Son geste est une alliance miraculeuse d’expressivité et de rigueur. Son orchestre Musicaeterna est suspendu à la moindre inflexion de sa baguette. Quelle que soit la partition, il ausculte chaque note dans une quête infatigable de raffinement. Jusqu’à prendre ce risque si familier au dandy : le maniérisme. Ses lectures des grands chefs-d’œuvre ont tout pour flatter ou irriter les mélomanes : clarté mordante, lignes ciselées, contrastes poussés au paroxysme. Comment être indifférent à la démarche artistique de ce démiurge sensible et visionnaire, qui revendique son combat contre le « musicalement correct » ?
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Pas d’exception pour le début de ce nouveau projet, où le chef gréco-russe passe à la loupe un extrait de la Traviata, le début du troisième acte : une vingtaine de minutes de pur émerveillement. Petit et dense comme un mets gastronomique. Une première écoute suffit à prendre la mesure du cisèlement du phrasé, des dynamiques, et à se laisser séduire par la voix irrésistible de la soprano Nadezhda Pavlova : sa Violetta, seule et désespérée face au miroir de ses peines, s’envole déjà vers le ciel. Mais le soin extrême du détail sonore balaie la spontanéité des sentiments, le rythme de la narration, l’urgence de la tragédie. Peu probable qu’on en redemande, tant les tempi sont étirés, les couleurs affectées, et la prise de son artificielle. À quoi bon creuser profond, si ce n’est pour atteindre l’essentiel ?

Sony Classical – 16,50 €





