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Sélectron : 9 albums de folk pour passer l’hiver

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Publié le

9 novembre 2020

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Parce que la folk ne se résume heureusement pas à Bob Dylan et à Joan Baez, le Sélectron vous a concocté un petit florilège d’albums folk incontournables, histoire de reconfiner à l’ombre du terroir.
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Joanna Newsom, Ys (2006)

Avec sa voix haut-perchée, ses manières d’elfe boboïde et son talent insolent de multi-instrumentiste, l’américaine Joanna Newsom a de quoi énerver. Mais foin des râleurs et des aigris : elle signe avec Ys son grand œuvre, un monument de pop/folk à la fois éthéré et complexe, porté par des arrangements chatoyants qu’on doit au grand Van Dyke Parks et par une production léchée qui n’oublie pas la moindre note de cymbalum. En nous narrant les légendes de la cité engloutie d’Ys, Newsom livre une invitation au voyage inépuisable et dresse en seulement cinq morceaux une ode vibrante au passé mythique de l’Europe. Indispensable.


Current 93, Island (1991)

Lorsque David Tibet, l’inquiétant shaman de Current 93, passe ses vacances en Islande, ce n’est pas pour faire le tour de l’île en vélo : il s’entoure des meilleurs musiciens locaux (Björk, HilmarÖrn Hilmarsson, Sugarcubes), rameute ses habituelles et talentueuses collaboratrices (géniale Rose Mc Dowall) et signe sans crier gare un de ses disques les plus aboutis : une heure de folk ténébreuse qui a toutes les allures d’un rêve opiacé, d’une montée de mescaline, d’un trip sans retour au pays des volcans et de la terre noire. Culminant avec des morceaux à la mélancolie presque insupportable (Passing Horses) et quelques incises de pure étrangeté new wave (Fields of Rape and Smoke), Island est une drôle de pierre d’angle confidentielle dans la discographie pléthorique du groupe anglais.

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Ulver, Kveldssanger (1995)

Les norvégiens d’Ulver sont passés en quelques années d’un black metal virtuose et cradingue à une sorte d’électronica arty qui leur a ouvert les portes des défilés de modes et des happenings au Palais de Tokyo. Entre les deux, cet album de pure folk scandinave brille comme un joyau noir, austère, et prouve leur parfaite maîtrise de tous les styles : nappes brumeuses de guitares acoustiques, chœurs lointains et crescendos fugaces qui brillent comme autant de soleils derrière les noires frondaisons. Pluvieux, terreux, mais aussi étrangement lumineux et apaisé, on respire l’humus gras des forêts primaires dès les premières notes de cette indémodable galette.


Hako Yamasaki, Tobimasu (1975)

Au Japon, la folk est presque systématiquement teintée de dépression et d’alcoolisme : la musique d’Hako Yamasaki s’inscrit totalement dans ce spleen typiquement nippon. Ici la chanteuse et parolière accumule les chansons de rupture avec une ferveur qui laisse songeur : sa voix brisée, parfois suppliante, parfois toxique, laisse entrevoir des bars vides, des traces de verres à whisky sur des comptoirs abandonnés, des villes hantées par la solitude. Soutenue par des arrangements minimalistes qui touchent juste, son chant est un fil d’ariane jazzy qui nous conduit d’un bout à l’autre d’un voyage immobile. Une merveille qui a tous les atours d’une dernière cuite avant l’extinction des feux.

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Wovenhand, Mosaic (2006)

Wovenhand ne s’intéresse pas vraiment aux étiquettes : fondé sur les cendres de 16 Horsepower, le groupe de David Edwards a inventé son propre style, un mélange vénéneux de rock atmosphérique et de folk psyché, tendu comme un slip de mineur du Colorado, ventilé par des chœurs inspirés qui convoquent autant l’héritage amérindien que la mystique chrétienne. Puissant, captivant dans ses moindres ponctuations de banjo ou de violoncelle, et porté par la voix unique d’Edwards, quelque part entre Nick Cave et Michael Gira. Mosaic porte bien son nom et en impose par sa variété d’ambiances et son époustouflante tenue harmonique.


Sibylle Baier, Colour Green (1970)

Drôle de destin : au début des années 70 l’allemande Sybille Baier enregistre toute seule un album de folk mélancolique et visionnaire, qui restera dans ses tiroirs jusqu’à que son fils le grave sur un CD 30 ans plus tard et le fasse circuler sous le manteau. Immédiatement, l’album devient culte et s’offre le luxe d’une parution officielle en 2004 : il faut dire que le songwriting de Baier est étonnamment moderne et que ce Colour Green donne l’impression d’avoir été composé hier, bien loin des mièvreries hippies qui encombraient la folk des années 70.


Matt Elliott, Drinking Songs (2004)

Matt Elliott fait de la folk et il est anglais : on sait déjà qu’on ne va pas trop se marrer. Et en effet, ce Drinking Songs ne fait pas dans la dentelle, niveau dépression et dipsomanie fatale. Une collection de perles suicidaires, mais à la beauté stupéfiante. Une voix sur le point de succomber, une guitare entêtante et des touches discrètes d’harmonium pour parachever ce « paysage mauvais », comme dirait Tristan Corbière. A siroter en bonne compagnie et avec une réserve conséquente d’alcools rares.

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Stille Volk, Satyre Cornu (2001)

La France n’a pas une grande tradition folk récente, c’est le moins qu’on puisse dire, mais lorsqu’on en fait, ce n’est pas à moitié : inspiré par Malicorne et par le métal, Stille Volk rend hommage au folklore occitan et livre avec ce disque une synthèse parfaite d’influences et de virtuosité instrumentale : vielle à roue, chalémie, dulcimer, psaltérion et voix psalmodiée tissent une gigue endiablée qui nous propulse aux confins des âges. A réserver aux rôlistes et aux buveurs d’hypocras.

https://www.youtube.com/watch?v=EU0BptsZq6U

Ianva, Dissobedisco ! (2006)

Impossible de parler de folk sans évoquer la néo-folk épique et solaire de Ianva, collectif italien fondé en 2003 et qui explore depuis 4 albums tout l’imaginaire futuriste des années 20, invoquant au passage les ombres tutélaires de D’Annunzio, Pasolini et Julius Evola. Premier album et premier chef d’œuvre, Dissobedisco ! sonne à la fois comme un cabaret funèbre et un manifeste désabusé, porté par des cuivres morriconiens en diable et par la voix inimitable de Renato Carpaneto. A la fois martial et über romantique, lardé ici et là d’entailles post-rock qui confinent au sublime. De quoi fêter la fin du rêve européen sur un baril de poudre.

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