des articles à finir. Très vite, il y a d’autres gens pour lui tenir compagnie. Derrière Alice Cordier, la cheftaine du Collectif Némésis, les féministes identitaires et casse-cous que l’on ne présente plus, entrent une poignée de gaillards. D’autres suivent au compte-goutte. Ils sont bientôt une petite vingtaine. À leur entrée, celui qui semble les diriger leur fait éteindre leur téléphone et le déposer dans un sac. La réunion est sérieuse. Autour de l’open space, les visages oscillent entre nervosité et timidité. La plupart de ces hommes ne se connaissent pas, ou de loin. Ils sont venus par groupes de trois ou quatre de toute la France pour protéger l’action que leurs amies de Némésis entreprendront demain lors de la manifestation féministe Nous Toutes. À l’arrivée du cortège, parti de République, à Nation, une cinquantaine d’entre elles, aussi issues de toute la France, sortiront de deux cafés et brandiront des pancartes dénonçant le rôle des étrangers, et plus précisément des immigrés afghans, dans les violences faites aux femmes, sujet sur lequel elles trouvent les féministes mainstream, comme elles disent, un poil frileuses. Lors des deux éditions précédentes, Nemesis a mené des actions similaires. À chaque fois, des filles ont été frappées par des antifas. Cette fois, on prend des précautions. Surtout qu’elles seront sûrement attendues. Surtout que cette fois elles seront très nombreuses, ce qui risque de faire enrager la foule. Alors, ces hommes dans les locaux de L’Incorrect.


En pleine séance de maquillage (© L’Incorrect)

Les consignes sont données avec une clarté toute militaire. Quand les filles auront pris place et brandi leurs pancartes, il s’agira de former un cordon de protection autour d’elles. En repoussant le plus courtoisement possible ceux qui voudraient les attaquer. Surtout, pas d’armes. Surtout, pas de bagarre. Surtout, ne pas briser la cohésion du cordon, ce qui aurait les conséquences les plus désastreuses. Une fois que les filles seront exfiltrées par une rue adjacente, eh bien… il faudra tenir, le plus longtemps possible, le temps que la police arrive. Le journaliste, qui avait fait mine de ne pas en être, de finir ses articles – L’Incorrect est déjà assez gentil de prêter ses locaux pour la préparation de cette action – retire ses écouteurs et tend une oreille plus attentive. Après tout, c’est lui couvrira l’événement demain. Autant prendre de l’avance. Il regarde mieux les jeunes hommes à ses côtés, qui dépassent rarement les vingt ans. Des mines un peu patibulaires, non ? À leurs questions, à leurs plaisanteries sur les antifas, on devine l’habitude des manifs qui dérapent en bastons, et que ça ne les a pas trop dérangés. On devine aussi que l’attrait d’une cinquantaine de jeunes femmes de droite n’est pas pour rien dans leur ruée vers Paris. Il s’agira d’être chevaleresque… Notre journaliste sourit devant cet espoir naïf, il sait bien que les coups seront pour eux mais les femmes pour lui. Fidèles à eux-mêmes, les rires masquent mal une tension poisseuse. Demain, cette vingtaine de garçons changée en trentaine par quelques uns qui n’ont pas pu venir ce soir se jettera dans la gueule d’un loup de plusieurs dizaines de milliers de personnes. La réunion se termine, les bières commencent à tourner. Le journaliste, qui craint n’être pas assez à droite pour digérer les propos qui s’ensuivront, laisse-là ses futurs reportés. Poignées de mains douloureuses, porte qui claque.

Les Nemesis sont là depuis sept heures du matin, où elles se font maquiller par une professionnelle. L’objectif : les grimer pour leur action en femmes battues, afin de montrer sur leurs corps mêmes la violence que l’immigration inflige aux femmes

En repassant le seuil de L’Incorrect le lendemain vers onze heures, on respire une atmosphère autrement plus fraîche. Dans ces bureaux exigus habitués aux plaisanteries intolérablement vulgaires, la cascade des babillages d’une cinquantaine de jeune filles en fleur. Enfin, pas exactement en fleur. Les Nemesis sont là depuis sept heures du matin, où elles se font maquiller par une professionnelle. L’objectif : les grimer pour leur action en femmes battues, afin de montrer sur leurs corps mêmes la violence que l’immigration inflige aux femmes. Les filles arboreront un coquard, d’autres aussi une blessure à la bouche. Le résultat en jette de réalisme. Notre journaliste est accompagné d’un brave stagiaire encore un peu ébaubi de cette averse matinale de charme. On met de la musique, on danse parfois un peu, on papote, on compare l’heure à laquelle on s’est levée et le trajet qu’on a accompli. On est venue de Lyon, de Marseille, même de Brest, c’est dire si l’occasion est sérieuse ! Quelques garçons du service d’ordre sont déjà là, la glace se brise entre les demoiselles et leurs chevaliers servants du jour. Évidemment, la tension affleure sous cette gaieté à laquelle on aimerait pourtant se laisser prendre. Les mêmes questions se cognent contre les parois des crânes : quelles seront la violence et l’ampleur de la réaction des manifestants ? Combien d’antifas se trouveront parmi eux ? Pourra-t-on fuir une fois l’action terminée ? Le dispositif policier sera-t-il suffisant et son intervention suffisamment rapide pour éviter que la situation ne dégénère dans des proportions catastrophiques ? Y aura-t-il des gardes à vue ? On n’en peut plus d’attendre, on aimerait y être, que ça soit fini, boire enfin sous les néons de la soirée promise comme récompense. Les témoins que sont le journaliste et le stagiaire, à qui leur statut protégé ne permet aucune émotion autre que la curiosité, contemplent cette frénésie avec une vague envie.


On trompe l’attente comme on peut © L’Incorrect
La section marseillaise (© Collectif Nemesis)

Alice Cordier, qui court partout en bonne cheffe, prend cinq minutes pour discuter avec eux. Pour elle, le Collectif Nemesis, féministe, « a toute sa place dans la manifestation Nous Toutes, une manifestation féministe ». Elle dénonce malgré tout dans le féminisme mainstream de Nous Toutes « une misandrie dans laquelle Nemesis ne se reconnaît absolument pas » et une insistance sur « des combats anecdotiques comme ceux autour de la reconnaissance des organes génitaux féminins ». Le Collectif Nemesis préfère des combats vitaux pour les femmes. « On a fait quelque chose de simple en créant Nemesis : on a pris la pyramide de Maslow [concept inventé par le psychologue américain du même nom qui établit une hiérarchie des besoins humains, Ndlr] et on a vu que certains besoins de base n’étaient pas assurés pour les femmes, au premier rang desquels la sécurité dans l’espace public ». Or l’immigration, notamment afghane, qui risque de déferler sur la France depuis la prise du pouvoir par les Talibans dans le pays, menace cette sécurité. « La plupart des Afghans sont favorables à la lapidation des femmes », rappelle Alice. Ainsi, son combat complète celui des féministes classiques, et sa participation à la manifestation du jour n’est « ni une provocation, ni une incitation à la violence ». Elle ajoute : « Ce n’est pas de nous que viendra la violence aujourd’hui ». Face à cette violence qui menace, la dirigeante de Nemesis avoue sa nervosité, « mais à un moment il faut lâcher prise, autrement on ne fait plus rien ».

Lire aussi : Néo-féminisme : l’ennemi des femmes

À quatorze heures, les filles et les garçons s’apprêtent à partir vers Nation. Clémence, une membre de Nemesis passée par L’Incorrect lors d’un glorieux stage au printemps dernier, confie sa peur au journaliste devenu son ami, qui tente de la rassurer par des promesses qu’il n’est pas sûr de tenir, du style « journaliste ou pas, si j’en vois un qui s’en prend à toi, je lui saute dessus ».

En les voyant se diriger par frêles grappes vers le métro, impossible de taire l’inquiétude comme l’admiration. Elles sont maboules, avec leurs mètres soixante deux et leurs cinquante kilos toutes mouillées, d’aller se battre en plein cœur des terres ennemies, à Antifaland. Pour rester discrètes, elles se rendent par groupe de trois ou quatre dans deux cafés situés à l’embouchure de la place de la Nation. Les hommes qui les accompagnent font de même. Les petits groupes ainsi formés ne sont pas censés communiquer entre eux.


Encore Clémence, qui voulait une photo qui « montre qu'[elle] n’est pas si laide »

Pendant ce temps, dans un après-midi gris et froid, novembresque jusqu’à la caricature, les pancartes violettes de Nous Toutes défilent sur le boulevard Voltaire qui relie République à Nation. Les slogans sont ceux qu’on rabâche à tous les coins de réseaux sociaux depuis des années. Si vous n’y étiez pas, vous pourrez vous rattraper avec les stories Insta de vos amies de gauche parisiennes dans la vingtaine, cette race constituant sans surprise l’essentiel du cortège. Un char diffuse de la mauvaise musique club aux thèmes vaguement féministes, du genre « Not your Barbie girl » d’Ava Max (transgression de l’extrême), Caroline De Haas y trémousse ses chairs faisandées, bref, le festivisme bat son plein. Le journaliste de L’Incorrect a le méchant sourire de ceux qui sont au courant : comme ce sera drôle quand cette petite célébration consensuelle et narcissique sera bousculée, quand, dans quelques minutes, ces visages sucrés pâliront devant le fascisme et le retour des années 30, voire 40. Mais il faut avouer que l’ambiance est pour l’instant bon enfant, mis à part un poil d’hystérie dans la déclamation de certains slogans. Presque que des filles, quelques hommes castrés qui accompagnent pour la plupart leur petite amie, pas d’antifas en vue, ça sera peut-être plus facile que prévu, on est presque déçu. Au fond, parmi ces mots d’ordre qui glorifient les femmes, en font les éternelles victimes de l’histoire à travers une lecture néomarxiste et misandre qui s’ignore, on ressent plus de compassion que de haine. On regarde leurs visages, ce sont des filles dont on est ami, dont on est tombé amoureux. Parfois, on y perçoit une souffrance, une ferveur authentiques. Il est évident que certaines ont vécu pour de vrai des violences et trouvent avec ce mouvement le moyen que l’époque met à leur disposition pour les exorciser.

Presque aussi vite, des hommes masqués viennent au contact des gardes du corps des jeunes femmes, tentent d’arracher la banderole. Ils sont repoussés énergiquement, mais sans violence particulière

À 17 heures, on y est enfin. Le cortège marche sur Nation. À l’entrée des deux cafés, les Nemesis sont maintenant regroupées, prêtes à bondir. La tête du cortège les aperçoit, mais comme elles ont emballées leurs véritables pancartes dans du papier sur lequel sont inscrits des slogans consensuels, elle ne se méfie pas. Enfin, le signal est donné. Les filles se mettent en place, et déballent leurs véritables pancartes. On y voit des visages de femmes européennes de tout âge frappées et violées par des Afghans. Sur la banderole principale, on lit « La haine des femmes n’est pas un enrichissement culturel ». Le cordon de sécurité s’est lui aussi mis en place, fort à propos, car les insultes fusent déjà, dès les premières secondes. « C’est des racistes », « Il faut qu’elles dégagent ». Très vite, la foule hostile scande « Cassez-vous ! ». Presque aussi vite, des hommes masqués viennent au contact des gardes du corps des jeunes femmes, tentent d’arracher la banderole. Ils sont repoussés énergiquement, mais sans violence particulière. Le nombre de ceux qui tentent de s’en prendre à l’action gonfle, comme leur véhémence. Ils s’emparent des chaises des cafés, tentent de les lancer sur les filles. Des bouteilles de bière commencent aussi à pleuvoir. C’est à ce moment que les filles de Nemesis s’éclipsent en courant dans une rue étroite adjacente : leur opération a été filmée par plusieurs médias, il n’y a pas trop eu de casse (une fille a reçu une bouteille de bière dans les jambes et devra être soignée), l’objectif est rempli. Entretemps, notre journaliste, soucieux de s’immerger au mieux dans l’action et ayant trop lu sur la Révolution française pour ne pas en avoir gardé une certaine suspicion envers les lynchage par les foules parisiennes fanatisées, a rejoint les quelques garçons qui protégeaient Nemesis. Ce n’est pas très professionnel mais que voulez-vous, on est un homme avant d’être un journaliste.

Maintenant, reste cette trentaine d’hommes, face à tout un cortège qui les suit dans la ruelle où ils reculent lentement, tout un cortège rangé derrière de nombreux antifascistes, dont ceux de la Jeune Garde, et notamment leur porte-parole Raphaël Arnault. Il serait un peu facile de parler des Spartiates au Thermopyles. Pour le groupe des sales fascistes, il faut à tout pris garder la cohésion de la ligne, alors que la peur face à la marée des adversaire tenaille toutes les tripes. Si le dispositif est rompu, chacun prendra ses jambes à son cou, et c’est dans ce genre de situation que les drames se produisent pour ceux qui courent moins vite que les autres ou qui trébuchent. Qui sait comment finirait un homme qui serait pris seul par la foule déchaînée… Heureusement, s’il excelle dans le lancer de bouteilles, le militant antifasciste a trop peu lu le Lancelot de Chrétien de Troyes et les Trois Mousquetaires pour faire preuve d’un héroïsme trop virulent. Il vient assez peu au contact de la ligne adverse, et quand il le fait, il y reçoit un accueil frisquet qui ne lui donne aucune envie de revenez-y. Si quelques coups sans conséquence sont échangés, c’est quasiment toujours de l’initiative des antifas. Le chef de ceux qu’on pourrait qualifier de Nemesis boys hurle en effet au moindre début de débordement, fait régner une discipline de fer. Alors que la ruelle dans laquelle ils reculent débouche sur la rue du Faubourg Saint-Antoine beaucoup plus large donc beaucoup plus difficile à défendre, toujours pas la moindre trace de police.

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Vingt-deux heures trente, quelque part autour de grands verres de whisky, juste au bord de la Seine. Dans des coins du bar, coincées entre les tables, les silhouettes féminines se brisent déjà en rythme avec la musique, et laissent mieux groggies les garçons que les coups qu’ils recevaient quelques heures auparavant. Par chance, il y eu plus de peur que de mal. La police a fini par arriver. Deux hommes ont été touchés à la tête par des bouteilles et ont dû être recousus aux urgences. L’un d’entre eux a été aveuglé pendant une trentaine de secondes après le choc. Maintenant, il empoigne furieusement deux camarades et les entraîne dans une ronde endiablée sur « Freed from desire ». À droite et à gauche, les filles et les garçons dansent, discutent. Ensemble, ils ont sauté dans l’inconnu, pris des risques inconsidérés pour faire entendre leur voix. Plus que leurs revendications parfaitement légitimes, c’est ce petit moment d’héroïsme français qui donne à cette journée désormais endormie son goût sucré et brûlant, comme le Jack Daniels au miel qui cascade à toute berzingue le long d’une gorge. On voudrait qu’il en reste quelque chose, qu’un lien trempé de sang demeure entre ces garçons courageux et finalement bien plus intelligents que l’on avait bêtement jugé, la plupart sont des étudiants sérieux, et ces filles qui, si elles s’appellent Nemesis, méritent chaque jour davantage le nom d’Amazones. Comme prévu, le journaliste de L’Incorrect, qui commence à vanter les mérites de Roger Nimier avec une exaltation douteuse, signe certain d’alcoolisation, a en face de lui la plus charmante d’entre elles. Elle a dix-huit ans, un carré plongeant blond et déjà une bague à l’annuaire gauche. A-t-on idée, en 2021, d’avoir dix-huit ans ? Heureusement, ça lui passera. Elle confie avoir prié avant l’action pour la première fois depuis des années. Eh oui, le contact avec la possibilité, même lointaine, de la mort rappelle à la transcendance. Voilà ce qu’il faudrait pour repeupler les églises de France le dimanche, une action Nemesis chaque samedi. On lui explique ça avec plus de sérieux qu’elle ne croit nécessaire, et elle a tort malgré ses yeux gris-verts.


© Nemesis

Ensuite, la danse, la nuit. Bien plus tard, au moment de quitter la fête, un dernier vive la France, un dernier vive le roi, et puis on retrouve les démarches vacillantes sur les quais, les lumières vives sur la Seine. Il y a aussi encore quelques maillots bleus surmontés de bérets. Ah oui, il y avait ce soir un match entre la France et les Blacks ! On apprendra demain que les Bleus l’ont emporté avec la plus grande marge de leur histoire contre les Néo-Z, contre qui ils n’avaient connu que la défaite depuis 2009. Décidément, ce samedi 20 novembre fut une grande journée française.

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