[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1580725151501{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
Habitué au sarcasme, à l’ironie profanatrice et au goût misérabiliste de ses réalisateurs nationaux, le spectateur français se trouve déstabilisé en découvrant la grande fresque pontificale créée par le Fellini du XXIe siècle. En effet, Paolo Sorrentino, lorsqu’il s’est saisi de cet énorme sujet, plutôt que de le lustrer ou de le salir, a choisi d’en faire miroiter toutes les nuances et tous les contrastes à la manière d’une gigantesque boule à facette au-dessus de laquelle, quoi qu’il en soit, la croix reste fixe. Son ironie, sa satire, ses provocations n’ont rien à voir avec les ricanements d’un artiste platement athée devant ce qui le dépasse, non, c’est un jeu flamboyant à partir de la misère et du désir des hommes, qui prend d’autant mieux dans une atmosphère saturée à la fois d’esprit et de pouvoir.
Si The Young Pope traitait de la foi, The New Pope médite autour de la troisième vertu théologale : la charité.
Le questionnement métaphysique n’en demeure pas moins l’enjeu central. Si The Young Pope traitait de la foi, The New Pope médite autour de la troisième vertu théologale : la charité. Qu’est-ce que la charité ? se demandent les cardinaux réunis autour de Brannox (interprété par John Malkovich), lequel défendra un amour « abstrait » contre les dérives mortelles de l’amour-Eros. Est-il normal d’être moins sensible à la détresse des victimes lorsqu’elles sont lointaines ? S’offrir à un jeune homme difforme, est-ce prostitution ou don de soi ? L’amour que suscite Pie XIII n’a-t-il pas viré à une dangereuse idolâtrie ? Celui que les parents du futur Jean-Paul III éprouvent pour son frère disparu n’est-il pas essentiellement morbide et destructeur ? La charité hystérique et vengeresse de François II ne relève-t-elle pas d’un narcissisme retourné ? Et si d’un côté les froids raisonnements de l’ordre finissent par l’assécher, d’un autre, le désir, toujours, trouble tout.
Assumant la pompe catholique, déployant ses œuvres autour d’une figure de dandy, fût-il pape, et sans doute parce que l’Europe est une princesse déchue, Sorrentino ne cesse de nous éblouir en passant en revue tout le spectre de l’humain, du profane au sacré, du vulgaire au sublime. Parce qu’être catholique, comme l’expose Brannox, c’est être tout, Sorrentino n’exclut rien de sa méditation somptueuse et somptuaire. Un nouvel argument, après tant d’autres, à porter au crédit du génie du catholicisme, avec toute la nostalgie de la haute culture et tous les moyens du XXIe siècle.
Romaric Sangars
Retrouvez la suite du dossier :
The Young Pope : La sainteté à hauteur d’Homme
Paolo Sorrentino: Le renouveau Italien
Abbé Baumann : Une série fascinante
The New pope : Christophe Dickès
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





