The Highwaymen : méditation sur le crime au Texas

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Premier grand film Netflix, The Highwaymen retranscrit à merveille une époque et nous parle de la nôtre.

 

Petite rousse cultivée, Bonnie Parker aimait parfois coucher quelques vers sur le papier pour écrire elle-même la légende du clan Barrow de sinistre mémoire. Serge Gainsbourg reprit d’ailleurs partiellement l’un de ses textes pour son duo avec Brigitte Bardot.

On y trouve une référence à Jesse James, comme pour inscrire la geste sanguinaire du couple dans la lignée de celle des plus grands gangsters de l’Ouest sauvage, des desperados d’un temps où l’on mangeait une côte de bœuf au grand air quand, à l’époque de Bonnie et Clyde, on mettait en conserve des corned beef dans de sordides usines pour un salaire de misère.

 

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The Highwaymen est un film original et ambitieux. Contrairement au Bonnie et Clyde d’Arthur de Penn de 1967, The Highwaymen ne raconte l’histoire des criminels qu’en filigrane, laissant la part belle aux hommes qui les ont abattus au terme d’une traque sans pitié sur les routes des Etats du sud.  Personnages principaux, les Texas rangers Frank Hamer et Maney Gault sont respectivement interprétés par Kevin Costner et Woody Harrelson.

Le réalisateur de Danse avec les loups trouve là un rôle à sa mesure, lui permettant de redevenir ce qu’il était il y a encore quelques années : un immense acteur. Epaissi, vieilli, l’ancien jeune premier dégage une humanité et un charisme rares à Hollywood, gagnant une aura « eastwoodienne ». Souhaitons-lui d’ailleurs une seconde partie de carrière comparable.

 

 

Mais revenons à l’essentiel : le film. Dans The Highwaymen, les deux rangers sur le retour ne combattent qu’indirectement le gang Barrow, puisqu’ils affrontent une opinion publique gagnée à la cause des voyous qui voient en eux des héritiers modernes de Robin des Bois, prenant aux banques et aux riches qui ont provoqué la crise de 1929.

Peu leur importe que Clyde Barrow, Bonnie Parker et leurs associés tuent de sang froid des « policemen » et d’humbles gérants de stations-service : ils sont des éclairs romantiques dans le ciel gris d’une Amérique morne qui juge son rêve de réussite individuelle se transformer en cauchemar.

Bonnie et Clyde rétablissent donc l’équilibre en saisissant leur chance, en provoquant le destin. Et tant pis s’ils doivent tuer pour y parvenir, tant pis s’ils doivent défier les institutions et les lois. Le parallèle avec notre époque est saisissant, à cette nuance près que Bonnie Parker et Clyde Barrow étaient intelligents, quoique probablement fous.

 

C’est bien parce qu’ils étaient convaincus de la supériorité de la morale qu’ils défendaient contre l’anarchie criminelle du gang Barrow qu’Hamer et ses hommes ont su trouver et mettre hors d’état de nuire le couple criminel le plus célèbre de l’histoire.

 

Il est des époques où les hommes jugent leur violence légitime, même quand elle est aveugle, parce que leurs idéaux (de liberté aux Etats-Unis et d’égalité en France) leur paraissent avoir été trahis par des élites injustes.

Face à un ennemi admiré et protégé par la population, les Texas Rangers durent faire preuve d’une absolue détermination. Point d’équilibre du film, Frank Hamer est le héros antique tel que réinventé dans les vastes étendues nord-américaines : impitoyable mais empathique, capable de tuer sans perdre l’esprit.

C’est bien parce qu’ils étaient convaincus de la supériorité de la morale qu’ils défendaient contre l’anarchie criminelle du gang Barrow qu’Hamer et ses hommes ont su trouver et mettre hors d’état de nuire le couple criminel le plus célèbre de l’histoire. La légende, elle, est toujours bien vivante.

 

Gabriel Robin

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grobin@lincorrect.org

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