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Saint-Malo, ville dans le vent

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Publié le

14 décembre 2020

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La cité des Surcouf s’impose depuis quelques décennies comme une métropole locale idéale : productive, inventive et à taille humaine.

Dans les années 1980, passer ses vacances à Saint-Malo passait pour ringard aux yeux des Parisiens et y vivre encore plus. Heureusement, et on peut en féliciter son ancien maire centriste René Couanau, la Cité corsaire a bénéficié de certaines retombées de feu l’aménagement du territoire : un TGV qui la relie en 2 h 15 (au mieux) à la capitale via Rennes (c’est désormais plus rapide que d’aller à Deauville en train depuis Paris) ; une école de police qui contribue à en faire une ville sûre. Saint- Malo a aussi su séduire de nouveaux habitants par sa qualité de vie : restaurants de la famille Roellinger (Le Coquillage) et de Bertrand Larcher (Breizh Café), nautisme (Route du Rhum), événements culturels (festivals Étonnants voyageurs et Quai des Bulles)…

Les jeunes couples doivent opter pour l’habitat pavillonnaire dans les communes périphériques avec un regrettable effet d’étalement urbain au détriment d’espaces naturels et agricoles.

L’École de la Marine marchande a survécu aux restructurations et l’Université de Rennes 1 a implanté un important IUT dans la commune depuis 1994. En contrepartie, les prix de l’immobilier sont passés de 2 000 à 3 500 euros le mètre carré en quelques années. Trop souvent, les jeunes couples doivent opter pour l’habitat pavillonnaire dans les communes périphériques avec un regrettable effet d’étalement urbain au détriment d’espaces naturels et agricoles.

Lire aussi : La grande pitié des bourgs ruraux

Aujourd’hui Saint-Malo affiche 46 000 habitants au compteur et 83 000 en comptant l’agglomération (Cancale, Saint-Méloir-des-Ondes…) qui s’étend jusqu’à la baie du Mont-Saint-Michel. Chose rare en Bretagne, Saint-Malo, il est vrai ville de commerçants et de résidences secondaires, vote à droite et n’a pas succombé lors des élections législatives et municipales aux charmes déjà désuets du macronisme. Mais Saint-Malo est aussi victime de son succès et son centre-ville historique, reconstruit à 70 % après les bombardements américains de 1944, est livré aux investisseurs adeptes des plates-formes de location de courte durée. « Le nouvel attrait de Saint-Malo a un prix, confie Michel Leguéret, le dynamique président de l’Alliance souverainiste de l’estuaire de la Rance, celui de l’urbanisme intensif orchestré par le maire sortant Claude Renoult. Prétextant un nécessaire repeuplement de la ville, on a cassé, détruit des pans entiers de patrimoine pour la satisfaction des promoteurs et la frustration des Malouins. L’ancienne municipalité l’a d’ailleurs payé au prix fort puisque, le maire ne souhaitant se représenter après des soupçons de scandale immobilier, son héritier politique a été balayé au premier tour des municipales. »

Saint-Malo a vu se développer ces dernières décennies quelques belles aventures entrepreneuriales. C’est le cas du groupe de prêt-à-porter Beaumanoir, 4 400 salariés, fondé en 1985 et qui possède les marques Cache-Cache, Bonobo, Morgan et La Halle. C’est aussi le cas du groupe chimique Roullier, 8 000 salariés, fondé en 1959 à Saint-Malo avec un positionnement de premier plan en matière d’engrais agricoles. Citons enfin le groupe Raulic, axé sur la thalassothérapie et l’hôtellerie.

Saint-Malo reste avant tout une ville commerçante et de passage, comme elle l’a toujours été depuis le Moyen Âge.

Si la « grande pêche » à la morue sur les bancs de Terre-Neuve n’est plus qu’un souvenir, des chalutiers malouins continuent de travailler en mer d’Irlande et dans la baie du Mont-Saint-Michel, tandis que l’arrière-pays est toujours réputé pour ses cultures maraîchères. Saint-Malo reste avant tout une ville commerçante et de passage, comme elle l’a toujours été depuis le Moyen Âge. Elle est connectée par des liaisons maritimes régulières avec la ville anglaise de Portsmouth et l’île anglo-normande de Jersey. Pour paraphraser Chateaubriand, son plus illustre fils, disons que tout a changé à Saint-Malo, hors les vagues qui changent toujours.

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