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Romain Lopez (RN) : « En matière de santé, la ruralité est au pain sec et à l’eau »

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Publié le

17 juin 2022

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Maire de Moissac (RN), Romain Lopez a publié une vidéo pour dénoncer la fermeture du service des urgences de l’hôpital Castelsarrasin Moissac à compter du 1er juillet. Il a depuis décidé de porter plainte contre l’ARS pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Il nous explique pourquoi.
urgences

Pourriez-vous nous expliquer ce qui se passe avec les urgences dans le bassin rural de tout l’ouest du Tarn-et-Garonne ?

Depuis le mois de janvier, nos urgences fonctionnent en mode dégradé, c’est-à-dire qu’une régulation est mise en place de 20h à 8h. Les personnes qui souhaitent accéder aux urgences sonnent à l’interphone ou appellent le SAMU, et sont régulées en fonction de leur état. Soit elles sont effectivement envoyées vers l’hôpital de Montauban ; soit, si leur état n’est pas jugé vital, elles ne sont pas prises en charge et redirigées vers la médecine de ville. Ce mode de fonctionnement devait s’arrêter le 31 janvier mais il perdure dans le temps et sera généralisé à partir du 1er juillet pour tout l’été.

Y a-t-il un lien entre cette fermeture et la crise COVID ? Pourquoi est-ce décidé maintenant ?

Oui bien-sûr, et il y a aussi un lien avec le manque de personnel soignant. Il manque l’équivalent temps plein d’une quinzaine de médecins urgentistes, sans compter les infirmières. Pourquoi maintenant ? Je ne sais pas mais le fait est que nous sommes en période estivale, ce qui rend le problème d’autant plus grave parce qu’il fait chaud, que les gens se déplacent plus, qu’il y a des canicules, etc. Tout cela pose de vraies difficultés. Nous sommes dans une période qui n’est pas propice à ce type de restrictions – à vrai dire, je considère qu’aucune période n’y est propice.

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Au-delà de votre réaction sur Twitter, quelles démarches avez-vous concrètement entreprises pour éviter cette fermeture ?

J’ai été informé de cette fermeture la veille de mon tweet, par un mail du directeur départemental de l’ARS. Le directeur ne m’avait rien dit alors que je suis président du conseil de surveillance de l’hôpital ! J’ai donc souhaité déposer plainte pour mise en danger de la vie d’autrui contre l’ARS, jeudi matin. Pourquoi ? Parce que ce nouveau mode de fonctionnement pour faire face à la pénurie de médecins entraîne une sélection des personnes à l’entrée des urgences, et pourrait entraîner une guérison tardive voire des séquelles pour les personnes non-prises en charge, ou prises en charge trop tardivement.

J’ai appelé mes collègues maires à faire de même parce que l’hôpital est intercommunal. Le maire de Castel-Sarrazin l’a fait, tout comme le président de notre intercommunalité, et je pense que d’autres maires suivront le mouvement. J’ai également sollicité les personnes qui ne sont pas prises en charge et pour lesquelles il y aurait des séquelles, afin qu’elles déposent également plainte. Et aussi j’ai demandé une réunion d’urgence à madame la préfète pour trouver des solutions. La ville de Moissac ne fait pas que se plaindre, elle est aussi force de proposition.

Ce nouveau mode de fonctionnement pour faire face à la pénurie de médecins entraîne une sélection des personnes à l’entrée des urgences

À ce propos d’ailleurs, en septembre dernier, nous avions réuni en mairie le directeur de l’hôpital ainsi que du personnel soignant de l’hôpital pour leur proposer de mettre en place une petite structure qui traiterait les petits bobos et tous les soins immédiats (soin d’une entorse, attelle, points de suture, etc) pour désengorger les urgences. On savait qu’elles étaient déjà sous tension. Cette proposition avait séduit le directeur, mais il n’y a pas donné suite et aujourd’hui cette structure est ouverte à Montauban par des privés. Donc vous avez des médecins de ville et des infirmiers qui se sont regroupés et qui proposent ce service pour désengorger les urgences de Montauban et pallier à leur mode de fonctionnement dégradé – puisqu’à Montauban, le mode de fonctionnement décrit plus haut aura lieu la nuit. Il semblerait même que le projet de restriction h24 soit envisagé à Montauban. Mais cela reste encore à confirmer.

Pensez-vous que votre requête sera entendue compte tenu du contexte sanitaire français ?

Je ne pense pas qu’on va rouvrir totalement les urgences cet été. Je souhaite en tout cas qu’on trouve des solutions rapidement pour la continuité des soins de première urgence. Je pense toutefois que mon appel a quand même été entendu, puisque des maires ont déjà déposé plainte et que d’autres vont le faire. Et surtout, j’ai reçu un mail du directeur régional de l’ARS Occitanie, la plus haute autorité de santé de la région. Il s’est débrouillé pour se procurer mon contact par un tiers, puisqu’on ne se connaît pas du tout. Et il a souhaité venir à Moissac lundi 20 juin après-midi. En clair, ma prise de position gêne les autorités sanitaires, et c’est bien.

Lire aussi : Ségur de la Santé : charité pour l’hôpital

Pourquoi est-ce que ça gêne tant ?

Parce que nous mettons en exergue leur manque d’obligation en matière de santé et de sécurité. Un gouvernement qui n’est pas capable de soigner sa population est un gouvernement qui risque rapidement de devenir impopulaire. Et comme les directeurs d’ARS sont nommés en Conseil des ministres, la responsabilité incombe directement au gouvernement. D’où un impact politique d’autant plus important dans le contexte sanitaire actuel.

Cette fermeture est-elle symptomatique d’une désertion générale des services publics de santé dans les territoires ruraux ?

Nous manquons de plus en plus de médecins de ville ; nos services d’urgence ferment dans bien des lieux en métropole comme en outre-mer ; certains services déménagent, notamment de chirurgie ou de médecine, dans des hôpitaux qui sont implantés dans des combines – on va dire urbaines – multiples. En tout et pour tout, la ruralité est au pain sec et à l’eau en matière de santé, mais aussi de façon plus générale : dans l’Éducation nationale, des classes ferment ; la gendarmerie et la police manquent d’effectifs et de nombreux postes sont supprimés ; il y a une pénurie de pompiers professionnels, etc. Autant de phénomènes qui ont des conséquences dramatiques sur la santé, la sécurité et le bien-être de la population.

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