S’il y a bien une chose que l’on peut retenir du confinement, c’est qu’il est plus agréable de vivre enfermé dans un espace agréable et ordonné. Une philosophie qui anime Sophie Labat, laquelle a abandonné son métier pour aider les familles, souvent nombreuses, à vivre dans un foyer adapté à ses occupants.
« L’idée est de faire connaissance avec les gens, de voir comment ils vivent, ce dont ils ont envie. Certains veulent du minimalisme, d’autres non. L’organisation, ça vit: aujourd’hui vous pouvez avoir un enfant, mais si un deuxième arrive, il faudra moduler » : une approche presque organique de l’espace, que l’on ne peut voir figé éternellement et sclérosé.
« Mon but est de simplifier la vie des gens », explique-t-elle. Et cela fait désormais deux ans qu’elle s’y consacre. Un changement de vie radical pour celle qui était « dans les sondages et les études de marché ». Mais assez logique : « J’ai toujours été hyper organisée, que ce soit pour des événements, ou aménager des pièces. Et il y a cinq ans, une amie m’a dit d’en faire mon métier, ce qui m’a fait rire, car pour moi ranger n’était pas un métier. Et par hasard, il y a trois ans, je suis tombée sur une pub des journées portes ouvertes des professionnels de l’organisation, et, en lassée du salariat, j’y suis allée, et j’ai découvert ce que je voulais faire ».
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L’aliénation causée par le salariat semble être un thème récurrent chez de nombreuses personnes rencontrées au fil de cette rubrique portraits. Mais pour persévérer dans un changement de carrière aussi radical, il faut une certaine dose de courage. « Je fais ça de Bordeaux, j’ai trois enfants, puis il y a eu le covid. Je pensais beaucoup à mon positionnement. Je démarche des maisons de retraites, les communes, les mairies ».
Car nous autres, jeunes, n’y pensons pas, mais au moment de refourguer nos personnes âgées à des EPAHD, il faut penser à leur déménagement: quelles affaires elles emporteront, de quelles affaires il faudra se débarrasser… Quelque chose de pas forcément facile pour les principaux intéressés, pour lesquels il s’agit souvent d’une vie entière contenue dans une maison ou un appartement. « Désencombrer les maisons est un gros frein pour les personnes âgées. Le plus dur étant quand on habite loin de ses parents. C’est extrêmement pénible. Il y a beaucoup d’émotion. Personnellement je vois des objets, pas le fait que tel plat ait été offert par tante Berthe, tel autre par la nièce machin. La question est “vous l’aimez, ou vous ne l’aimez pas ? Vous voulez le garder ? Un de vos petits-enfants veut-il le garder ? Sinon vous ferez des heureux si on le donne” ». Une façon de voir qui peut paraître froide, mais nécessaire pour certains. Notre lectorat doit bien connaître une ou deux personnes proches dont la maison ou l’appartement est rempli à ras bord d’objets tous plus hétéroclites les uns que les autres. On pensera notamment au succès de l’émission de Marie Kondo, cette organisatrice japonaise qui a fait un tabac sur Netflix et dont la méthode a donné lieu à plusieurs livres et même un manga ! Cependant, Sophie Labat nous explique que Marie Kondo n’a pas eu de grande influence sur le sujet, même si elle a permis de le faire connaître à un plus large public.
Pour Sophie Labat, le rangement est aussi une affaire d’équilibre : comme elle l’explique sur son site internet, « je ne suis pas à l’aise avec le minimalisme mais pas non plus en phase avec la surconsommation et les placards qui débordent ».
« Des gens m’appellent en me disant qu’ils n’osent plus accueillir des gens chez eux tellement c’est le bazar, parfois en allant jusqu’à condamner des pièces »
Car si un intérieur qui ressemble à une cellule de moine peut sembler déprimant, un dégueulis d’objets peut quant à lui paraître obscène dans un monde où la décroissance semble à la mode.
« Il y a des gens qui m’appellent en me disant qu’ils n’osent plus accueillir des gens chez eux tellement c’est le bazar, parfois en allant jusqu’à condamner des pièces. C’est un engrenage du quotidien, un jour on se réveille en se disant qu’on ne peut plus rentrer chez soi. Alors est-ce qu’on pose des RTT? Pour ranger? »
Bref, Sophie Labat semble être la personne dont ont besoin les artistes maudits empêtrés dans leur bazar, les familles nombreuses qui ne s’en sortent plus avec leurs dix enfants.
Si le rangement vous effraie, comme l’auteur de ces lignes, et que l’organisation n’est pas votre fort, elle décrit le sentiment de « soulagement » et de « satisfaction » qu’accompagnent en général ses fins de mission.





