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Sans figure paternelle, le clan prime

Le syste?me familial occidental ne plie pas seulement sous les coups de sa propre de?ge?ne?rescence: il est aussi grand-remplace? par des syste?mes importe?s ou? le ro?le du pe?re est englobe? dans une soupe clanique.

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Quoiqu’en pensent les féministes, jamais avares de critiques acerbes envers ce qu’elles nomment génériquement le patriarcat – comme si celui, dans la vieille Europe, avait un jour eu quelque chose à voir avec celui qui opère de l’autre côté de la Méditerranée– le modèle occidental de la famille nucléaire (monogamique, exogamique et hétérosexuelle), avec une figure du père bien comprise, est celui qui a le plus fait ses preuves pour la bonne tenue sociale. Traditionnellement – sans que ces deux pôles ne soient jamais absolutisés – et alors que la mère incarne l’affection sans conditions et civilise par l’amour, le père a pour rôle d’éduquer à la liberté l’enfant, né barbare sans prise sur ses pulsions. Interface entre le foyer et le monde, il incarne la loi et doit faire sentir à sa progéniture ce qu’il est bon de ce qu’il est déconseillé de faire, pour survivre et prospérer dans le monde, au milieu des autres. Le père humanise par l’inculcation de la norme et du devoir-être, par l’apprentissage donc de la frustration.

Le père humanise par l’inculcation de la norme et du devoir-être, par l’apprentissage donc de la frustration

Et il est difficile de ne pas voir dans cette très saine répartition des rôles, tout droit sortie des Évangiles, le modus operandi qui permit à l’Occident de devenir la civilisation de la liberté et de la responsabilité individuelle (certes déréglées), quand tant d’autres parties du monde restent engluées dans l’autoritarisme le plus vil.

Sans père, la chienlit ou la tyrannie

Car sans patriarcat à l’occidentale, tout part à vau-l’eau – ainsi que le démontre la délinquance sur notre sol. Si tout un tas d’études américaines ou norvégiennes tracent un lien très clair entre l’absence de pères et le devenir violent des jeunes enfants, les sociologues français sont plus réticents en la matière. La structure familiale, donc le rôle du père, n’en reste pas moins un facteur déterminant. Dans Le Déni des cultures (2010), Hugues Lagrange s’est intéressé à la surreprésentation des enfants d’Africains originaires du Sahel dans la délinquance. S’il récuse la thèse d’une absence des pères, il pointe parmi d’autres facteurs l’incapacité de ces familles à basculer dans le schéma nucléaire : le père y fait preuve dun autoritarisme forcené (qui n’est pas sans lien avec la mise en avant d’un islam rigoriste) sans toujours être respecté, la femme est complètement dépréciée et sans autonomie, le « schéma » nucléaire ne fait aucune place aux « pères classificatoires » (les oncles) si importants dans la culture d’origine.

Lire aussi : Édito : qui a tué le père ?

Spécialiste de la délinquance juvénile, le pédopsychiatre Maurice Berger a lui beaucoup travaillé avec des mineurs issus de l’immigration maghrébine. Il pointe du doigt le fonctionnement clanique des familles concernées : dominé par un patriarche ou une matriarche, chaque sujet est complètement absorbé dans le groupe (au point que les jeunes ambitionnent de vivre dans l’appartement familial), sans existence propre. Le chef de famille ne travaille plus au développement personnel de chacun mais à la perpétuation du clan. Les jeunes n’abordent jamais les relations sociales de personne à personne, mais de groupe à groupe. Les règles du clan priment dès lors sur la loi commune.

En clair, sans père qui remplisse ce rôle d’éducateur, qu’il soit donc ou absent, ou féminisé, ou tyrannique, la vie sociale s’en trouve directement percutée, et l’autorité régalienne doit dès lors compenser ces manquements en strict proportion par une plus grande répression, au point de tyranniser et de soumettre – le totalitarisme communiste a frénétiquement détruit la famille, et le père, pour imposer l’ordre du tyran ; la carte de la polygamie (Afrique du nord, subsaharienne et centrale, Moyen Orient et Asie du sud-ouest) recoupe étrangement celle de l’autocratie. En somme : pas de libertés sans bons pères, mais beaucoup de sauvageons et donc de surveillance.

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