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Boualem Sansal : « La France peut déjà ajouter du vert à son drapeau »

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Publié le

25 avril 2023

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Le célèbre écrivain algérien Boualem Sansal alerte sur la montée inquiétante de l’islam radical en Occident et pointe du doigt les défaillances de nos élites incapables de l’endiguer.
© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

Existe-t-il une différence de nature entre l’islam et l’islamisme ?

Le mot islamisme est un abus de langage, une diversion. Il y a l’islam, point, qui au cours des deux premiers siècles de son existence (VIIe et VIIIe) s’est scindé en quatre courants, chacun se proclamant le seul véritable islam. Primo, le sunnisme : il rassemble 85 % du 1,8 milliard de musulmans dans le monde, et domine au Maghreb, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, et en Occident. Deuxio, le chiisme : 10 % environ, dominant en Iran et au Bahreïn, important en Irak, présent en Syrie, au Liban et au Yémen. Tertio, le kharidjisme : quelques pourcentages seulement, dominant à Oman et présent en Algérie. Quarto, le soufisme : quelques demi-pourcents, présent au Maghreb, au Sahel, en Turquie.

Ces courants se sont eux-mêmes scindés en plusieurs écoles de jurisprudence. Le hanbalisme né du sunnisme au VIIIe siècle prône le salafisme (le retour à l’islam des ancêtres), le littéralisme, le prosélytisme et le djihadisme. Il a exercé une telle influence sur l’imaginaire des musulmans qu’il a amené les autres courants à le suivre peu ou prou dans la spirale intégriste. Au XIXe siècle, en Arabie, berceau de l’islam, le hanbalisme a donné naissance à un courant encore plus orthodoxe, le wahhabisme que les Saoudiens, qui se sont proclamés « Gardiens des Lieux Saints de l’Islam » (La Mecque et Médine), ont élevé au rang de seul véritable islam et qui, forts de leurs pétrodollars et du soutien de l’Amérique, ont entrepris de l’imposer à tous les musulmans, notamment ceux qui vivent en occident où ils seraient menacés de perdre leur âme musulmane. Cet islam intolérant et brutal, messianique et apocalyptique, a empêché la modernisation de l’islam d’occident. Les Saoudiens et les Qataris sont parvenus à leurs fins en investissant tous les leviers d’influence – la politique, la culture, l’économie –, en finançant tous azimuts partis politiques, associations, organisations terroristes, médias, universités ou clubs de foot, en stipendiant les élites Occidentales de gauche réputées vénales. Le wahhabisme est devenu un État dans le monde, comme l’impérialisme américain. Ce qu’on appelle islamisme, pour ne pas avoir d’ennui, a un nom officiel, le wahhabisme, un courant canonique de l’islam qui a lancé une OPA sur l’islam en entier. Pour lui, l’Europe est une étape vers la mondialisation islamique. Les Saoudiens et les Qataris voient grand et loin, pendant que les Européens pensent petit à court terme.

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L’islam est-il compatible, d’une manière ou d’une autre, avec la République française ?

Vous posez la question de la compatibilité de l’islam avec la République française. La bonne question est de savoir si la République française, déclinante il faut le signaler, est compatible avec l’islam conquérant. À cette heure, une moitié du chemin est faite : la France peut déjà ajouter du vert à son drapeau. Si quelqu’un vous dit que l’islam est compatible avec la République française, demandez-lui si compatibilité il y a entre les divers courants de l’islam, le sunnite et le chiite par exemple, qui s’entretuent sans répit ni merci depuis quatorze siècles, si le chiisme iranien est compatible avec l’Arabie wahhabite, si les deux conviennent à la mystique soufie du Sénégal, si l’islam en France est compatible avec l’islam de France. C’est une bonne base de discussion.

Dans quelle mesure notre État de droit permet-il aux islamistes de s’implanter et de gagner des positions ?

L’islamisme s’implante partout avec la même facilité, dans les dictatures comme dans les démocraties. Deux raisons à cela. Premièrement, les musulmans aiment vivre en communautés fermées régies par les codes islamiques, selon la règle canonique Al-wala’wal-bara’ (tout pour les siens, rien pour les autres). Le voile est la frontière symbolique entre le dedans et le dehors, et le qamis en est le garde-frontière. Il est alors facile pour le premier salafiste venu ayant de la voix et sachant ses sourates, de s’imposer à eux. Deuxièmement, les démocraties et les dictatures ont commis la même erreur : distinguer entre islam religion de paix qu’il faudrait renforcer et islamisme conquérant qu’il faut réduire et encadrer en faisant de ses chantres des supplétifs de l’administration. La France, la Belgique, le Canada, et la Suède ont poussé loin la myopie, ils n’ont pas vu que leur État de droit à l’eau de rose était ce que les islamistes pouvaient rêver de mieux. La répression produit le même effet. Le poing fermé de Sarkozy et la main tendue de Macron ont pareillement accéléré la dérive. L’islam est divin, donc victorieux, il est venu islamiser et abolir, pas négocier des trêves et des remises de peine. L’histoire témoigne que l’État français a toujours été bon pour la France et les Français quand il savait ce qu’il voulait et qu’il tenait l’initiative. Aujourd’hui, c’est tout le contraire.

Quel est leur objectif à terme en France ?

Les islamistes de France n’inscrivent pas leurs actions dans une démarche programmatique. Ils ne sont pas assez nombreux, unis ou organisés pour une coordination nationale capable de mettre puissamment en œuvre les quatre commandements d’Allah : unir la communauté, agrandir la maison de l’islam, combattre les mécréants et instaurer la charia. Les fidèles feront ce qu’ils pourront là où ils se trouvent, sans craindre d’y laisser la vie, Allah saura les inspirer et les récompenser. Les futurs martyrs y croient et ça les remplit d’espoir : un jour, ils auront un calife.

« Le peuple n’a pas quitté sans raison la gauche qui lui donnait à rêver et à chanter pour rejoindre le Rassemblement national et Zemmour »

Boualem Sansal

Nos élites et le peuple français ont-ils pris conscience de la menace islamiste ?

Le peuple oui, car il vit au plus près de la menace. Il n’a pas quitté sans raison la gauche qui lui donnait à rêver et à chanter pour rejoindre le Rassemblement national et Zemmour qui ne lui parlent que de son remplacement. La gauche ne s’intéresse plus au peuple, elle le méprise depuis qu’il s’est détourné d’elle, elle courtise les islamistes qui ont un fort pouvoir de mobilisation dans les banlieues et savent occuper le terrain jour et nuit, chose essentielle en politique et en état de guerre. Je ne sais pas s’il reste en France des élites de droite. Trop dangereux pour elles de s’afficher, elles risquent le carton rouge et la mort civile.

Que vous inspirent la candeur et les bons sentiments d’une certaine gauche politique et associative à l’égard de l’islam ? Et comment cette candeur est-elle perçue par les islamistes ? Candeur ?

Non, ce sont des jouisseurs graves, ils ont goûté au pouvoir, ils ne se nourrissent que de caviar et de champagne dans les meilleurs palaces, ils ont besoin d’argent, toujours plus. Il se trouve que l’Arabie et le Qatar en ont à distribuer et que, c’est culturel chez eux, ils adorent les esclaves blancs juifs et chrétiens, qu’ils empalent après usage, c’est un plus pour le paradis. Ils les aiment pour ça, leur mort n’est jamais inutile.

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Vous expliquez que la menace islamiste a peu à voir avec la question migratoire. N’est-ce pas pourtant par l’immigration que la France fait entrer sur son sol de futurs ennemis ?

Avec ou sans migrants, l’islamisme prospère. Il est partout même là où on ne le voit pas. C’est une pollution mortifère, elle est dans l’air et dans le wifi que les vents de la vénalité, de la démission et du wokisme poussent dans les bonnes directions. Les migrants fuient la dictature de leurs pays, celle des militaires et celle des mollahs, ils ne viennent pas en France pour les retrouver. Ils veulent du travail et un peu de joie. On peut toujours les expulser s’ils tournent mal. L’islamisme est une pandémie, il doit être traité comme la Covid-19, en mieux évidemment : on confine, on lève le voile sur tous les micmacs et on remonte à la source pour y poser un garrot.

Que faire pour endiguer la menace ?

Il faut des hommes d’État. La France n’en a pas, n’en produit pas, le moule est cassé. Il en va des menaces comme des incendies : on les éteint sans peine si on les prend au début. Après c’est fichu, il faut les affronter, et si on sait, les guider dans la bonne direction où ils s’éteindront d’eux-mêmes. Il nous faut individuellement et collectivement sortir de la soumission et retrouver le goût de la liberté et le courage de la vivre au grand jour. Un homme libre est un homme dangereux, il n’acceptera jamais qu’on touche à sa liberté. L’islamisme les évite et se nourrit de la soumission des gens, puis il les tue car les esclaves se révoltent parfois.

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