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Tre piani : la messe est finie

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Publié le

15 novembre 2021

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Aussi foisonnant que poussif, le dernier Moretti mange à tous les râteliers sociétaux. Trois étages mais à ras de bitume.
tre piani

En 2021, Nanni Moretti ne présente plus d’intérêt qu’en tant que cas d’école. L’irrévérence névrosée et contestataire qui faisait plus ou moins le charme de ses premiers films s’est depuis longtemps diluée, succès aidant, jusqu’à tourner en son contraire, le mauvais lait d’un contentement conformiste et bouffi. C’est particulièrement visible dans Tre Piani, premier scénario non-original signé par il maestro, d’après un roman israélien de Eshkol Nevo.

Quittant sa zone de confort depuis longtemps sinistrée (Habemus Papam et Mia Madre rivalisaient de hideur sénile), Moretti se réfugie dans le tout venant de la « sitdram » avec trois histoires imbriquées se développant sans relâche sur fond d’immeuble bourgeois où chaque étage abrite un mal à la mode. Charge mentale, emprise du patriarcat, #metoo avec soupçons de pédophilie se passent les plats, remplis jusqu’à ras bord, dans une farandole de rebondissements qui sembleraient moins forcés sur la longueur d’une série. Parti pour tourner son Julieta (le probable chef-d’œuvre d’Almodovar), Moretti se retrouve à la tête d’Une famille (pas très) formidable.

Tre Piani ressemble à l’effort désespéré d’un vieux beau pour séduire une jeunette, le feuilletonnage de mauvais aloi enfilé en guise de pantalon fluo

La faute au rythme trop soutenu qui empêche les acteurs d’investir leurs personnages (à une exception, Riccardo Scarmarcio), et à la césure en trois parties sur 10 ans, qui n’aide pas non plus. Court vêtue et affublée de converse à sa première apparition, Alba Rorhwacher confirme sur la durée qu’elle est l’actrice sans âge la moins sexuée de tout le cinéma mondial, et ce malgré deux accouchements plein cadre. Moretti, lui-même, se révèle parfaitement inconsistant en vieux juge austère, lèvres pincées/sourcils froncés pour signifier l’intransigeance. L’incarnation est tellement sacrifiée au profit du récit proliférant mais émoussé, qu’on se surprend à se ficher complètement de la disparition de tel ou tel second rôle entre deux ellipses.

Tre Piani ressemble à l’effort désespéré d’un vieux beau pour séduire une jeunette, le feuilletonnage de mauvais aloi enfilé en guise de pantalon fluo. Et force est de reconnaître que tranche une seule scène de sexe intergénérationnel, où Moretti semble ravi de filmer Denise Tanducci et ses faux airs de Laura Morante. La défloration à l’œuvre, crûment figurée en comparaison du reste, rejoint l’accident inaugural où une voiture s’encastrait dans un rez-de-chaussée, faisant voler en éclats la séparation entre la maison et le monde.

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L’effraction a également lieu à l’échelle nationale avec le surgissement impromptu de migrants que Moretti utilise en papier peint Banania (deux d’entre eux ont une réplique qu’ils disent en souriant, une scène et puis s’en va). Cet épisode de pure forme ne vise qu’à la reconnaissance entre spectateurs : on est entre gens bien ici, partisans d’un accueil inconditionnel pour les réfugiés. La fracture du sociétal que Tre Piani enregistre dans tous ses compartiments va de pair avec l’éviction du social, représenté par un petit épargnant escroqué, figure agressive et obèse rapidement évacuée du film. Jadis mauvais objet du cinéma italien, Moretti pose aujourd’hui à la bonne conscience pour festival international, avec un résultat proche du néant. Reparti bredouille de Cannes, Tre Piani n’a pas réitéré l’exploit de La Chambre du fils, palme d’or en 2001. Les drames bon teint ne paient plus sans hybridation machinique de genre (Titane) et effets vaginaux gore (L’Evènement). Moretti saura-t-il combler ce train de retard ? C’est tout le mal que nous ne nous souhaitons pas.

Tre Piani de Nanni Moretti (1h59), avec Margherita Buy, Nanni Moretti, Alessandro Sperduti, en salle le 10 novembre 2021

https://www.youtube.com/watch?v=5aaq2sAgcl8&ab_channel=BandesAnnoncesCin%C3%A9ma

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