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L’historien Christophe Dickès, spécialiste de l’Église contemporaine et du Vatican, nous éclaire sur le réalisme de la Cité-État sorrentinienne.
La manière dont Sorrentino présente l’élection du pape est-elle crédible?
Ayant travaillé sur l’ensemble des conclaves contemporains, je trouve que le film respecte le déroulement technique de l’événement. Jusqu’au moment où, dans le premier épisode, il existe un blocage qui oblige au vote à la majorité simple, tel qu’il est défini dans la constitution apostolique Universi Dominici Gregis promulguée par Jean-Paul II. En revanche, dans la réalité, les scores ne stagnent pas de cette façon. J’ai aussi trouvé la scène où chaque cardinal prie en pensant au pape idéal, très juste.
Comme beaucoup de commentateurs de l’Église, Sorrentino tombe aussi dans l’erreur qui consiste à croire que l’histoire du Vatican est linéaire avec un passé forcément critiquable.
L’élection de François II ne donne-t-elle pas lieu à une satire du pape François?
Sorrentino propose plusieurs images possibles de la papauté, mais oui, j’ai la sensation que François II représente une caricature à l’extrême du pape François. Mais Sorrentino est dans l’outrance, comme souvent dans son film, même si son personnage est très drôle dans ses excès et par l’application des règles monastiques à toute la curie. Comme beaucoup de commentateurs de l’Église, Sorrentino tombe aussi dans l’erreur qui consiste à croire que l’histoire du Vatican est linéaire avec un passé forcément critiquable. Ce qui est faux. Innocent III, qui représente le sommet de la monarchie pontificale au Moyen-Âge, lave les pieds des pauvres toutes les semaines, comme le Christ… Il y a une phrase très importante de Brannox, avant son élection, à propos de la voie du milieu qu’il dit représenter. Les papes sont en quelque sorte obligés de représenter cette voie du milieu afin d’absorber les contraires au Vatican. Dès les commencements d’ailleurs : saint Pierre représente par exemple le trait d’union entre saint Paul et saint Jacques.
L’image que la série donne du Vatican est-elle fidèle?
La Curie est une institution humaine et comme toute institution, elle a ses brebis galeuses, ses carriéristes. Un mélange à la fois de pouvoir, d’argent et parfois de sexe… Mais comme l’expliquait Benoît XVI dans son livre Dernières conversations, il y a aussi une majorité de personnes qui font leur devoir d’état avec simplicité et dévouement. Ce qui change aujourd’hui est cette quête de transparence à tout prix dans une société de sur-communication où chaque mot et chaque image peuvent prendre une dimension catastrophique.
Propos recueillis par Romaric Sangars
Retrouvez la suite du dossier :
The Young Pope : La sainteté à hauteur d’Homme
The New Pope : Amour, gloire et beauté
Paolo Sorrentino : Le renouveau Italien
Abbé Baumann : Une série fascinante
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