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Sartène défend l’héritage napoléonien

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Publié le

30 juillet 2021

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Du 23 au 25 juillet, les « Rencontres Napoléoniennes » organisées par la municipalité de Sartène ont été consacrées au legs de l’Empereur. Une dizaine de conférenciers a participé à cette nouvelle édition, qui tend à faire de la ville la cité napoléonienne par excellence. De ses origines également sartenaises et de son parcours, des institutions créées et des victoires militaires indépassables, tout l’enjeu était de comprendre l’univers du « plus puissant souffle de vie qui jamais anima l’argile humaine », comme le dira Chateaubriand. Reportage.
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En dépit d’un temps caniculaire, il était question de rafraîchir les âmes en abordant l’héritage napoléonien par différents chemins : l’Antiquité grecque et romaine, la littérature, Chateaubriand, le Code civil, la Légion d’honneur, les commémorations depuis 1969, la poésie ou encore l’insularité. Les Rencontres Napoléoniennes sont cette entreprise un peu folle lancée il y a plus de six ans par Paul Quilichini, le maire de la commune, son premier adjoint, Bertrand d’Ortoli, avec l’aide précieuse d’Antoine-Baptiste Filippi et d’Olivier Battistini.

C’est d’ailleurs ce dernier qui a usé des trois coups du Brigadier pour lancer officiellement cette édition. Dans un texte puissant, le spécialiste de la Grèce antique, auteur d’un livre de collection (L’Artilleur/Bernard Giovanangeli), est revenu sur l’héritage et sur ce que Napoléon nous dit de nous-mêmes : « À tous les moments décisifs, Napoléon est le défenseur de l’égalité. Le Code civil la consacre. Au-delà de cela, le poète de l’action, le politique, la puissance, la grandeur. L’idée du politique, l’idée du beau et du tragique. L’héritage de Napoléon, c’est le rêve de la grandeur. En parler induit une approche métapolitique : l’idée d’un pouvoir partagé avec un peuple en armes, l’idée de l’affrontement Terre/Mer et de la dialectique qu’il suppose. L’idée que les civilisations s’affrontent nécessairement – être libre c’est commander aux autres – et qu’elles sont mortelles. Dans le tableau de Maurice Réalier-Dumas, « Bonaparte aux Tuileries – 10 août 1792 », Napoléon médite sur la nature éphémère des empires et leur chute nécessaire. Aujourd’hui, d’autres empires s’éteignent : « Les Barbares se sont infiltrés dans les défenses, ils sont installés dans nos murs. Ces signes sont ceux de la prochaine nécropole. Le Bourreau attend. Paraîtront bientôt les vautours. » Les grandes natures sont en proie à la mélancolie – la mélancolie ou la lucidité ? Ce qui revient au même comme le souligne Sylvain Tesson à propos de Jean Raspail ».

D’une île à l’autre, qui distinguera le politique du rêveur, le latin du breton, le nostalgique du pragmatique ? D’outre-mer et d’outre-tombe, Chateaubriand en héritier du corsaire Surcouf dépeint l’aboutissement de l’homo strategicus selon la formule de Guibert

Le thésaurus peut s’ouvrir et parcourir de A à Z tous les éléments de la pensée napoléonienne : Jérôme Besnard, journaliste à L’Incorrect et auteur de La Droite imaginaire : de Chateaubriand à Fillon (Éd. du Cerf), explore les liens entre Bretagne et Corse, entre Saint-Malo et Sartène, entre l’auteur des Mémoires et l’Empereur. D’une île à l’autre, qui distinguera le politique du rêveur, le latin du breton, le nostalgique du pragmatique ? D’outre-mer et d’outre-tombe, Chateaubriand en héritier du corsaire Surcouf dépeint l’aboutissement de l’homo strategicus selon la formule de Guibert.

C’est au tour du doctorant de l’Université de Corse, François Santoni, de revenir sur le Précis des Guerres de César commenté par Napoléon à Sainte-Hélène. Napoléon livre son analyse, compare la situation de Rome avec celle de son époque tout en se permettant de critiquer César sur certaines de ses erreurs. Cet héritier est dur avec son lointain prédécesseur comme nous pouvons l’être avec lui aujourd’hui ! Clap de fin pour cette première soirée sous les étoiles au sein du théâtre de verdure.

Lire aussi : Sartène, capitale de l’héritage impérial !

Le lendemain soir, Daniel Polverelli aborde l’influence des ordres napoléoniens dans le monde entier : « Son héritage est considérable, il rayonne encore aujourd’hui à travers les cinq continents ». Du monarque absolu au dictateur et encore plus au sein des démocraties occidentales et orientales, Napoléon continue de fasciner. La seconde intervention, de Laetitia de Witt, est consacrée au fils légitime, l’Aiglon, dont la courte vie sera mise en lumière par Victor Hugo et Edmond Rostand. Napoléon n’aura guère vu ce fils quasiment captif lui-aussi au sein de sa famille maternelle, celle des Habsbourg d’Autriche.

Jacques-Olivier Boudon, toujours avec le même brio, enchaîne avec le thème des commémorations relatives à l’Empereur. 2021 achève en effet le cycle des festivités liées au bicentenaire, débutant en 1969 avec la cérémonie organisée par le Président Pompidou à Ajaccio. Avec force, Jacques-Olivier Boudon démontre l’évolution des perceptions jusqu’à Emmanuel Macron. En ligne de mire : l’absence de commémorations pour célébrer Napoléon ou encore Austerlitz sous Jacques Chirac. Enfin, la dernière soirée des Rencontres, avec Anna Moretti, aborde l’influence de Napoléon dans la littérature russe : Pouchkine et Dostoïevski manifestent par une farouche adversité une certaine admiration pour celui qui faisait trembler les Grands.

Lire aussi : Autour de Napoléon : le politique, la puissance, la grandeur

David Chanteranne dévoile les héritages personnels de Napoléon : « Retenons la date du 10 avril 1821 car l’Empereur, qui est encore lucide à ce moment-là, la maladie n’ayant pas encore fait son œuvre, va réfléchir à ce qu’il va laisser à la postérité. Il lui revient en mémoire les héritages successifs qui ont été les siens, de sa jeunesse corse jusqu’à l’exil de Sainte-Hélène. Et ce 10 avril, Montholon écrit : « L’Empereur m’a parlé aujourd’hui de son testament. J’ai cherché à lui donner l’espoir que cela serait une précaution inutile mais il a persisté et a dit : « Je l’écrirai demain si le mieux continue… » Et c’est ce qu’il fait ! En creux, il laisse à la postérité les trois types d’héritage qui ont été les siens ; l’héritage familial, la généalogie des Bonaparte, ses origines italiennes. Ce nom de Bonaparte, de bon parti… et surtout Sartène dont il garde un souvenir émouvant. Son prénom aussi, Napoléon qui fera l’objet de railleries à Brienne. Il affiche son prénom en étendard, ce prénom sera sa fierté. Le second n’est pas souvent évoqué, c’est l’héritage paoliste : « Je naquis quand la patrie périssait, 30 000 français vomis sur nos côtes… » Il conservera pour Paoli une admiration et une affection tout au long de sa vie. Quel est le premier élément qu’il demande à être reproduit dans un tableau pour évoquer les débuts de sa campagne victorieuse en Italie ? Ce n’est pas Lodi qui lui a permis de devenir le « petit caporal » de ses armées. Il intime l’ordre à Antoine-Jean Gros de représenter le passage du pont d’Arcole. Un pont ! Ponte Novu ! Il efface l’humiliation suprême car il a décidé que c’est ainsi que devait s’écrire l’histoire qui déterminera son image à travers les siècles. C’est ça l’héritage paoliste. Au moment du Sacre, pense-t-il que l’affront fait aux Corses est effacé ? Un Corse est entré parmi les monarques, il le dira d’ailleurs : « Les monarchies et les monarques des Europe coalisées avaient vu qu’un Corse s’était assis au milieu d’eux et à partir de ce moment-là, ils n’eurent qu’une seule volonté, le faire descendre de son piédestal ». Dernier héritage, le plus évident sans doute, son insularité. » L’insularité qu’incarnera charnellement Napoléon, l’insularité comme politique, l’insularité comme foyer perturbateur des plus vastes ambitions.

« Ce qu’il y a de plus beau chez Napoléon, ce n’est pas qu’il est un Dieu qui s’incarne en un homme comme Jésus mais c’est un homme qui s’incarne en un homme, c’est-à-dire qu’il réalise le potentiel humain et c’est en cela qu’il est surhumain. »

Gilles Wauthoz

Et cette ambition, c’est assurément Gilles Wauthoz, ce jeune poète belge originaire de Bruxelles, qui l’a magnifié à son point culminant. Romantique et romanesque, doté de l’esprit courtois et chevaleresque, Gilles Wauthoz est la grande découverte de ces Rencontres Napoléoniennes par son intervention lyrique digne d’un opéra de Verdi : « Ce qu’il y a de plus beau chez Napoléon, ce n’est pas qu’il est un Dieu qui s’incarne en un homme comme Jésus mais c’est un homme qui s’incarne en un homme, c’est-à-dire qu’il réalise le potentiel humain et c’est en cela qu’il est surhumain. On voit bien à cette lumière que notre héritage est encore à venir. Notre héritage est au futur comme toutes les choses essentielles de la terre. À nous de nous en montrer dignes afin d’en recevoir l’éclat car comme le disait René Char, notre héritage n’est précédé d’aucun testament… »  

Pour conclure ces trois soirées de magie napoléonienne, Michel Vergé-Franceschi est revenu accessoirement sur les origines sartenaises des Bonaparte. Plutôt polémique, le professeur émérite à l’Université de Tours s’est montré plus convaincant avec l’évocation de l’esclavage : « C’est assez terrible de reprocher cela à un homme alors que c’est une société qui en est responsable. Quand Pascal Paoli reçoit en 1765 James Boswell qui est un esprit éclairé, un représentant de la Grande Loge d’Angleterre, il lui offre du chocolat chaud servi dans de la porcelaine de Saxe, le tout se trouve dans un plateau en argent aux armes de la Corse. Le chocolat, tout comme le sucre étaient produits par des personnes noires. Napoléon a subi cette réalité. »

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