SUCRE GLACE
INDUSTRY PLANT, Miki, Structure, CD 13€99
La Franco-Coréenne Miki fait les choses bien. Quelques clips au buzz savamment dosé, un banger de fou (« Échec et mat »), une tournée estivale à guichets fermés et maintenant ce premier album roboratif – dont le titre moque gentiment ceux qui l’accusent d’être un « produit industriel ». Elle s’éloigne un peu plus du hip hop low fi des débuts pour une sorte de pop faussement indolente, version bellevilloise de la city pop japonaise, piquant ici et là dans le registre d’Angèle ou quelques arrangements vaporwave qui sonnent trop bien pour relever du home studio. L’écriture est ciselée, l’univers pastel menace toujours de s’écrouler – voire le glaçant « Roger Rabbit », récit d’une agression d’enfant quelque part entre Serge Gainsbourg et Marc Dutroux, ou encore le génial « BNF », envolée techno-lyrique sur fond de pulsions suicidaires. C’est sans doute la première qualité de Mki : évoquer les choses les plus graves sous une déferlante de sucre glace. On prend. Marc Obregon
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SANS DÉCEPTION NI SURPRISE
SUNLIGHT IN THE SHADOWS, Miles Kane, Easy Eye Sound, CD 17,99 €
Celui-là ne nous surprendra jamais vraiment, et ça a du bon, parfois. Miles Kane fait partie de ceux qui liment jusqu’à l’os un sillon déjà bien usé. C’est un peu vache, mais pas vraiment faux. Pour autant, cette fois-ci l’ancien compère d’Alex Turner s’en sort mieux que d’habitude dans son classic-revival-rock (ça commence à faire beaucoup). Navigant entre le glam élégant de T. Rex et la fuzz des sales gosses des sixties, il parvient, avec Sunlight In The Shadows, à nous offrir son meilleur album. Produit avec Dan Auerbach, leader des Black Keys, cet album est rugueux, comme naturel – ce qui devient rare. Si la caricature n’est jamais loin, il ne faut malgré tout pas bouder son plaisir. C’est simple, direct, et l’on se montrerait bien aigri, bien amer, en dédaignant les qualités de ces chansons bien foutues. En le remettant sur la platine, on sait à quoi l’on va avoir affaire : un voyage bien connu dans un univers familier qui ne déçoit pas. C’est déjà quelque chose. Emmanuel Domont
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VIRAGE RATÉ
DEADBEAT, Tame Impala, Columbia Records, CD 15,99 €
La disgrâce est-elle arrivée après quinze années sans faute ? Disons-le, durant plus d’une décennie Kévin Parker nous a émerveillés. Depuis, il a travaillé avec Dua Lipa, composé un titre pour la bande-originale de Barbie, et j’en passe : le marginal s’est hollywoodisé et son Deadbeat s’en ressent. Coincé entre des sons raves et une production de pop mainstream, le mauvais goût de cette alliance était à prédire. D’apparence, Parker donne l’impression d’un laisser-aller. Si l’on ne peut pas dire qu’il fut un jour un dandy, ce changement a tout l’air d’être un retour d’une crise d’inspiration ou d’une débauche existentielle. Les deux, peut-être. Les titres sont paresseux, bloqués et diminués par leur structure même. Ces tempos martelés enlèvent le plus souvent les possibilités de nuances et de surprise. Deadbeat paraît comme à contretemps. Certains tenteront de nous faire croire que c’est une réussite, battant d’un pied l’idiote mesure : ils ne sont hélas pas très convaincants. ED





