Depuis l’invasion de l’Ukraine sur ordre de Vladimir Poutine en février 2022, l’Union européenne a adopté douze trains de mesures restrictives à l’encontre de l’économie russe avec l’objectif légitime de contrecarrer l’effort de guerre du Kremlin tout en pénalisant le moins possible les citoyens et entreprises européennes. Ces sanctions sont venues s’ajouter à celles déjà prises suite à l’annexion de la Crimée en 2014.
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S’il est impossible d’évoquer l’ensemble des mesures, certaines étant d’ailleurs symboliques, nous pouvons en dessiner les principaux contours. L’Europe impose des restrictions à l’importation (matières premières, charbon, acier, etc.) mais aussi à l’exportation : les produits dits « à double usage » (susceptibles d’être utilisés dans les domaines civil et militaire) sont interdits, tout comme les technologies de pointe ou les produits chimiques, et un certain nombre de services tels que la comptabilité, le conseil informatique ou les logiciels de conception industrielle.
Un effort important a aussi été mené dans le secteur énergétique, notamment sur le pétrole. L’Union européenne et le G7 ont, depuis décembre 2022, instauré un embargo sur les exportations de pétrole russe par voie maritime. Non seulement l’UE a réduit de 90 % son approvisionnement en pétrole et produits raffinés depuis la Russie, mais elle et le G7 ont décidé un plafonnement du prix du baril de pétrole à 60 dollars, pour l’empêcher de tirer profit de prix élevés.
L’Union européenne et le G7 ont, depuis décembre 2022, instauré un embargo sur les exportations de pétrole russe par voie maritime.
Enfin, plusieurs sanctions concernent le secteur bancaire. Depuis 2022, dix banques russes et quatre biélorusses ont été exclues du système d’information SWIFT. Il s’agit d’un service de messagerie qui regroupe onze mille établissements financiers dans le monde. Cette exclusion complique sérieusement la possibilité pour ces banques d’effectuer des paiements internationaux, et donc d’accéder aux liquidités dont elles ont besoin. Conjointement, 300 milliards d’euros d’actifs de la Banque centrale de la Fédération de Russie ont été gelés, limitant ainsi sa capacité à financer l’effort de guerre.
Des sacrifices ciblés en France
Les sanctions adoptées à l’égard de la Russie ont eu des conséquences relativement limitées sur les exportations françaises. D’après le CEPII, seules 3 % des entreprises françaises exportent vers la Russie. Trois secteurs sont principalement touchés : le matériel de transport, la chimie et les machines. Les restrictions ont bien touché ces secteurs puisque la valeur des exportations en direction de la Russie a été divisée par deux entre 2021 et 2022, mais les entreprises françaises ont aussi trouvé de nouveaux partenaires commerciaux comme le Kazakhstan (+85 % d’exportation) ou le Kirghizstan (+44 %). Néanmoins, ces partenariats constituent parfois un moyen de contournement des sanctions. Ainsi, les échanges entre la Russie et l’Arménie ont augmenté de 92 %. Cette dernière est devenue soudainement une importante zone de transit pour certains produits frappés de sanctions : les équipements automobiles représentent 12 % de ses exportations alors qu’elle n’en produit presque pas sur son sol.
Les nouveaux partenariats d’importation ont également suscité quelques polémiques. En juillet 2022, pour diversifier ses approvisionnements en gaz, l’UE a par exemple signé un nouvel accord avec l’Azerbaïdjan, alors même que ce pays mène lui-aussi une guerre de conquête en Arménie. Pour aider l’Ukraine, l’UE a aussi suspendu droits de douane et quotas sur leurs produits agricoles. En 2023, 230 000 tonnes de poulets ont ainsi été importées (+230 % par rapport à 2019). Cette décision a été largement dénoncée par les agriculteurs ces dernières semaines qui y voient une concurrence déloyale : le prix moyen du kilo de filets de poulet ukrainien est deux fois moins cher que le prix français. Qu’il est curieux de défendre les frontières ailleurs en abolissant les siennes.
Ainsi, les échanges entre la Russie et l’Arménie ont augmenté de 92 %. Cette dernière est devenue soudainement une importante zone de transit pour certains produits frappés de sanctions : les équipements automobiles représentent 12 % de ses exportations alors qu’elle n’en produit presque pas sur son sol.
Enfin, la guerre demeure coûteuse pour la France qui aide l’Ukraine principalement de trois manières : la cession de matériel d’armement (canons Caesar, systèmes anti- aériens Crotale, munitions, etc.), la formation des soldats (plus de 7 000 soldats formés) et la mise en place de différents mécanismes financiers nationaux ou européens. Au total, la France a versé plus de 3,2 milliards d’aide depuis le début du conflit, ce qui en fait le deuxième contributeur européen.
Les Russes se tournent vers la Chine
Deux ans après le début du conflit, force est de constater que les résultats sont plutôt mitigés du point de vue de l’affaiblissement de la Russie. Après une année de récession en 2022 (-1,2 % d’après l’Agence nationale des statistiques), le PIB russe a augmenté de 3,6 % en 2023.
À court terme, l’économie russe s’est plutôt bien adaptée aux sanctions européennes grâce à l’expansion spectaculaire de son industrie de défense. Plus de 500 000 Russes ont déjà rejoint ce secteur qui représente 30 % des dépenses de l’État – mais que leur reste-t-il pour la protection sociale, l’éducation ou la recherche ? Même si le déficit reste limité (1,9 %), les perspectives à long terme demeurent incertaines. L’inflation notamment (+7,4 % en 2023) a poussé la banque centrale à rehausser drastiquement son taux directeur (16 %), limitant de fait les investissements.
À court terme, l’économie russe s’est plutôt bien adaptée aux sanctions européennes grâce à l’expansion spectaculaire de son industrie de défense.
À cause des réquisitions, des secteurs entiers comme l’agriculture connaissent des difficultés d’embauche. Enfin, la Russie doit faire face à une pénurie de composants électroniques comme les semi-conducteurs qui touche fortement des secteurs comme la défense ou l’électroménager. Même limité, plutôt pensé sur le moyen terme, l’impact des sanctions est donc indéniable et a poussé la Russie à revoir sa stratégie.
Pour compenser ces effets, le pays s’est tourné vers de nouveaux partenaires. La Russie a redirigé la quasi-totalité de ses exportations de pétrole vers l’Asie. Alors que l’Europe représentait auparavant 40 à 45 % du volume des exportations dans ce domaine, la Russie se tourne aujourd’hui à 50 % vers la Chine et 40 % vers l’Inde. Reste qu’en août 2023, les recettes du gouvernement russe provenant du pétrole ont été inférieures de 33 % à celles de l’année précédente. Au niveau du gaz, la situation russe est délicate. Si les exportations vers l’Asie ont augmenté depuis 2021 (+7 % vers la Turquie par exemple), elles n’ont pas compensé la chute des exportations vers l’Europe. À long terme, Moscou espère négocier avec la Chine la création d’un nouveau gazoduc, Force Sibérie 2, qui permettrait à la Russie de livrer 98 milliards de mètres cubes de gaz à son voisin en 2030.
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Au niveau bancaire et financier, la Russie s’est également tournée vers la Chine. Exclues du système SWIFT, une trentaine de banques russes ont intégré le réseau CIPS (cross-border interbank payment system) développé par la Chine pour les paiements transfrontaliers en yuan. Plus largement, d’après un rapport du CEPII, la Russie a depuis quelques années largement « dédollarisé » son économie. En prévision des sanctions, la Banque centrale russe avait, avant l’invasion, sensiblement diversifié ses réserves de changes. Fin 2022, 22 % des réserves étaient détenues en or et 17 % en yuan. Malgré ces précautions, la Russie éprouve des difficultés à maintenir son taux de change : un euro vaut aujourd’hui cent roubles, contre soixante à l’automne 2022.





