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Stéphane Ravier : « On impose aux Marseillais un socialiste qui n’aurait peut-être même pas dépassé les 10 % »

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Publié le

17 décembre 2020

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Le sénateur RN des Bouches-du-Rhône et ancien maire du 7e secteur, appelle à faire revoter les Marseillais après l’étrange démission de Mme Rubirola de la mairie. Et souhaite constituer un front pour battre la gauche.

Madame Rubirola a démissionné avant-hier en arguant de problèmes de santé. Avait-on eu vent de ces problèmes auparavant? Cette explication nest-elle quun prétexte ?

Je ne remets pas sa parole en doute sur ce sujet. Cependant, même avant que ses problèmes de santé soient à l’ordre du jour, madame Rubirola avait dit à des proches, mais de manière à ce que cela soit répété, qu’elle ne serait pas là pour très longtemps. Elle avait même dit devant témoins : « Tu sais très bien que je ne suis là que pour trois mois». Elle assure avoir une santé trop fragile pour être maire, mais estime être assez en forme pour échanger son poste avec celui de son premier adjoint. Comme si le métier de premier adjoint était reposant dans une ville comme Marseille ! Je pense qu’il fallait habiller cette démission qui fait partie de la stratégie des différents courants de gauche qui composent le Printemps Marseillais. Il fallait ripoliner ces vieilles écuries dont plus personne ne voulait à Marseille, surtout le Parti socialiste. Jean-Luc Mélenchon, qui désigne de Paris les candidats marseillais, ne voulait pas entendre parler d’un candidat socialiste – donc la gauche a trouvé madame Rubirola.

Cette femme écologiste issue de la société civile, médecin, a servi de plus petit dénominateur commun à l’ensemble des forces progressistes, car elle n’était ni clivante ni enragée. Le souci est que la gauche ne pensait pas gagner. Madame Rubirola s’est retrouvée à un poste qu’elle ne pensait jamais obtenir.

Elle était là pour emballer le packaging de gauche, et maintenant qu’elle a rendu de bons et loyaux services électoraux, elle est conduite vers la sortie, comme cela a toujours été prévu.

Elle était là pour emballer le packaging de gauche, et maintenant qu’elle a rendu de bons et loyaux services électoraux, elle est conduite vers la sortie, comme cela a toujours été prévu. Elle laisse la place à son premier adjoint d’une quarantaine d’années, qui est une sorte de petit éléphant socialiste local. Il a été élevé au biberon du guérinisme. S’il n’est pas mis en examen comme son mentor, il semble lui aussi bien maîtriser les méthodes d’enfumage électoral.

Justement, quel est le profil du nouveau maire, Benoît Payan ?

On peut déjà lui reconnaître une certaine honnêteté politique car, s’il s’est lui aussi caché derrière l’écran de fumée Rubirola, il n’a jamais renié son adhésion au Parti socialiste. Je l’ai connu personnellement en 2008, alors qu’il était conseiller d’arrondissement des 13e et 14e arrondissements et adjoint à la Culture. Il a été formé par Jean-Noël Guérini mais, de mémoire, il n’a rien à se reprocher en terme de gestion. Il a été conseiller municipal de 2014 à 2020 et chef de l’opposition socialiste. Il possède un certain talent oratoire, mais c’est un socialiste pur jus : Marseille ville accueillante pour les migrants, soutien à toutes sortes de projets sociétaux qui remettent en cause notre modèle enraciné.

Rien ne changera donc par rapport aux premières orientations prises par la mairie depuis l’élection ?

En réalité, c’était déjà lui qui menait la barque. En coulisse, c’est lui qui mettait en place la politique de la nouvelle majorité. Là, au moins, il pourra le faire de la façon la plus officielle qui soit en tant que maire. Si tant est qu’il soit confirmé à ce poste. Il y a de fortes chances que ce soit le cas, mais maintenant que l’écran de fumée se dissipe et que Rubirola n’est plus là pour fédérer toute la gauche marseillaise, d’autres ténors s’y agitent, comme par exemple madame Fortin.

Elle vient justement de déclarer que, puisque le maire était une femme, il fallait qu’elle soit remplacée par une femme.

Elle a battu Martine Vassal dans le secteur historique de la droite et a l’avantage d’être une femme, ce qui est désormais vu à gauche comme une qualité en soi. Elle vient justement de déclarer que, puisque le maire était une femme, il fallait qu’elle soit remplacée par une femme. Il y a aussi le leader des Verts, monsieur Barles, un véritable taliban. Il a créé son propre groupe et joue sa petite musique.

Ce départ de madame Rubirola peut-il être le signal de l’éclatement de la majorité ?

Depuis six mois, ces jeunes loups ont entre les mains la poule aux œufs d’or qu’est Marseille, même si cette ville endettée est grevée à un exposant dix par les problèmes de l’ensemble du pays. Ils se partagent les postes d’adjoints, de maires de secteurs : c’est une position confortable qu’ils ne souhaiteront sûrement pas risquer de perdre, à moins que l’idéologie ne prenne le dessus, car certains d’entre eux sont de véritables talibans. Les places d’adjoints sont fixées et ne sont plus vraiment un enjeu. La prochaine bataille concernera les candidatures dans les meilleurs cantons ou les meilleures places sur les listes des régionales. Après tout, c’est seulement dans quelques mois. On est passé à un autre gâteau. On est très loin des préoccupations des Marseillais, qui voudraient que l’on discute transports, pollution, insécurité.

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Vous avez appelé à retourner devant les urnes. Pourquoi faire revoter les Marseillais? Ce n’est pas ce que prévoient les procédures démocratiques.

Non, mais ce qui se passe n’est pas non plus ce qu’avaient prévu les Marseillais. Ce n’est pas ce qu’on leur avait promis. Vous savez les promesses en politique, surtout de la gauche, surtout de la gauche marseillaise… La gauche avait vendu ce joli nom de Printemps marseillais, afin de camoufler le Parti socialiste, le Parti communiste et compagnie.

Je pense qu’il vaut mieux faire appel aux Marseillais, pour qu’ils tranchent clairement, maintenant qu’ils sont informés de la situation réelle et du coup de Jarnac que l’on leur a fait.

Elle avait présenté aux Marseillais madame Rubirola comme le symbole de l’authentique et nécessaire changement de méthode et de personnel politiques. Finalement, on leur impose un socialiste qui, s’il s’était présenté en tant que socialiste, n’aurait peut-être même pas dépassé les 10 %. Il y a tromperie sur la marchandise. Cette situation n’a rien de normal, elle constitue une véritable crise politique. Pour en sortir, plutôt que de réunir entre eux des conseillers municipaux qui vont négocier en sous-main dans leur seul intérêt, je pense qu’il vaut mieux faire appel aux Marseillais, pour qu’ils tranchent clairement, maintenant qu’ils sont informés de la situation réelle et du coup de Jarnac que l’on leur a fait.

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Après, je sais qu’on est à quelques jours de Noël, mais je ne crois pas au père Noël politique. Cette issue reste assez peu probable. En tout cas, j’émets cette proposition de sortie de crise, qui pourrait fort bien être mise en œuvre. Si la droite était véritablement de droite, si elle était vraiment dans une opposition franche et nette, elle aurait les moyens, vu le nombre d’élus dont elle dispose, de faire un coup démocratique, en permettant à ses conseillers de voter pour nous. Là je crois qu’ils ont compris, malheureusement trop tard, que l’abstention massive pouvait avoir des conséquences très graves.

Si la gauche a gagné à Marseille, cest parce quelle était unie. La solution pour Marseille ne consisterait-elle pas en une union des droites qui rassemblerait du RN à LR ?

Une union politique est à l’image d’une union entre un homme et une femme, les deux parties doivent être consentantes pour qu’elle existe. Les mariages forcés sont impossibles ! J’avais pour ma part proposé un mariage, ou du moins des fiançailles, à l’époque de l’élection de madame Rubirola : j’avais proposé à Guy Tessier, qui avait remplacé madame Vassal, de soutenir sa politique au conseil municipal, par exemple en votant le budget, s’il s’engageait publiquement sur des points essentiels comme ceux de la sécurité, des transports et de l’école. Je n’avais demandé aucune contrepartie, aucun poste pour mes amis ou moi-même. C’était un projet de fiançailles, pour apprendre à se connaître, avant de se marier peut-être un jour. Il a refusé et a préféré continuer à négocier avec Samia Ghali, qui a fini par lui faire à l’envers, excusez l’expression. Elle a retourné sa veste déjà bien élimée pour rejoindre le clan Rubirola. J’ai tendu la main à la droite, mais fidèle à ses traditions, elle a préféré me mépriser et courir après madame Ghali, qui se dit fière d’être FLN !

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